taraskuzio.com

« J’ai rarement vu de telles images » : à Grasse, trois ans de prison ferme pour détention d’images pédopornographiques

« J’ai rarement vu de telles images. » La présidente du tribunal de Grasse Laurie Duca énonce des faits insoutenables : en tout, 41 fichiers retrouvés dans l’ordinateur du prévenu mettant en scène de jeunes enfants abusés.

« Des petits bébés potelés, âgés de 18 mois à 3 ans », précise-t-elle dans le silence de plomb qui s’est emparé de la salle.

Derrière le box vitré, le prévenu, un homme d’une soixantaine d’années, s’emporte, dit qu’il n’a jamais voulu avoir ces fichiers, qu’il n’y est pour rien.

Vulgaire, il n’hésite pas à couper la parole à la présidente d’une voix tonitruante et va même jusqu’à demander à la justice de le dédommager, se positionnant en victime.

Identifié grâce à la fermeture du site Coco

Le rapport du psychiatre mentionne « une inclination pédophile transitoire » et demande que le mis en cause soit soumis à une injonction de soins.

Les faits se sont déroulés entre janvier 2020 et mars 2021 mais c’est à la faveur du démantèlement de la plateforme Coco en juin 2024 que la cyber gendarmerie nationale met la main sur l’individu.

La magistrate explique : « L’enquête a montré que, malgré la présence de modérateurs et l’existence de règles, notamment des possibilités de bannissement, certains comportements graves pouvaient se poursuivre sur la plateforme, notamment des menaces, des faits liés à la prostitution ou encore des échanges concernant des armes. Certains bannissements pouvaient également être levés dans certaines conditions, notamment par le recours à un abonnement premium ou au paiement d’une amende. »

L’enquête, de grande ampleur et à dimension internationale, s’est notamment appuyée sur le croisement de données avec celles de la NCMEC, une association américaine spécialisée dans la protection des mineurs en ligne, ainsi que sur différentes données techniques et financières, comme des numéros de carte bancaire, des données de connexion et certains courriels.

« Ce dossier international a entraîné la mise au jour de toute une kyrielle de petits dossiers », continue Laurie Duca. Dont celui du prévenu.

Des propos révoltants à la barre

Elle interroge : « Vous êtes allés sur Coco car vous vous sentez seul et vous voulez des contacts ? »

L’homme acquiesce de mauvaise grâce. « Vous discutez avec des femmes qui sont en réalité des hommes, pourquoi si votre but est de rencontrer une femme ? »

Le prévenu répond : « C’est comme une drogue ». La présidente continue : « Ils vous proposent alors des vidéos pédophiles. Vous dites avoir éprouvé une excitation, de la jouissance à la vue de ces vidéos. »

Le prévenu nie ce qu’il a déclaré et signé en garde à vue. Et ajoute devant un tribunal médusé : « J’ai reçu des vidéos d’enfants, c’était une surprise comme dans des kinders. »

La présidente tente de le faire réagir : « Derrière ces images, il y a des enfants qui vont être définitivement abîmés physiquement, ce sont des enfants psychologiquement abîmés. » Le prévenu ne laisse paraître aucune empathie.

Trois ans de prison

« Les faits reprochés sont d’une gravité exceptionnelle, souligne le procureur Gwennhael De-Clercq qui a requis 5 ans d’emprisonnement. Leur banalisation par l’intéressé saute aux yeux de tous. Derrière chacun de ces 41 fichiers, il y a un enfant, un bébé, une victime de viol, dont les images continuent d’exister et de circuler : à chaque demande, c’est la persistance de cette violence qui se prolonge. »

Tout était synchronisé sans réelle intention de détenir ou diffuser, plaide la défense.

Le tribunal a condamné le prévenu à trois ans d’emprisonnement, avec maintien en détention, ainsi qu’une inscription au FIJAIS (Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes).