"J'ai entendu pas mal de gens pleurer" : "Naza", documentaire choc accusant l'armée israélienne de délibérément tuer des civils en masse à Gaza, en tête du box-office français
l'essentiel Ovations à Venise, salles combles en France et tollé en Israël : le documentaire NAZA, qui donne la parole à des militaires israéliens témoignant de la mort de civils à Gaza, suscite une onde de choc. Réalisé par les journalistes d’investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, le film interroge les mécanismes de déshumanisation à l’œuvre dans la guerre et provoque la colère du gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Alors que sa sortie fait l'effet d'une bombe en Israël, le documentaire israélien NAZA a fait salle comble en France. Le film, qui disposait d'un visa exceptionnel de 500 séances dans les cinémas français lundi 12 et mardi 13 octobre avant une sortie en streaming gratuit en novembre, a suscité l'engouement des spectateurs et a pris la tête du box-office lundi. A Paris, devant le cinéma MK2 Beaubourg, toutes les séances du jour affichaient complet mardi, comme à peu près partout où le film était projeté, raconte l'AFP.
D'après mk2, distributeur de Naza, le documentaire qui accuse l'armée israélienne de tuer sciemment de nombreux civils à Gaza, a enregistré 40 000 entrées lundi, soit une moyenne de 200 spectateurs par séance. Lundi, c'était le film le plus vu au cinéma en France. Face à l'engouement, mk2 a décidé d'ajouter quelques séances. "C'est un beau résultat", observe Eric Marti, directeur général de Rentrak France, qui analyse le box-office. "Après, 40 000 entrées, ce n'est pas exceptionnel", ajoute-t-il, comparant ce visa exceptionnel à celui de Kaizen, le film du youtubeur Inoxtag, qui avait attiré plus de 300 000 spectateurs en une journée en septembre 2024 avant sa mise en ligne gratuite sur YouTube.
À la sortie du mk2 Beaubourg à Paris, où certains spectateurs ont assisté à la projection de 11 h assis par terre selon une spectatrice, le public paraissait sonné. "Une phrase qui m’a marquée, c’est quand un militaire dit : 'les Nazis sont le mal incarné, et moi, je suis quoi ?'", raconte à l’AFP Linda Temin à la sortie du film. "Mon grand-père était juif, donc je devrais plutôt être de l’autre côté, et le 7 octobre c’est une horreur, mais ce qu’ils (les militaires israéliens) font là, c’est une horreur aussi", plaide-t-elle.
Le film des journalistes d'investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor donne la parole à vingt-quatre militaires et membres des services de renseignement israéliens, tous anonymes, décrivant la façon dont, d'après eux, l'armée israélienne tue de façon systématique de nombreux civils dans la bande de Gaza.
"Naza" est l'acronyme militaire israélien désignant les "dommages collatéraux" estimés avant chaque frappe, selon le documentaire. Les réalisateurs dénoncent aussi le processus de déshumanisation des Palestiniens, à l'œuvre pour justifier la mort de civils innocents.
"Les témoignages sont effarants. […] J’imagine que les logiques françaises, pendant la guerre d’Algérie, étaient certainement proches de celles-là", témoigne Alain Smery devant le cinéma. À la fin de la séance, "j’ai entendu pas mal de gens pleurer, c’était très silencieux […]. On n’osait pas trop se regarder", raconte pour sa part Léonie Cusset, étudiante, qui a trouvé le visionnage "très dur".
25 minutes d'ovation à Venise, un scandale d'Etat en Israël
En septembre, Naza avait remporté le prix spécial du jury à la Mostra de Venise, où il avait été ovationné durant 35 minutes après sa diffusion. Ce film de 80 minutes avait déjà laissé de nombreux spectateurs stupéfaits, les militaires israéliens qui y témoignent décrivant le sentiment de travailler dans une "usine" à tuer ou dans un jeu vidéo mortel lorsqu’ils utilisaient des systèmes de ciblage alimentés par l’IA pour bombarder Gaza. Ses co-auteurs, les journalistes d'investigation Yuval Abraham et Rachel Szor, avaient déjà remporté un Oscar pour le film No Other Land en 2024, qui évoquait la colonisation israélienne en Cisjordanie et l'expulsion des Palestiniens de leurs terres.
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Le documentaire choc a été fortement critiqué par le gouvernement israélien, de nombreux ministres appelant à la déchéance de nationalité pour les deux réalisateurs. Benjamin Netanyahu a, lui, demandé l'ouverture d'enquêtes et l'engagement de poursuites à l'encontre de tous les membres de l'armée et des services de renseignement interrogés, sous couvert d'anonymat, dans le film.