Italiens de Belgique: sans passeport ni carte italienne, certains ne peuvent plus rentrer au pays
Roger avait préparé sa valise. Pas ses frontières. Installé depuis toujours en Belgique, cet Italien ne pensait plus devoir prouver d'où il venait pour partir. Dans son portefeuille, une carte de séjour permanent belge, estampillée "UE+", qui lui a toujours ouvert les portes de cette Europe où les frontières sont censées s'effacer.
À l'aéroport pourtant, son voyage s'est arrêté avant même d'avoir commencé. Au contrôle, Roger découvre que sa carte belge ne suffit pas pour embarquer. Il lui aurait également fallu une carte d'identité italienne ou un passeport italien valide. Une règle qu'il ignorait et qui l'a empêché de fouler le sol italien où il se rendait. "Le problème, c'est que la carte de séjour belge n'est pas considérée comme un document de voyage", explique Adrien Carlozzi, avocat à Huy, bourgmestre de Marchin et lui-même issu d'une famille italienne.
L'absence de contrôles systématiques dans l'espace Schengen ne fait pas disparaître cette obligation. "Si personne ne l'avait relevé auparavant, c'est probablement parce que les contrôles étaient moins stricts. Mais juridiquement, la compagnie aérienne pouvait refuser l'embarquement. C'est vraiment embêtant mais malheureusement, elle semble être dans son droit."
Le couperet du 3 août 2026
À partir du 3 août 2026, les anciennes cartes d'identité italiennes en papier ne pourront plus servir de documents de voyage, quelle que soit la date d'expiration qui y figure.
Cette échéance découle du règlement européen 2019/1157, adopté pour renforcer la sécurité des cartes d'identité et harmoniser progressivement leur format au sein de l'Union européenne. "Les ressortissants italiens résidant en Belgique qui possèdent encore une carte d'identité papier devront disposer, pour voyager, soit d'une carte d'identité électronique italienne, la CIE, soit d'un passeport italien en cours de validité", résume Adrien Carlozzi.
Le changement ne porte donc ni sur la nationalité ni sur le droit de séjour. Il signe simplement la fin de voyage des vieilles cartes en papier. Mais derrière cette transition technique se profile un véritable embouteillage administratif.
De nombreux Italiens installés depuis des décennies en Belgique n'ont jamais demandé de passeport ou utilisent encore une carte papier. D'autres, comme Roger, pensaient leur titre de séjour suffisant.
Encore faut-il décrocher un rendez-vous. Les créneaux sont pris d'assaut dans les consulats et l'attente peut s'étirer sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois selon les témoignages.
À l'approche des vacances, des Italiens privés de retour au pays
Derrière le voyage de roger resté cloué au sol se cachent de nombreux Italiens installés depuis des décennies en Belgique, parfois arrivés enfants, qui pensaient leurs papiers définitivement en règle.
À quelques semaines de l'échéance du 3 août 2026, la prise de conscience arrive parfois au moment de boucler les valises. "Chaque année, je ne prends que 3 semaines de vacances pour retrouver ma famille et ici je ne vais pas pouvoir le faire car je ne suis pas en règle, regrette un restaurateur italien de Charleroi via les réseaux sociaux. C'est vraiment énervant car pour avoir un rendez-vous au consulat de Charleroi, il faut obligatoirement passer par une plateforme en ligne mais le site rame en permanence et personne ne décroche le téléphone."
Les chiffres donnent la mesure de l'afflux. En 2026, le consulat général d'Italie à Bruxelles a délivré 4 255 cartes d'identité électroniques, contre 2 689 en 2025. Soit une augmentation de 58 %.
Pour certains, les vacances italiennes risquent de rester au point mort. Sans carte d'identité nationale ni passeport valide, impossible de prendre l'avion et risquer de franchir les frontières en voiture. En cas d'accident, de contrôle ou d'hospitalisation hors de Belgique, l'absence d'un véritable document d'identité ne supprime pas les droits à l'assurance ou aux soins mais peut compliquer les démarches.
Les services consulaires tentent d'ouvrir quelques voies supplémentaires. À Charleroi, environ 20 places par jour sont désormais réservées aux citoyens italiens qui ne possèdent qu'une ancienne carte papier et aucun autre document de voyage valable. Le consulat prévient toutefois que "la capacité reste limitée et que toutes les demandes ne pourront pas nécessairement être accueillies."
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.