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Israël : malgré le 7-Octobre et les critiques, Netanyahu reste le "capitaine" dans la tempête

"Tu n'as pas su protéger mon fils le 7-Octobre, ni les 1 200 autres personnes tuées. Honte à toi !" En pleine cérémonie officielle lundi 5 octobre, un père endeuillé a jeté ces mots au visage de Benjamin Netanyahu, ramenant le Premier ministre israélien au cœur de la question qui pourrait déterminer son avenir politique.

Le 27 octobre prochain, les Israéliens rendront leur verdict sur l'homme qui dirige le pays depuis près de deux décennies. Trois ans après le 7-Octobre, ces élections législatives font figure de plébiscite - ou de référendum de défiance - sur la gestion de Benjamin Netanyahu de la pire catastrophe sécuritaire de l'histoire récente du pays.

À quelques semaines du scrutin, le Premier ministre est plus que jamais rattrapé par les fantômes et les zones d'ombre de ce "samedi noir" de 2023 : que savait-il avant l'attaque ? Pourquoi les avertissements n'ont-ils pas été pris en compte ? Et surtout, qui doit rendre des comptes pour les défaillances qui ont permis au Hamas de tuer 1 221 personnes en Israël, en majorité des civils – selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles – et d'enlever 251 otages ?

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Un socle inébranlable

Malgré ces interrogations, Benjamin Netanyahu tient bon. "Le traumatisme du 7-Octobre n'a pas affaibli le socle traditionnel de ‘Bibi' [surnom de Benjamin Netanyahu, NDLR] : il l'a renforcé", analyse Sylvaine Bulle, professeure de sociologie à l'EHESS, spécialiste de la société israélienne et du conflit israélo-palestinien. "Il est la seule personne qui peut convertir une peur nationale face à une menace existentielle en vote. Cela fait trois ans qu'il le fait et ça marche", poursuit l'autrice de "Israël après le 7-Octobre" (PUF, 2026).

Le traumatisme reste immense dans la société israélienne, empêchant toute remise en question de la riposte militaire menée par Benjamin Netanyahu et qui a abouti à l'anéantissement de la bande Gaza. La guerre déclenchée par Israël a depuis fait plus de 74 200 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l'autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Un repli sur soi que confirme Nicolas Rouger, journaliste indépendant basé en Israël et auteur de "Netanyahou - L'agent du chaos", une BD que s'apprêtent à publier Les Arènes. "Même parmi les Israéliens opposés à Benjamin Netanyahu, qui reconnaissent sa corruption et le chaos de sa gestion, la critique internationale se heurte à un mur. Face aux accusations de la CPI [de crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Gaza, NDLR], l'argument de l'antisémitisme passe avant tout. Les Israéliens ne font confiance qu'au paysage médiatique israélien. Le reste, qui diffuse la destruction de Gaza par exemple, est pratiquement invisible."

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Pour le Premier ministre, la cicatrice est d'abord existentielle : la sécurité constituait depuis des années le cœur de son identité politique. Sa stature s'est fissurée un peu plus en septembre, lorsque la presse a révélé que les Émirats arabes unis et l'Égypte l'avaient prévenu, dix jours avant le drame, que le Hamas préparait une opération d'ampleur. Une accusation catégoriquement rejetée par son bureau.

L'opposition s'est immédiatement engouffrée dans la brèche. "Il savait que quelque chose était sur le point de se produire", a ainsi accusé Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major et principal adversaire du Premier ministre lors des prochains législatives. Il exige, à l'instar d'autres opposants, la création d'une commission d'enquête nationale indépendante.

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Alors que l'ancien chef d'état-major Herzi Halevi a endossé ses responsabilités en démissionnant en janvier 2025 et que le Shin Bet, l'agence israélienne de la sécurité intérieure, a reconnu avoir "échoué", Netanyahu a toujours refusé d'endosser la moindre responsabilité politique.

"Pas de honte politique"

"Doté d'une impudence particulière, Benjamin Netanyahu ne ressent aucun besoin de se dédouaner de façon morale", soulève Nicolas Rouger. "Il n'a pas de honte politique. En résistant à la colère populaire, il a ainsi neutralisé les leviers administratifs qui auraient pu mener à sa chute"

Une stratégie bien rôdée. Quelques mois après la démission d'Herzi Halevi, le gouvernement israélien annonçait le limogeage du patron du Shin Bet, Ronen Bar. Une décision qui avait provoqué un tollé dans une grande partie de l'opinion israélienne et des manifestations de masse. Si cette décision découlait des conclusions d'un rapport interne sur le 7-Octobre, Netanyahu a également invoqué un "manque de confiance" persistant pour justifier son renvoi.

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Pour Nicolas Rouger, le Premier ministre ne se contente pas de se défendre : il construit un récit alternatif. "Face aux accusations, Netanyahu contre-attaque en brandissant l'argument d'un "État profond" composé des services de sécurité et des élites bureaucratiques, de gauche. En-dessous des mots, ce qu'il dit c'est que les généraux, les chefs, les agences de sécurité, et les juges ont voulu sa chute en laissant les attaques du 7-Octobre arriver."

Dans une vidéo de campagne publiée en août, il a même affirmé que les responsables de la sécurité l'avaient volontairement tenu dans l'ignorance pendant plusieurs heures le matin du 7-Octobre, craignant sa réaction. "S'ils m'avaient réveillé, tout aurait été différent", déclarait-il. Un agenda publié par son propre bureau indique pourtant qu'il avait été informé dès 6 h 29 d'une attaque en provenance de Gaza.

"Qu'il s'agisse de son procès en cours pour corruption ou des accusations sur les alertes ignorées avant le 7-Octobre, ces affaires semblent glisser sur lui comme sur les plumes d'un canard", note Sylvaine Bulle. "Il arrive à retourner les calendriers pour être immunisé. Il est très agile et habile politiquement : plus il s'exonère de toute responsabilité, plus il gagne des points."

Pour Sylvaine Bulle, cette résistance tient aussi à une donnée plus profonde : dans une société traumatisée, la sécurité demeure prioritaire. "C'est toute l'ambivalence de la psychologie collective israélienne aujourd'hui : la défense d'Israël étant perçue comme une condition de survie, une large part de la population continue de voir en Bibi le seul garant d'une continuité sécuritaire et nationaliste forte. Elle refuse ainsi de franchir le Rubicon d'un avenir politique avec quelqu'un qui n'a jamais été aux manettes."

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Un "capitaine" qui mène "le navire dans la tempête"

Pourtant, l'idée d'une victoire acquise pour le Premier ministre sortant ne résiste pas à la réalité des urnes. Les derniers sondages traduisent une course extrêmement serrée. Une enquête publiée mardi 6 octobre par Channel 12 donnait le bloc d'opposition à 54 sièges contre 49 pour la coalition de Netanyahu, sans qu'aucun camp n'atteigne la majorité de 61 sièges nécessaire pour gouverner seuls à la Knesset. Gadi Eisenkot et son parti Yashar devançaient également le Likoud de Netanyahu en nombre de sièges.

Ancien chef d'État-Major, Gadi Eisenkot partage les mêmes racines militaires que son rival et a fait de la redevabilité politique et des fiascos du 7-Octobre les bases de sa campagne. Mais, à l'instar du reste de l'opposition, il peine à s'imposer autrement que par le rejet de l'homme fort en place.

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"L'opposition pèse peu : sa campagne souffre d'une vacuité totale alors qu'elle dispose d'un boulevard. En abandonnant les sujets de politique interne, de justice sociale, de logement ou de lutte contre les inégalités territoriales, elle a laissé les partis religieux s'emparer du terrain social auprès des classes populaires religieuses", juge Sylvaine Bulle.

Le piège reste d'autant plus redoutable que, dès qu'une nouvelle menace apparaît, le débat politique revient mécaniquement sur le terrain où Netanyahu se sent le plus à l'aise. La tentative d'attentat présumée à bord d'un vol Flydubai à destination de Tel-Aviv, fin septembre, miraculeusement déjouée par le copilote et des passagers, en a fourni un nouvel exemple.

Netanyahu a déclaré que le pilote était "un héros pour le monde entier" et il l'a invité en Israël, sans répondre aux doutes en matière de sécurité soulevés par l'opposition.

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"Le 7-Octobre a fonctionné comme un biais de confirmation, et seule la force fait office de réponse. Le langage est très bien rodé et il est internalisé par la population", explique Nicolas Rouger. "Dans la ligne idéologique de Netanyahu, le peuple juif navigue de catastrophe en catastrophe : il incarne donc un 'capitaine' pour mener le navire dans la tempête."