Insultes, brimades, propos racistes et sexistes : les conditions de garde à vue des lycéens mises en cause
Depuis le début du mouvement lycéen, près de 6 000 mineurs ont été interpellés et placés en garde à vue. Le dispositif est légal, mais un lycéen qui a été arrêté et un avocat dénoncent le mauvais traitement des adolescents par les forces de l'ordre.
Par Charlotte Piret Publié le mardi 13 octobre 2026 à 13:12
La mobilisation lycéenne se poursuit avec une nouvelle journée de manifestation mardi 13 octobre, partout en France. Le mouvement est encadré de près par les forces de l'ordre. La Ligue des droits de l'Homme recense une centaine de signalements de violences policières en une semaine. Plus de 6 800 personnes, dont 86% de mineurs, ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, selon le bilan judiciaire fourni vendredi 9 octobre par la Chancellerie.
Achille, 17 ans, lycéen à Paris, a été arrêté la semaine dernière près d'une bouche de métro. "Trois policiers en civil m'ont sauté dessus, ils n'avaient pas de brassard et ils n'ont même pas annoncé que c'était des policiers", raconte l'adolescent. "On fait le trajet, ils m'emmènent au commissariat, j'ai été placé en garde à vue, on m'a fouillé, du coup je ne m'attendais pas trop à ça mais ils m'ont dénudé", explique-t-il, affirmant que les agents lui ont passé les menottes à chaque fois qu'il le sortait de sa cellule. "J'ai dû me faire insulter 30 fois en 26 heures, 'puceau', 'petit connard', 'bouffon'", énumère-t-il.
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Le lycéen a passé la nuit dans sa cellule. "J'étais stressé de rester dormir, je ne réalisais pas vraiment, des fois je me suis demandé si c'était une blague", se souvient Achille, qui précise avoir dormi en tee-shirt avec une couverture dans une pièce froide située au sous-sol. Il est ressorti de sa garde à vue 26 heures plus tard, avec une journée de travaux d'intérêt général. Le motif : participation à un rassemblement interdit. "Quand j'y pense, je reste des fois ébahi devant ce qui m'est arrivé, parce que je suis persuadé que je mérite pas ce qui m'est arrivé, que c'est injuste et je n'étais pas du tout prêt à vivre ça en fait", affirme l'adolescent.
Un cadre juridique similaire à celui des adultes
Pour les mineurs, le cadre juridique ne diffère pas beaucoup de celui des adultes, avec une première garde à vue de 24 heures qui peut être prolongée de 24 heures supplémentaires à condition que ce qu'on reproche au mineur, crime ou plutôt un délit dans le cas des lycéens manifestants, soit passible d'au moins un an de prison. La limite s'élève à cinq ans, s'il a moins de 16 ans.
Autres spécificités pour les mineurs interpellés : leurs parents doivent être prévenus, leurs auditions filmées et ils ne peuvent pas être mélangés dans les locaux de garde à vue avec des adultes majeurs.
"Empêché d'aller aux toilettes"
Sauf que, selon de nombreux avocats qui suivent les lycéens depuis le début du mouvement, c'est dans les interstices de ce cadre légal que le bât blesse. "Des enfants nous rapportent des propos sexistes par les policiers, des enfants nous rapportent des propos racistes, des enfants nous rapportent des violences, que ce soit dans l'espace public, dans les transports vers le commissariat, parfois dans les locaux de garde à vue", détaille l'avocat Florian François-Jacquemin. Il évoque des "brimades", "comme être empêché d'aller aux toilettes".
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"Je pense que ce qu'on entend le plus aussi, c'est des menaces de la part de policiers envers les enfants qui leur disent que s'ils les retrouvent dans la rue, ça va très très mal se passer pour eux, et l'infraction qui est la plus reprochée, ils l'ont presque tous, c'est attroupement, regroupement, donc on reproche à des enfants d'avoir été ensemble en fait", dénonce Florian François-Jacquemin. Un tiers des mineurs placés en garde à vue depuis le début du mouvement devront comparaître dans les prochains mois.