INFOGRAPHIES. Loire, Rhin, Danube, Pô... les images satellites des fleuves assoiffés par la sécheresse
Publié aujourd'hui à 07h01
Lire dans l'appBFMThéophile Magoria et Florent Bascoul
Entre une saison estivale qui a battu des records de chaleur et la faiblesse des pluies, de nombreux cours d'eaux français sont à sec ou connaissent des ruptures d'écoulements. L'intensité de la sécheresse est particulièrement notable et son ampleur est d'autant plus visible sur les images satellites.
Petits ruisseaux et grands fleuves à la peine. La sécheresse estivale a pris de telles proportions que l'eau vient à manquer dans les rivières. Au 1er août 2026, l'Observatoire national des étiages (ONDE) recensait 1.373 cours d'eau touchés par des ruptures d'écoulement ou complètement à sec.
"Les observations réalisées fin juillet confirment une situation exceptionnelle. Avec 43 % de ruptures d'écoulement et d'assecs, le réseau ONDE enregistre la situation la plus critique jamais observée à cette période", constate l'Office français de la biodiversité.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut a signalé ce mercredi 12 août que la ressource en eau potable était sous tension dans plus de 50 départements et que 40.000 personnes n'avaient même plus de quoi faire couler leur robinet.
Les bateaux voguent difficilement. Lors de ce mois d'août, Voies navigables de France (VNF), a décidé d'arrêter la navigation pour insuffisance d'eau dans huit canaux dont le canal de Bourgogne, celui de la Marne au Rhin (branche ouest), celui du Rhône au Rhin (branche sud, versant Saône), le canal de Briare...
"On a eu un vrai déficit pluviométrique combiné avec des températures particulièrement élevées. La fonte des glaciers, qui pendant un temps a pu faire illusion, ne parvient plus à compenser. Le pire est donc à venir si nous ne travaillons pas sur la résilience de nos cours d'eaux", prévient Laurie Caillouet, hydrologue et président de l'association Eau'Dyssée, auprès de BFM.
Un déficit de pluie rédhibitoire pour la Loire
Depuis le début de l'été, plusieurs centaines de kilomètres de la Loire, d'Orléans à l'Atlantique, affichaient des débits "extrêmement bas." Il y a encore six mois, le fleuve, gonflé par des précipitations abondantes était en crue. Difficile à croire lorsque l'on aperçoit aujourd'hui de vastes bancs de sable, apparus encore plus tôt que d'habitude, laissant penser que l'on peut traverser à pied sec.
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Hervé Brulé, directeur régional de la Dreal du Centre-Val de Loire (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) pointait fin juillet à l'AFP qu'"à ce stade, 2026 fait partie des années extrêmement sèches, avec des débits naturels comparables aux années historiques de 2003 ou 2019" d'autant plus que "la situation est arrivée précocement."
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L'hydrologue Laurie Caillouet relève que contrairement au Rhône, "qui grâce à une gestion humaine très importante peut conserver plus d'eau que son débit naturel", la Loire est "un peu moins aménagée en ce sens et est plus vulnérable aux déficits de pluies."
Mais même le Rhône n'échappe pas à la crise. Quand son débit moyen en août se situe à 588 m3/s, il a été mesuré cette deuxième semaine d'août plutôt autour de 350 m3/s. Les communes le long de la Saône et à l'Est du fleuve Rhône viennent de passer en situation d'alerte renforcée.
Dans la Seine, à la station de Paris-Austerlitz, le fleuve était mesuré ce vendredi 14 août autour de 70 m3/s contre une moyenne mensuelle établie à 144 m3/s. Le débit du fleuve est maintenu à flot grâce aux lâchages des réserves cumulées durant l'automne et l'hiver dans les lacs-réservoirs situés en Champagne.
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Un phénomène inquiétant à l'échelle du continent
Le phénomène est loin de se cantonner à la France. La vaste majorité du Rhin et de la Tamise, quelque deux tiers du Danube et de longs tronçons du Pô ont atteint des débits d'une faiblesse inédite en moyenne pour un mois de juillet en 34 ans de mesures, selon une analyse des données publiées lundi par l'observatoire européen du changement climatique Copernicus.
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Le Rhin a ainsi connu un état de sécheresse hydrologique maximal quasiment sans interruption depuis début juin sur une grande partie de son parcours, des montagnes suisses jusqu'à l'ouest de l'Allemagne.
La Fédération allemande de la navigation intérieure (BDB) a averti lundi que "l'évolution des niveaux d'eau n'annonce rien de bon", déclarait son directeur général au quotidien Rheinische Post Jens Schwanen.
Selon lui, le manque de pluie fait que le niveau d'eau à Kaub, en Rhénanie-Palatinat, entre Coblence et Mayence (ouest), point de référence essentiel pour la navigation et l'économie, devait tomber pour la première fois cette semaine sous les 10 centimètres.
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À de tels niveaux d'eau, le Rhin "ne sera plus navigable de manière continue et se retrouvera scindé en deux", empêchant la continuité dans cette région tant pour le transport commercial de marchandises que pour les bateaux d'excursion, a expliqué Jens Schwanen.
En Italie, le bassin du Pô, son principal fleuve, est en état d'alerte maximale depuis fin juillet. La situation est particulièrement critique pour les régions agricoles du nord du pays soumises à un stress hydrique.
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Des travaux d'urgence sur le Danube
Le cas le plus emblématique reste celui du Danube, le fleuve qui parcourt le plus de pays en Europe. Tombé à son plus bas niveau enregistré, il révèle des vestiges historiques comme des os de mammouth ou les épaves de bateaux nazis sabordés en 1944 près du port de Prahovo en Serbie.
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Mais de manière moins anecdotique, la Hongrie ou la Roumanie qui dépendent du cours d'eau pour leurs besoins économiques se désespèrent de trouver des solutions.
Face à la sécheresse, le Premier ministre hongrois Peter Magyar a annoncé le lancement de travaux d'aménagement pour faire remonter le niveau du fleuve et assurer le refroidissement de la centrale nucléaire de Paks, qui ne fonctionne plus qu'à 25% de sa capacité.
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"C'est typique d'une solution de court terme. Il faut absolument que la centrale remarche mais cette décision est susceptible d'aggraver le problème à moyen ou long terme", déplore Laurie Caillouet.
Pour Laurie Caillouet, le stockage artificiel est une solution qui présente certains désavantages, "avec un impact indéniable sur le géomorphie naturelle du cours d'eau qui auto-régule la biodiversité", et "un risque accru d'évaporation de cette ressource en cas de fortes chaleurs, jusqu'à 40% de sa masse." L'hydrologue considère que les réservoirs sont une solution parmi d'autres.
Miser sur les zones humides
"De manière générale, si on veut que les cours d'eau soient plus résilients face aux sécheresses dans les années à venir, il faut mettre en place des solutions pour ralentir le cycle de l'eau, appropriées à chaque territoire", ajoute-t-elle. La spécialiste encourage par exemple le recours aux zones humides.
"Les échanges entre cours d'eau et nappes phréatiques sont très importants. Ces dernières vont alimenter les rivières en été, et l'inverse se produit en hiver. Pour favoriser ce mécanisme, il convient d'aménager des espaces tampon qui vont conserver l'eau", illustre-t-elle. Laurie Caillouet promeut également la "réinjection dans les lacs ou les rivières d'eaux usées" plutôt que d'opter pour la mer. "Il faut aussi travailler sur les usages, réduire la consommation dans tous les domaines.
En attendant, le continent devrait connaître un répit avec la fin de cette nouvelle vague de chaleur et des prévisions de pluies lors de la dernière quinzaine d'août. En France, une baisse progressive des températures est attendue au cours du week-end avec des salves orageuses.