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Incendies : la force tranquille de Denis Villeneuve

Le film qui a tout changé pour Denis Villeneuve, et a donné des ailes au cinéma québécois, est diffusé sur ICI Télé le 4 septembre, à 19 h 30.

Est-ce quelque chose de spécial dans l’eau du Québec? Une disposition des étoiles particulière? Ou simplement le fait que depuis toujours, pour s’affirmer et exister dans un océan de films anglophones, le fort peu fortuné cinéma québécois a toujours dû, un peu plus que les autres, faire preuve d’ingéniosité, d’audace, d’inventivité?

Une jeune femme de 3/4 devant d'autres femmes

Incendies, de Denis VilleneuvePhoto : Les films Séville

Une trajectoire unique

Probablement un peu de tout ça.

Toujours est-il que lorsque Denis Villeneuve a présenté Incendies en 2010, il incarnait peut-être plus que quiconque cette année-là cette idée d’un cinéma québécois fort, ouvert sur le monde, généreux, ambitieux.

L’idée d’un cinéma tissé à la fois de récits forts et de mises en scène pleines de cran. Une nomination à l’Oscar   (Nouvelle fenêtre)du meilleur film étranger plus tard (suivi l’année suivante à cette place par Philippe Falardeau et Monsieur Lazhar, puis la suivante par Kim Nguyen avec Rebelle) et une carrière mondiale éblouissante lancée et que rien ne paraît pouvoir limiter, il est toujours facile aujourd’hui de voir pourquoi Incendies a pu être ce fer de lance.

Un jeune homme et une jeune femme lisent une lettre

Incendies, de Denis VilleneuvePhoto : Les films Séville

Un film aussi intime que politique

C’est que cette adaptation d’une pièce de théâtre, violente, charnelle, existentielle, intime et politique, évoquant le destin de deux jumeaux chargés par des lettres de leur mère défunte de trouver leur frère et leur père, dont ils ne soupçonnaient pas l’existence, parvient à témoigner d’une force tranquille indéniable. Évidente. Irréfutable.

Comme une vague, hypnotique et profonde, à laquelle rien ne peut résister. Cela peut paraître simple, mais demandait toutefois toute une hardiesse de la part du jeune cinéaste qui, jusqu’ici, avait eu du mal à convaincre entièrement au-delà de son talent de styliste.

Celle d’abord de s’attaquer à une histoire aussi complexe, touffue, tragique que celle imaginée par le dramaturge libano-québécois Wajdi Mouawad et qui se balade entre un présent, un passé proche et un autre lointain, entre Montréal et un Liban non identifié mais scarifié par des années de guerre et de tension. Le tout, en français et en arabe. Porté par une femme. Et dénoué par un revirement hallucinant qui ouvre la porte à une réflexion profonde et bouleversante sur l’idée de résilience, face à une sauvagerie humaine de plus en plus brutale.

Une femme vise avec un revolver

Incendies, de Denis VilleneuvePhoto : Les films Séville

Un grand film pacifiste et féministe

L’audace encore d’oser façonner une mise en scène ample et d’un calme saisissant qui profite de la beauté terrifiante des décors naturels de Jordanie et dont chaque instant (excepté quelques ralentis ou moments accompagnés de la chanson You and Whose Army? de Radiohead) semble organique et naturel.

Un écrin pour que ses personnages, forts, contradictoires et passionnants, se dévoilent et se révèlent peu à peu, dans une fresque puissante où se rencontrent sans cesse le plus personnel et le plus collectif.

Car, l’autre audace de Denis Villeneuve, c’est aussi celle d’avoir imposé, dans un paysage cinématographique qui n’osait peut-être pas autant avant lui penser ses films comme des œuvres dignes des grands écrans et des grandes émotions, un si grand film pacifiste et féministe. Féministe oui, car le portrait de cette mère-courage (déchirante Lubna Azabal), capable par une force de caractère hors du commun de faire triompher la droiture et l’intelligence du cœur sur les horreurs de la guerre, est exemplaire. Comme l’est celui de sa fille (Mélissa Désormaux-Poulin, touchante), active, déterminée, fonceuse, toute en contraste face à son frère jumeau (Maxim Gaudette), incapable de réagir, tétanisé par la colère et la tristesse. Les femmes, fortes, intransigeantes parfois, mais riches, mènent. Dans toutes les tempêtes.

Depuis, il y a eu entre autres Arrival,  (Nouvelle fenêtre) Blade Runner 2049  (Nouvelle fenêtre) et Dune Mais Incendies ne laissait aucune place au doute. Denis Villeneuve est un cinéaste dont l’assurance n’a d’égale que l’humilité. Un mélange aussi rare que percutant. Et qui n’a, depuis, eu de cesse de se confirmer.

Incendies, à voir sur ICI Télé le 4, à 19 h 30
La bande-annonce (source : YouTube)