taraskuzio.com

Face à ces incendies "hors norme", "avions, camions et personnel formé ne suffiront pas", alerte un patron des pompiers

Ce samedi, on a des conditions un petit peu meilleures, mais les cinq derniers jours ont été très difficiles. On est face à des feux complexes, c’est-à-dire des feux qu’ils sont extrêmement rapides avec une végétation en stress hydrique très important. Ils sont très difficiles à éteindre même avec des largages canadiens. Ils font baisser l’intensité des flammes, mais ça reprend très vite. La difficulté principale, c’est la défense des villages. Il faut qu’on soit très mobiles et on n’a pas le temps de positionner des tuyaux pour aller chercher le feu et l’éteindre.

Est-ce que cet été est particulier par rapport aux étés précédents ?

C’est très simple. Cet été, nous en sommes à près de 100 000 hectares au niveau national, donc c’est atypique et déjà supérieur à 2003. La particularité, cette année, c’est que toute la France est concernée avec une végétation en stress hydrique partout et des feux très complexes qui arrivent sur les zones urbaines.

Au-delà des délais nécessaires pour l’arrivée des Canadair, je pense qu’on était dimensionnés pour nos feux de forêt. Mais la donne a changé, les feux remontent en France. Forcément, on va se trouver un petit peu en difficulté mais des commandes sont lancées.

Sur le front des incendies, la fatigue arrive maintenant. Ce sont des conditions extrêmement compliquées. On attaque les feux avec des vêtements épais pour se protéger de la chaleur, le tout sous des températures qui atteignent les 38 à 40 degrés toute l’après-midi, donc les conditions de travail sont extrêmement compliquées. On aurait besoin d’une pause météo, pour que le personnel puisse un peu se reposer. On est vraiment à flux tendus dans les départements du Sud, parce qu’en plus des feux, bien évidemment, on répond à toutes les interventions liées à la présence de nombreux touristes un peu partout…

On voit quand même de nombreux gestes de solidarité de la part de la population, des commerçants et des mairies qui se mettent à la disposition des pompiers. C’est réconfortant pour vous ?

C’est un point très, très positif oui… On a des habitants, des restaurants, des commerces qui nous offrent plein de nourriture, les gens viennent nous donner de l’eau, les agriculteurs nous aident beaucoup aussi en remplissant nos camions. Les élus se mobilisent aussi. On voit aussi que dans les centres d’accueils des personnes évacuées, la solidarité fonctionne bien. Ici, dans le Var, on avait une centaine de réfugiés dans une salle des fêtes. Trois jours plus tard, il n’en restait que vingt, les 80 autres ayant été accueillis par des habitants. Je pense qu’il y a une prise de conscience des problématiques de ces feux-là.

La France est-elle aujourd’hui suffisamment équipée pour lutte contre ces incendies géants, notamment en ce qui concerne les moyens aériens ?

Au-delà des délais nécessaires pour l’arrivée des Canadair, je pense qu’on était dimensionnés pour nos feux de forêt. Mais la donne a changé, les feux remontent en France. Forcément, on va se trouver un petit peu en difficulté mais des commandes sont lancées. La lutte passe d’abord par l’attaque massive aéroterrestre et la coordination qu’on y met. La doctrine française est excellente. On éteint 97 % des feux avant qu’ils ne fassent cinq hectares. Il nous faut des avions pour ça, il nous faut des camions, il nous faut du personnel formé. Il faut continuer cet effort-là. Mais sur des feux hors norme vers lesquels on se dirige, ça ne suffira pas.

On attaque les feux avec des vêtements épais pour se protéger de la chaleur, le tout sous des températures qui atteignent les 38 à 40 degrés toute l’après-midi, donc les conditions de travail sont extrêmement compliquées.

C’est-à-dire ?

Je parle de résilience du territoire. C’est-à-dire qu’il faut que le territoire soit aménagé de façon qu’on ne soit pas obligé de mettre des camions derrière chaque maison, que les maisons s’autodéfendent. Et pour ça, il y a des critères à respecter. Un : débroussailler et éviter les haies en cyprès. Deux, avoir des chemins ou des accès d’au moins quatre mètres de large. Moi, sur un des derniers feux, j’ai perdu 30 minutes pour aller dans les maisons parce que les camions étaient bloqués par les voitures qui descendaient et on ne pouvait pas se croiser. Trois, c’est d’avoir de l’eau pour que le camion puisse se ravitailler. Quatre : utiliser des matériaux qui soient compatibles avec des feux de forêt. Si vous construisez en plastique, en PVC ou avec du bois, ça va brûler. La population doit comprendre que lorsqu’on vit en lisière de forêt, il y a des règles à respecter.

À lire aussi : Incendie en Gironde : 14 000 hectares, 110 000 personnes évacuées, 100 maisons ravagées et un feu qui se dirige désormais vers Bordeaux

À lire aussi : EN IMAGES Incendies en Gironde : 12 500 hectares "détruits"… Les feux "XXL", "imprévisibles" et "voraces" en photos spectaculaires

Les pompiers qui sont mobilisés pour sauver des maisons ne sont pas disponibles pour attaquer les feux et ils doivent prendre des risques pour aller chercher les habitants isolés. Sur le feu du Var, on a trois camions de pompiers qui ont brûlé en allant au secours de personnes parce que ces mesures de bon sens n’étaient pas respectées. Un jour, les conséquences seront dramatiques si la population n’en prend pas conscience. Il faut vraiment travailler sur cet axe de la prévention en plus de la lutte active pour éviter les feux s’échapper. Cette résilience du territoire nous permettra de conserver nos maisons, nos camions et d’éviter les feux catastrophiques. Sans compter le danger pour les populations, et pour les sapeurs-pompiers.