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Comment le « désert » des Landes a été transformé en une forêt de pins géante

A l’exception des fins connaisseurs de l’Histoire des Landes et des habitants du Sud-Ouest, dans l’imaginaire collectif, la forêt landaise a toujours été une forêt. Sauf que ce n’est pas le cas. Ce qui est considéré aujourd’hui comme l’une des plus vastes étendues boisée d’Europe était, hier encore à l’échelle de l’Histoire, un désert peuplé de bergers et de moutons.

Si l’on remonte le temps jusqu’au Moyen-Âge, les forêts des Landes et du Médoc que l’on connaît aujourd’hui n’étaient à la base rien d’autre qu’un vaste plateau de sable. « Un faux désert en trompe-l’œil qui a valu aux Landes, pendant longtemps, le surnom de Sahara de la France », explique Jacques Sargos, historien bordelais spécialiste de la forêt landaise.

La plantation de pins commence dès le XVe siècle

A l’époque, les moutons et les paysans constituaient l’unique population de cette partie du territoire, humide l’hiver et aride l’été. « Il y avait déjà des pins, mais concentrés sur les rives des cours d’eau », poursuit l’historien. Et selon lui, l’exploitation de cette ressource remonte à l’Antiquité, « parce que les produits résineux étaient très utiles dans la marine ». La demande dans ce domaine allant croissant, la production de pins a rapidement été dépassée. « Dès la fin du XVe et le début du XVIe, la plantation de pins a été favorisée, notamment dans le Marensin, qui a vu se développer une véritable forêt de pins artificielle », avance Jacques Sargos. « Bien avant Napoléon III », insiste-t-il.

Dès lors, la forêt landaise n’a cessé de prendre de l’ampleur. Du côté bordelais aussi d’ailleurs. Non seulement pour la résine mais aussi pour le bois, dont la demande a explosé avec le développement de l’activité viticole dans le secteur. « Dans le Bordelais, on a pu constater l’apparition de la sylviculture dès le XVIIIe siècle, avec la rationalisation des plantations de pins semés en lignes », raconte l’historien.

Les incendies font partie de l’histoire de cette forêt

C’est au cours de ce siècle que le pin a pris le pas sur les moutons, largement privilégié par les seigneurs pour la source de revenus faciles et abondants que cela leur procurait. Certes, les éleveurs de moutons, qui avaient des droits d’usage sur les terres, ont vu rouge lorsque les seigneurs les ont virés pour planter des pins. Selon le spécialiste, « il y a eu de grands procès qui ont duré parfois très longtemps ». Du moins « jusqu’à ce que Napoléon III fasse voter des lois, au XIXe, favorisant le boisement de la lande ».

Fin XIXe donc, « la forêt est continue entre le Lot-et-Garonne, le Médoc et les Landes », selon l’historien. La surface recouverte s’étend alors sur environ un million d’hectares. « Il y a eu de nombreuses tentatives au cours des siècles pour planter autre chose mais ça n’a jamais fonctionné, le pin a tout cannibalisé », affirme l’auteur du livre Histoire de la forêt landaise, du désert à l’âge d’or (L’Horizon Chimérique, 2004). Et aujourd’hui encore, exception faite du littoral fortement urbanisé, c’est toujours le pin qui domine.

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Les incendies font partie intégrante de l’histoire de cette forêt. « Dès que la plantation de pins a commencé à se développer, il y a eu des incendies », déplore Jacques Sargos. Il cite, entre autres, un feu qui a ravagé 50.000 hectares dans le Marensin au XVIIIe, et l’écrivain François Mauriac qui, début XXe, décrivait des incendies quotidiens dans les Landes. « Faute de champs, de lande, il n’y avait et il n’y a toujours plus aujourd’hui de pare-feu. C’est la continuité du massif, le problème majeur ».