Pourquoi la nuit n’offre plus de répit aux pompiers face aux incendies
Manon Minaca
Publié le 24/07/2026 à 07h32 • Mis à jour le 24/07/2026 à 07h32
L'essentiel
- Les incendient qui font rage France ont détruit plus de 42.000 hectares, épuisant les pompiers qui tentent d’être sur tous les fronts.
- Ils font face à une nouvelle difficulté cette année : les feux ne faiblissent pas la nuit, en raison des températures élevées et de la faible humidité nocturne.
- Ces conditions compliquent le travail des pompiers, qui doivent intervenir sans moyens aériens en redoublant de vigilance dans l’obscurité.
Plus de 42.000 hectares brûlés entre janvier et mi-juillet : c’est le bilan terrible de ce début d’été, alors que les incendies successifs ont ravagé la France de Fontainebleau à la Drôme, en passant par le Var et la Gironde. Des feux à répétition qui pèsent sur les pompiers, dont certains sont « lessivés », selon plusieurs organisations de soldats du feu. Ceux-ci sont d’ailleurs confrontés à une difficulté nouvelle cette année : les incendies ne faiblissent plus la nuit.
« Avant, les nuits étaient favorables pour l’évolution des phases d’extinction du sinistre, parce qu’on savait que c’était là qu’on pouvait gagner du terrain », explique Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF). Les nuits étaient plus humides et plus froides, ce qui n’est pas le cas cette année.
Un phénomène perceptible cette année
« Aujourd’hui, avec les effets de la canicule, les niveaux de température ont du mal à baisser et à retrouver des normales de saison ; on a des nuits relativement chaudes, avec des amplitudes hygrométriques extrêmement basses. » Si le phénomène ne date pas d’hier, c’est depuis cette année que les pompiers le perçoivent sur le terrain, d’après le porte-parole de la FNSPF. « On pensait taper des feux la nuit, et puis finalement non », poursuit-il. « Ça devient de plus en plus complexe, on parle moins de nuits favorables. »
Ce phénomène a été étudié par une équipe de chercheurs canadienne, qui a publié en 2024 un article dans la revue Nature. Ils y montrent que les « conditions de sécheresse favorisent » les incendies la nuit, avec un réchauffement climatique qui « affaiblit la barrière climatologique contre les feux nocturnes ». Les chercheurs ont observé « des hausses des conditions météorologiques conduisant aux feux nocturnes ces dernières décennies, suggérant une perturbation accélérée du cycle diurne des feux ». Un phénomène qui « remet en question la compréhension traditionnelle » de ce cycle, basé sur un modèle de « jour actif, nuit calme ».
« C’est la guerre »
Ces nouvelles conditions nocturnes compliquent le travail des pompiers, qui « s’adaptent difficilement », alerte Eric Brocardi. D’autant que la nuit est un moment particulièrement dangereux. « On y voit moins et il faut bien connaître le terrain, développe le porte-parole de la FNSPF. Quand vous êtes la nuit avec une lance incendie, des tuyaux sur le dos et que vous partez dans la cambrousse au milieu des flammes, c’est la guerre. »
Privés de moyens aériens pour les épauler, les pompiers utilisent des drones pour essayer d’observer le feu, mais la prudence est de mise. « On doit faire plus attention pour éviter les risques d’accident », ce qui « demande plus d’attention et de vigilance ». Un cocktail d’éléments qui rendent la lutte contre les incendies « plus délicate, plus aventureuse, plus dangereuse, plus complexe ». Une difficulté de plus, alors que les soldats du feu déplorent le manque de moyens.