Incendie en France : plus de 140.000 personnes évacuées, 22.000 hectares brûlés, les flammes s'approchent de Bordeaux
Le violent incendie qui sévit depuis trois jours aux abords du bassin d'Arcachon nécessite l'évacuation supplémentaire de "manière préventive" de sept communes aux portes de Bordeaux, a annoncé tôt samedi la préfète du département de la Gironde, Sophie Brocas.
Cette nouvelle mesure concerne les habitants des communes de Saint-Médard-en-Jalles (33.000 habitants), Le Haillan (11.400), Saint-Jean-d'Illac (9.600), Martignas-sur-Jalles (8.000) et Saint-Aubin-de-Médoc (7.800), toutes proches ou faisant partie de la métropole de Bordeaux.
Les communes de Mérignac (78.000) et d'Eysines (24.800), limitrophes de la ville de Bordeaux, sont aussi partiellement concernées.
"On n'avait jamais vu ça, un feu convectif (qui s'autoalimente, ndlr) de cette ampleur", avait auparavant commenté le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur TF1.
Le président Emmanuel Macron a demandé aux Armées "de se mobiliser pour venir en renfort maximal de la sécurité civile".
Le nombre de militaires déployés "en appui des sapeurs-pompiers" va passer de 500 à 1.000 pour aider à lutter contre les violents incendies en Gironde et dans les Landes, a annoncé vendredi soir Sébastien Lecornu, à l'issue d'une cellule interministérielle de crise.
Bouchons de voitures à l'arrêt
Au moins 110.000 personnes ont été évacuées en Gironde et 31.000 dans les Landes en raison des incendies, selon un bilan du ministère de l'Intérieur - arrêté avant l'évacuation en cours de sept nouvelles communes proches de Bordeaux. Il s'agit d'une des plus vastes opérations du genre jamais menées en France.
Tout au long du nord du bassin d'Arcachon, les communes de Sainte-Hélène, Salaunes, Lanton et Audenge ont été vidées de leurs habitants.
Au plus près des feux, le long du bassin, la route est un bouchon de voitures à l'arrêt depuis Lège-Cap-Ferret jusqu'à Audenge, a constaté une journaliste de l'AFP.
Bison Futé a d'ailleurs appelé dans la nuit de vendredi à samedi les automobilistes à "éviter de se rendre ou de traverser le département de la Gironde", alors que la journée est classée rouge au niveau national dans le sens des départs.
Dans un immense hangar de Bordeaux, plusieurs dizaines de bénévoles commençaient à accueillir des personnes évacuées des communes du bassin d'Arcachon.
"On a fait quatre heures de route, il y avait des bouchons partout", s'exclame Chantal Espeleta, 79 ans, habitante d'Andernos-les-Bains, à quelque 50 km. Plusieurs sont venus avec leurs animaux.
"On n'avait personne pour nous loger", raconte Caroline Larrode, 49 ans, qui a quitté précipitamment sa maison à Saumos, vendredi, sur ordre des gendarmes, avec Nénette, Poupette et Tina, ses chats.
C'est de cette commune au nord du bassin d'Arcachon que l'incendie est parti mercredi, progressant dans une forêt de pins dense. Il "aurait été provoqué par l'emploi d'une machine de débroussaillage", a confirmé vendredi le procureur de Bordeaux.
Odeur de fumée à Bordeaux
Ce feu en Gironde, dont l'odeur acre flottait désormais jusqu'à Bordeaux, a déjà parcouru 19.000 hectares, soit plus que la surface de Paris, et détruit 100 bâtiments, selon la préfecture.
Quarante-deux sapeurs-pompiers blessés ont été pris en charge dont neuf évacués, "tous en urgence relative", selon la préfecture.
Malgré une "lutte acharnée" du millier de sapeurs-pompiers engagés pendant la nuit, l'ordre avait été donné vendredi matin d'évacuer en totalité les 40.000 habitants estivaux de la très touristique presqu'île du Cap-Ferret, prisée des stars.
Pour David Lafforgue, commerçant du Cap-Ferret et élu de la commune, qui a évacué sa famille de nuit, "tout a été géré de façon fluide (...) les valises étaient prêtes, les gens étaient calmes".
Dans le camping Le Spot au Cap-Ferret, vendredi à la mi-journée, on n'entendait plus que le bruit des cigales. Sur des tables trônent des bouteilles de sirop et des paquets de chips entamés, une porte de caravane est restée ouverte...
Nouvelles évacuations dans les Landes
Au sud du bassin d'Arcachon, l'incendie qui a parcouru 3.000 hectares depuis jeudi soir près de Biscarrosse, dans les Landes, a également conduit à de nouvelles évacuations vendredi à mesure qu'il progressait.
Les quelque 8.000 habitants de Parentis-en-Born ont été évacués de façon préventive, après les 18.000 du bourg de Biscarrosse la veille, et la préfecture a pris une mesure similaire dans la soirée pour la commune de Sanguinet (5.000 habitants). En ajoutant les occupants de deux campings, environ 36.000 personnes sont concernées au total.
Déclenché par l'incendie accidentel d'un véhicule jeudi après-midi, cet incendie, "très soudain, très violent, très rapide", a déjà détruit "110 à 120" habitations et bâtiments, selon un dernier bilan provisoire communiqué par le préfet.
Au PC de sécurité installé dans la caserne, se croisaient dans la matinée les colonnes de renforts nationaux et les uniformes militaires des gendarmes et pompiers de Paris, Marseille et ceux du programme Héphaïstos.
"24h30 sans dormir", lâchait l'un d'eux au retour d'une intervention.
"32 feux en cours"
Laurent Nuñez avait précisé vendredi matin que "32 feux (étaient) en cours" sur le territoire.
Dans le Var, les sapeurs-pompiers étaient confrontés vendredi à plusieurs reprises de l'incendie de Pontevès, au quatrième jour de leurs opérations, avec de nouveaux départs de feu dans une zone adjacente.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère.