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Incendie dans les Hautes Fagnes : qu’adviendra-t-il de la faune, de la flore et des milieux naturels touchés ? - RTBF Actus

"Les espèces les plus mobiles, notamment les mammifères de taille moyenne ou les grands mammifères ongulés ont le temps, normalement, de pouvoir fuir l’incendie", nous explique Laurane Winandy, directrice de la station scientifique des Hautes Fagnes de l’Uliège.

En revanche, pour d’autres espèces moins mobiles, la situation est plus compliquée. C’est le cas, par exemple, des amphibiens. "Il y a quand même quatre espèces d’amphibiens qui peuvent se reproduire dans les mares de tourbière. Il y a le crapaud commun, la grenouille rousse, le triton alpestre et le triton palmé", explique Laurane Winandy. 

Il y a également des reptiles, comme le lézard vivipare, "très répandu dans la zone qui a brûlé". "Toutes ces espèces, que ce soit reptiles ou amphibiens, qu’est-ce qu’ils vont faire ? Ils vont se réfugier dans le sol", explique la scientifique. "Le problème, c’est qu’ici, on a le cas d’un incendie qui est assez profond, qui va aller profondément dans le sol. Là, il va y avoir de la mortalité qui est assez importante", poursuit-elle, même s’il est possible que certains amphibiens, des tritons par exemple, au stade adulte aient rejoint les forêts comme ils en ont l’habitude à cette période de l’année, laissant derrière eux les larves dans les mares.

La zone incendiée est aussi le refuge de nombreux oiseaux. Certains auront pu fuir, d’autres plus difficilement, notamment si le stade de développement n’est pas suffisamment avancé. On peut s’interroger, par exemple, sur le sort des tétras-lyres, cet oiseau emblématique des Hautes Fagnes au bord de l’extinction il y a moins de 10 ans. Depuis quelques années, un partenariat s’est noué entre la Belgique et la Suède pour relâcher des individus dans les Fagnes. En mai dernier, 10 mâles et 25 femelles ont été réintroduits dans la réserve naturelle des Hautes Fagnes. Où sont-ils aujourd’hui ? Les émetteurs dont certains de ces oiseaux sont dotés permettront peut-être dans les prochains jours de les localiser.

Pour toutes ces espèces, la grande inconnue c’est aussi de savoir à quoi ressembleront les Fagnes après l’incendie et quelles espèces auront survécu ou reviendront s’y installer.

La Fagne Wallonne et la Fagne de Clérfaye, deux des trois dernières tourbières actives ont brûlé. L’incendie s’est propagé au sol, à la tourbe, en profondeur. Ces tourbières, ce sont "les joyaux de la réserve naturelle", explique Serge Nekrassoff, Directeur-adjoint de la station scientifique des Hautes Fagnes de l’Uliège. Et de décrire les espèces végétales particulières qu’on y trouve : "les fameuses linaigrettes, ces petites houppes blanches qui font le charme du haut plateau fagnard, la droséra, une plante carnivore qu’on observe plus difficilement, la bruyère quaternée avec ses petites fleurs en forme de globe rose, la canneberge, une plante rampant sur la tourbière, de la même famille que les myrtilles".

"L’impact des incendies sur ce genre de milieu peut être tout à fait significatif, puisqu’en brûlant en profondeur la tourbe, il est fort probable que le milieu soit totalement perturbé", confie Serge Nekrassoff.

Comme pour la faune, il faudra attendre que l’incendie soit éteint pour que les scientifiques et les gestionnaires de la réserve naturelle des Hautes Fagnes soient en mesure de dresser un bilan. "Il y a des plantes qui vont peut-être pouvoir brûler, mais si le milieu reste propice à leur développement, il y a des chances que quelques années plus tard, on puisse en retrouver", explique Serge Nekrassoff.