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Immobilier : quand propriétaires et locataires règlent leur compte sur Internet

C’est une lutte sans fin que se livrent propriétaires et locataires. D’un côté, certains bailleurs multiplient les exigences de garanties et se disent pourtant victimes d’impayés. De l’autre, des locataires découvrent parfois trop tard les nombreux défauts de leur nouveau logement ou que le propriétaire et l’agence ne daignent jamais répondre à ses sollicitations.

Pour prévenir ces litiges, des sites et applications fleurissent en ligne, chacun se présentant comme une solution pour les deux camps. Parmi eux, la plateforme Sigilio qui vient de se lancer en octobre 2026, fait une promesse aux propriétaires : « vérifiez si un candidat a plus de trois mois de loyers impayés chez un autre bailleur ».

Alimentée par des professionnels de l’immobilier, la base de données leur permet, moyennant 3 € par profil, de vérifier qu’un candidat n’a pas déjà été en défaut de paiement. Lorsque le locataire a régularisé sa situation, le professionnel à l’origine du signalement est censé le retirer de la liste sous cinq jours. En pratique, rien ne l’y oblige. Le site supprime de lui-même les profils au bout de cinq ans, y compris si la dette n’a pas été réglée.

Obligation d’informer le locataire

Si ce « fichage des locataires » vient d’être mis en ligne, le projet mûrit en réalité depuis dix ans. Le fondateur d’Arthel Digital, la société qui détient Sigilio, cherche à établir une « liste noire » des mauvais payeurs depuis 2016, avec le soutien de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim), qui regroupe les syndicats professionnels du secteur.

Mais les obstacles juridiques ont à chaque fois freiné son avancée. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) jugeait que l’entreprise ne respectait pas les exigences du règlement général sur la protection des données (RGPD), notamment l’obligation d’informer le locataire de son inscription et de lui permettre d’accéder à ses données. Un bras de fer de quatre ans, jusqu’en 2020.

Ces conditions sont aujourd’hui remplies, ce qui a rendu possible la naissance de Sigilio. L’initiative est même directement soutenue par le ministre du logement, Vincent Jeanbrun, qui réclamait dès septembre un fichier des locataires mauvais payeurs pour « lutter contre les professionnels de l’impayé ». « Pourquoi est-ce possible pour un employeur de vérifier le casier judiciaire d’un candidat, mais pas à un propriétaire de s’assurer que son futur locataire est un bon payeur ? », interrogeait-il devant des notaires.

Les loyers impayés comptent parmi les principales craintes des propriétaires, mais ils restent l’exception sur le marché locatif. En Île-de-France, le taux des loyers en retard de plus d’un mois représentait 3,43 % en janvier 2025 selon l’agence Imodirect, et 4 % dans le reste de la France à la même période.

Des équivalents pour les propriétaires

Il existe aussi des équivalents de ce fichage pour les propriétaires. L’application Loti, par exemple, permet à un locataire de noter selon une vingtaine de critères le logement qu’il a occupé : confort, quartier, voisinage, mais aussi la qualité de la relation avec le bailleur. L’occupant renseigne les informations permettant d’identifier le bien (loyer, surface, adresse) et peut y joindre des photos.

Lancé en 2024, le site justifie sa création par le déséquilibre dans la relation entre bailleur et locataire. Le premier dispose d’informations sensibles sur le candidat, comme son identité, ses revenus ou son statut salarial, tandis que le second signe parfois un bail sans même avoir visité le logement. La plateforme veut ainsi informer les locataires « avec transparence » sur le bien pour lequel ils s’engagent.

D’après Loti, qui recense 400 avis sur des logements de toute la France, c’est l’isolation thermique qui suscite le plus de critiques chez les locataires, avec une note moyenne de 2,4/5, suivie de près par l’isolation phonique. Ces plateformes restent assez confidentielles pour l’heure, mais élargissent progressivement leur public : en septembre, le site a enregistré 88 nouveaux, son record pour un mois.

Là encore, la Cnil encadre ces pratiques. Elle autorise la notation et la critique d’une prestation de location, mais interdit toute diffamation ou injure envers les propriétaires. Les plateformes fixent donc souvent elles-mêmes des critères de notation précis. Si ces règles ne sont pas respectées, les propriétaires peuvent s’opposer à leur référencement dans l’annuaire.