"Il y a du monde, mais pas au portefeuille" : chevaux, matériel agricole, artisanat… à la Foire de la Barguillère, les exposants ariégeois ressentent le coup de frein
l'essentiel Face à la baisse du pouvoir d'achat, la Foire de la Barguillère a vu les promeneurs flâner plus qu'acheter ce week-end à Foix. Si le chiffre d'affaires n'est pas au niveau espéré, agriculteurs et artisans sont tous d'accord : l’événement reste une vitrine indispensable pour se faire connaître et maintenir le contact. Reportage.
La Foire de la Barguillère, à Foix, dépasse largement le cadre d'une simple fête foraine ou d'une promenade dominicale. Elle constitue avant tout un carrefour commercial majeur pour les agriculteurs et producteurs de l'Ariège. Pour cette 17ᵉ édition, organisée ce samedi 10 et ce dimanche 11 octobre 2026, une soixantaine d'exposants et 25 éleveurs ont répondu présent. Deux journées d'échanges chaleureux et, comme l'espèrent les commerçants, de transactions.
Pour autant, face à la conjoncture actuelle, l'événement représente-t-il encore un véritable tremplin pour nos acteurs locaux ? Force est de constater que, cette année, les achats peinent à décoller. L'un des producteurs résume la situation dans un léger rire : "Il y a du monde, mais pas au portefeuille !" La boutade passée, le sourire laisse place à une pointe de déception chez César, 24 ans, venu présenter pour la première fois les cidres de la Ferme de Paraulettes, située à Mirepoix. S'il a pu écouler quelques bouteilles de pommeau et de cidre le samedi, ses calvados n'ont pas trouvé preneurs. "Plus tard, si j'ai un salarié, ça me coûterait plus cher que ce que j'ai gagné ici", regrette-t-il, sans pour autant tirer de conclusions hâtives.
"Je sens une vraie baisse cette année"
Car cette foire reste une "belle vitrine", l'occasion idéale d'accroître sa visibilité à défaut de multiplier les ventes. Un constat partagé par l'ensemble des participants, à l'image de Jacqueline Sire, figure bien connue des Appaméens et propriétaire "depuis toujours" de la chapellerie du même nom. Fidèle à la manifestation depuis dix ans, elle témoigne : "Un client m'a dit : 'Entre acheter un chapeau ou faire le plein de la voiture, le choix est vite fait.'" Si ses clients fuxéens la saluent avec enthousiasme en promettant de passer en boutique, elle reste perplexe quant à la concrétisation de ces promesses. "Je sens une vraie baisse cette année. Mais cela fait vingt ans que je participe à des événements et je ne peux pas m'arrêter : il faut bien payer les factures."
Des factures en hausse constante face à des clients qui hésitent. À l'image de ce couple s’arrêtant devant son étal : "Ne regarde pas le prix, c'est moi qui paye !" lance la retraitée à son compagnon. Si une dame finit par se laisser tenter, l'ambiance est plus morose sur le stand de Claude Gouzy, tourneur sur bois et maire du village de Larnat. "Il y a de la foule, mais les gens se contentent de regarder", observe-t-il. Coupes à fruits, plateaux à fromage tournants, stylos et même champignons décoratifs garnissent son étal : "Comme nous n'en avons pas cette année en forêt, j'ai décidé d'en fabriquer !" plaisante-t-il.
"Je préfère donner à mes petits-enfants"
Une curieuse s'arrête devant un objet intrigant. "C'est pour les serviettes ?" Mauvaise réponse. Il s'agit d'une bague de lecture. Bien que cette retraitée salue l'ingéniosité du produit comme celle du casse-noix artisanal fabriqué par le maire, aux tarifs pourtant très "corrects", elle n'achètera pas. "Je préfère donner à mes petits-enfants qui se lancent dans la vie. On ne se prive pas, mais on les privilégie, tout en gardant de côté pour la maison de retraite, car cela coûte cher."
Le constat est tout aussi mesuré du côté de la vente d'animaux. "Pour les chevaux, c'est catastrophique", résume Pauline, 39 ans, qui revient depuis cinq ans proposer ses chevaux et poneys de loisir aux particuliers. "Les gens n'achètent plus. Sur le plan économique, la situation est tendue entre le coût du carburant et la sécheresse, qui alourdit les charges des exploitations." Si quelques visiteurs manifestent de l'intérêt, ils cherchent davantage à négocier : "Ils veulent acheter à bas prix, ce qui nous oblige à brader nos animaux alors que nos coûts de production augmentent. L'an dernier, j'avais beaucoup de poulains et pouliches et j'avais tout vendu, dont les deux derniers directement à la foire. Cette année, il m'en reste encore trois." Un éleveur de béliers, parvenu à vendre quelques bêtes, confirme la pression sur les prix : "Il y a une nette différence par rapport à l'année dernière."
Même son de cloche du côté du matériel agricole, installé sur les allées de Villotte. "L'an passé, je vendais des équipements à 7 000 € ; aujourd'hui, on tourne plutôt autour de 500 €", explique Quentin, commercial pour l'enseigne Espace Émeraude Établissements Marchand, implantée à Saint-Jean-du-Falga. "Les petits articles marchent encore, comme les jouets pour enfants ou les petites tronçonneuses. Mais dès que le prix grimpe, les clients préfèrent réfléchir et venir en boutique", réagit une représentante de l'entreprise Blondeau Motoculture, située à Saint-Jean-de-Verges.
Bilan mitigé dans les caisses, peut-être, mais le pari du lien humain est amplement gagné. "Cela fait cinq ans que nous sommes installés à Saint-Jean-de-Verges, et certains visiteurs découvrent encore notre existence aujourd'hui", se réjouit malgré tout cette dernière.