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« Il peut toujours arriver qu’une décision catastrophique soit prise » : voici pourquoi les avions civils sont plus menacés que jamais

Les avions de ligne sont-ils davantage exposés lorsqu’ils survolent ou approchent des zones de conflit ? Selon l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), le risque ne cesse d’augmenter. Missiles à longue portée, drones, systèmes de défense antiaérienne et brouillages des communications radio et GPS figurent parmi les menaces identifiées.

Le 17 juillet 2014, un Boeing 777 de Malaysia Airlines s’est écrasé dans l’est de l’Ukraine, faisant 298 morts, dont une majorité de Néerlandais. La catastrophe du vol MH17 reste l’un des exemples les plus marquants d’un avion civil victime d’un conflit.

Aujourd’hui, l’OACI estime que la menace est plus importante que jamais. L’organisation souligne que les appareils civils peuvent non seulement être pris dans des tirs, mais également devenir directement la cible d’une attaque. « Bien que le secteur soit capable de détourner les vols et ainsi de poursuivre ses opérations » pendant les conflits armés, cela n’empêche pas l’existence d’un « risque fondamental pour la sécurité », précise-t-elle.

Des erreurs humaines aux brouillages GPS

Le terme « délibérément » utilisé par l’OACI interpelle particulièrement. Les catastrophes connues impliquant des avions civils dans des zones de conflit, comme le MH17 ou le crash d’un appareil ukrainien en Iran en 2020, ont jusqu’à présent été liées à des erreurs humaines.

« On n’est évidemment jamais sûr à 100 % », explique Wouter Dewulf, économiste spécialisé dans l’aviation à l’Université d’Anvers, à nos confrères du Nieuwsblad. « Les compagnies aériennes évitent les zones de conflit, mais avec des groupes rebelles comme, par exemple, les Houthis au Yémen, il peut toujours arriver qu’une décision catastrophique soit prise. »

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Le danger ne se limite toutefois pas aux missiles. Le brouillage des signaux GPS et des communications radio peut également poser problème.

« Lorsque vous savez moins précisément où vous vous trouvez, cela entraîne le risque direct que des avions entrent en collision », explique Patrick Bolder, spécialiste de la défense au Centre de La Haye pour les études stratégiques (HCSS). « Dans ce cas, les avions doivent respecter une zone de sécurité plus importante autour de l’appareil, ce qui signifie que moins d’avions peuvent emprunter la même route à proximité les uns des autres. En ce sens, un brouillage délibéré des fréquences GPS et radio peut être intéressant pour causer des dommages économiques. »

Pour les deux spécialistes, les accidents involontaires restent toutefois le principal danger.

Des drones susceptibles de croiser les avions

La mise en garde de l’OACI intervient un jour après un avertissement du président ukrainien Volodymyr Zelensky appelant les compagnies aériennes à éviter l’espace aérien russe.

« L’Ukraine envoie régulièrement des drones vers la Russie, qui s’approchent des aéroports », indique Patrick Bolder. « Il peut très bien arriver que l’un de ces drones croise la trajectoire d’un avion. »

Selon lui, le recours croissant à l’intelligence artificielle pourrait également accroître le risque d’incidents. « Il arrive de plus en plus souvent que des cibles soient déterminées par l’IA », affirme-t-il. « Pensez simplement aux centaines de missiles que les États-Unis ont tirés sur l’Iran le 28 février. En raison du manque de contrôle humain, une école pour filles a ainsi été touchée. »

Les compagnies adaptent leurs trajets

Les compagnies disposent principalement de deux niveaux de sécurité. « Tout d’abord, il y a l’autorité européenne de l’aviation qui indique où il est interdit de voler, comme au-dessus de l’Iran et de l’Ukraine. Ces recommandations sont reprises par la Belgique. Le deuxième niveau concerne les compagnies aériennes, qui réalisent elles-mêmes une analyse des risques », explique Wouter Dewulf.

Les compagnies peuvent donc adapter leurs itinéraires. Brussels Airlines a par exemple récemment décidé de reprendre ses vols vers Tel-Aviv, en Israël, une décision contestée par le syndicat ACV, notamment pour des raisons de sécurité.

En dehors de ces changements d’itinéraire, les possibilités restent limitées. « La compagnie aérienne israélienne El Al utilise des leurres thermiques contre les missiles, mais c’est une exception », souligne Wouter Dewulf.

Malgré le contexte géopolitique, l’économiste appelle toutefois à ne pas céder à la panique : « Dans la situation géopolitique actuelle, il se passe toujours quelque chose et les avions zigzaguent donc un peu. Nous ne devons toutefois pas semer la panique : cela reste toujours sûr et j’ai toute confiance dans les compagnies aériennes. »