"Il nous insulte au moindre bruit, on s'empêche de vivre" : ivre et excédé par le bruit que font ses voisins, il craque et leur assène des coups
l'essentiel Un habitant de Lavelanet, en Ariège, a été condamné jeudi 1er octobre par le tribunal de Foix à trois mois de prison avec sursis pour violences sur ses voisins. Le conflit, exacerbé par l'alcool, a éclaté le 5 juin, avec le Lavelanétien qui a saisi une femme violemment par le bras et asséné un coup de poing à son mari.
D'un pas hésitant, Lionel*, vêtu d'une polaire et d'un pull kaki ternes, s'avance à la barre du tribunal de Foix. Derrière ses lunettes rectangulaires, son regard ne respire pas l'aisance : s'il est convoqué devant la justice ce jeudi 1er octobre, c'est pour répondre de faits de violence sur Amina* et Ali*, ses voisins d'immeuble.
Le conflit est larvé depuis plusieurs temps déjà dans ce bâtiment de Lavelanet où tous résident. Une mauvaise entente dans le voisinage, euphémise-t-on, qui culmine le 5 juin dernier à 23 h 15 par un appel aux gendarmes pour des violences.
Les insultes pleuvent
Fortement alcoolisé, Lionel a repéré le couple devant le bâtiment et s'en est pris à eux : Amina est saisie fortement par le bras, jusqu'à laisser un bleu, Ali est attrapé par le col et reçoit un coup de poing. Devant les forces de l'ordre, la mère de famille témoigne de la très mauvaise relation qu'elle entretient avec son voisin du dessus : "Il nous insulte au moindre bruit, on s'empêche de vivre." Elle a déjà été traitée de "salope", son mari menacé et insulté de même.
Confirmant les déclarations de la partie civile, Lionel tient tout de même à préciser que ses voisins étaient "très bruyants", mettant ses agissements sur le coup des nerfs. "Je veux bien noter votre adresse, parce que je ne veux pas être voisin !", s'exclame le président Bourdeau. Lionel se tasse sous l'ironie mordante : "Je me suis emporté", bafouille-t-il. "Pourtant, on vit en... On vit en....", reprend le juge. "En société", complète le quinquagénaire, qui n'en mène pas large.
Un rapport à l'alcool qui inquiète le ministère public
Pour autant, s'il reconnaît les coups portés aux parents, il nie toute insulte adressée aux enfants du couple. "Tous les noms d'oiseaux dont a été traitée la gosse, c'est quoi ?", interroge le magistrat. "C'est pas vrai", se récrie Lionel. Dans son scénario, ce sont même eux qui ont déclenché son ire, comme le rappelle la substitut du procureur : "Monsieur nous dit quand même que les enfants, qui ont cinq et six ans, auraient déclaré devant lui, 'Faut crever les yeux de ce fils de pute'", s'insurge-t-elle, l'air de peu croire aux allégations de Lionel.
Ce qui intéresse aussi la magistrate, c'est aussi le rapport du prévenu à l'alcool. Ce soir-là, il présentait un taux de 0,98 mg d'alcool par litre d'air expiré, qui se sont additionnés aux médicaments qu'il prend pour la dépression qu'il vit au quotidien. Mais pour lui, pas de problèmes de ce côté-là pour autant : "Je fais des apéros comme tout le monde", relativise-t-il. La substitut fait la moue : "Tout le monde ne fait pas des apéros et va frapper ses voisins ensuite, Monsieur." Elle paraît d'autant plus agacée quand Lionel relate que depuis les faits, "ça va mieux, ils ne font plus de bruit".
"Les voisins, on ne les choisit pas, on vit avec"
Dans son réquisitoire, la magistrate souligne que la seule mention au casier de Lionel est récente, et liée à l'alcool déjà. Sur les faits, elle enchaîne : "Les voisins, on ne les choisit pas, on vit avec. On peut l'entendre, qu'ils ne les supportent pas, mais ce n'est pas une raison pour avoir recours à la violence." Ainsi, elle requiert une peine de trois mois de prison assortis du sursis, un "avertissement", ainsi qu'un stage de citoyenneté.
En défense, Maître Baquiero tient d'abord à dépeindre de nouveau la scène des violences : "des logements anciens", "des conditions d'habitabilité précaires". Et il y a le cas de Lionel, qui est dans "des conditions psychologiques difficiles, qui supporte mal tout ce qui est parasitaire", avec le problème de l'alcool "qui s'est peut-être ajouté à ça" : soit un cocktail explosif qui a détonné ce soir-là, sans nouvel incident depuis. Pour autant, tient à avancer l'avocate, l'homme a reconnu que ses gestes étaient inappropriés et a depuis entamé un suivi psychologique et psychiatrique pour remédier à ses problèmes.
Après que Lionel aura tenu à répéter en conclusion qu'il "regrette", le président suivra les réquisitions du ministère public en tout point.