"Il me menaçait, me disait qu'il allait me crever l'œil" : jugé pour violences en prison, un détenu de 20 ans accuse l’administration de ne pas l’avoir protégé
l'essentiel À 20 ans, Yanis* comparaît une nouvelle fois devant le tribunal judiciaire de Foix pour des violences commises en détention. Face aux magistrats, le jeune homme affirme avoir frappé pour se protéger, faute d’avoir été soutenu par l’administration pénitentiaire. On vous explique.
"Vu que je n’ai pas reçu le soutien légitime de la direction, je me suis défendu tout seul." À seulement 20 ans, Yanis* affiche une assurance déconcertante dans le box du tribunal judiciaire de Foix. Si son avocate, Me Delrieu, assure sa défense, le jeune homme prend lui-même longuement la parole. Il justifie, explique, argumente. Comme s'il plaidait sa propre cause.
Avec déjà dix condamnations inscrites à son casier judiciaire, le prévenu connaît les rouages de la justice. Violences, blanchiment, conduite sans permis, port d'arme, outrages sur personne dépositaire de l'autorité publique… Il reconnaît avoir commis "beaucoup d'erreurs de jeunesse". Puis se reprend dans un sourire : "Même si je suis toujours jeune."
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"Il n'a pas respecté mon espace vital, il m'a invectivé"
À l'origine de cette trajectoire, il évoque un drame qui continue de le hanter. "Quand j'avais cinq ans, mon père s'est fait assassiner." Privé de figure paternelle, placé en foyer, il dit avoir rapidement basculé dans la délinquance. "C'est regrettable, mais ces erreurs m'ont permis de me reconstruire pour un avenir meilleur", affirme-t-il dans une formule qui semble soigneusement préparée. Aujourd'hui, il veut tourner la page et rêve de travailler dans la pâtisserie ou la cuisine.
Mais avant d'imaginer l'après-prison, Yanis doit répondre de deux épisodes de violences commis à la maison d'arrêt de Foix. Le premier remonte au 2 juillet 2025. À 14 h 24, les images de vidéosurveillance montrent le détenu rejoindre un codétenu dans la cour de promenade, le pousser à plusieurs reprises avant de lui asséner un coup de poing. Son adversaire riposte immédiatement. "Ça s'est échauffé, c'est parti en bagarre. J'ai cru qu'il allait me mettre un coup, j'ai eu un automatisme", explique le prévenu. Il raconte qu'il souhaitait simplement récupérer des DVD prêtés quelques jours plus tôt, mais que l'autre détenu aurait tenté de l'intimider. "Il n'a pas respecté mon espace vital, il m'a invectivé."
"Tout le monde voulait me tomber dessus"
Le second épisode survient le 13 août 2025. À 14 h 16, à peine sorti de sa cellule pour rejoindre la promenade, Yanis fonce vers un autre détenu et le frappe à deux reprises. La scène provoque un attroupement dans le couloir. Au sol, une chaussette lestée est découverte. Les soupçons se portent aussitôt sur le jeune homme.
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Placé "au petit quartier" après la première altercation, il assure avoir vécu plusieurs semaines sous pression. "Ça se passait très mal, tout le monde voulait me tomber dessus. (...) J'attendais du soutien de la part de l'administration. C'est eux qui me détiennent, c'est à eux de me protéger. Tous les jours, la direction me disait : 'C'est pas notre problème, on a d'autres choses à gérer.' J'ai voulu me défendre moi-même."
Il nie catégoriquement avoir utilisé une chaussette lestée, malgré les déclarations d'un surveillant, et affirme n'avoir frappé qu'avec ses poings. Selon lui, il faisait face à des menaces répétées. "Je suis quelqu'un de jeune, de très actif. J'ai besoin de la cour de promenade pour prendre l'air. Il me menaçait, me disait qu'il allait me crever l'œil", insiste-t-il.
Après vingt jours passés au quartier disciplinaire, Yanis est transféré à l'unité pour détenus violents de Seysses, puis à la maison d'arrêt de Rodez. Sa fin de peine est prévue le 7 mars 2027 concernant d'autres faits antérieurs.
"La prison, ce n'est pas mon monde"
À cela, pourraient s'ajouter plusieurs mois de prison supplémentaires d'autant que le ministère public requiert six mois avec mandat de dépôt, ainsi qu'une amende de 250 euros. Bien trop pour Me Delrieu. Selon elle, plusieurs zones d'ombre demeurent. Le procès-verbal ne mentionne pas que son client serait sorti de sa cellule avec une chaussette lestée. L'avocate pose alors une question au tribunal : "Si on n'arrive pas à se défendre ou à faire le poids, comment répondre à toutes ces provocations ?"
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Une dernière fois, Yanis s'adresse directement aux magistrats, dans l'espoir de susciter un peu de compassion. Sa voix se fait plus posée. "Je suis en train de voir le bout du tunnel. J'ai envie de revoir ma famille, de profiter d'eux. La prison, ce n'est pas mon monde. Il y en a qui sont plus à l'aise que d'autres. En prison, je suis vulnérable. S'il vous plaît, allégez les choses. Au moins du sursis, que je puisse me reconstruire."
Les violences n'ayant entraîné aucune incapacité totale de travail, le tribunal ne suit que partiellement les réquisitions du parquet. Yanis est condamné à une amende de 250 euros pour chacun des deux faits de violences, une peine qui s'ajoute aux longs mois de détention qu'il lui reste encore à purger.