« Il faut partir ! Mon jardin brûle ! » : reportage auprès des 150 sinistrés qui ont dû fuir leur maison à cause du terrible incendie qui a touché la commune des Arcs
« Des évacuations sont en cours dans les quartiers des Aires, des Laurons et de Chabotte ! », lançait le maire des Arcs-sur-Argens, Marcel Florent, aux côtés de la sous-préfète de l’arrondissement de Draguignan, Myriam Garcia. Aux alentours de 17h, au PC de commandement, tout juste installé sur le parking du Cellier des Archers aux Arcs, c’était le branle-bas de combat.
À quelques kilomètres de là, le panache de fumée est impressionnant. Lumière jaunâtre et cendres virevoltantes font craindre le pire.
On assiste à un déploiement impressionnant de groupes d’intervention de feux de forêt qui se dirigent toutes sirènes hurlantes vers le sinistre. Dans les airs, un ballet continu de Canadair, de Dash, d’hélicoptères bombardiers d’eau et d’hélicoptères lourds de l’Armée quadrillent le ciel.
Entre les camions d’intervention qui se positionnent, un gendarme hâte le pas, téléphone à l’oreille : « Pour le moment, nous en sommes à une cinquantaine d’évacuations ! » Des sinistrés qui seront rapidement pris en charge dans la salle polyvalente de la commune, l’espace Hugony.
Au moins 150 personnes évacuées
ESCOFFIER FLORIAN / ESCOFFIER FLORIAN
« Votre nom et votre adresse s’il vous plaît ? » Sur place, les sinistrés sont accueillis par le personnel communal et des secouristes de la Croix Blanche. Les visages sont tirés. La plupart de ces Arcois ont vu les flammes se propager à une vitesse folle, jusqu’aux portes de leur maison. Tous attendent, inquiets, de connaître l’étendue des dégâts causés sur leurs habitations. « Ils vont sauver ma maison hein ? Elle ne va pas brûler… ? » demande cette dame, dépitée, à un agent communal. « Je ne peux pas vous répondre, vous pensez bien… »
Juste à côté, un homme titube et interpelle un secouriste : « Vous n’auriez pas quelque chose de sucré ? » - « Oui, venez, asseyez-vous » lui répond-il.
À l’intérieur de la salle, il y a des familles, des couples, de jeunes enfants qui pleurent dans les bras de leurs mères. Des personnes en situation de handicap aussi.
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Assises dans un coin, Armelle et sa famille sont dans l’expectative. « Nous habitions le lotissement des Laurons. Nous sortions d’un repas familial. Nous étions en train de regarder la télévision, quand on a remarqué le panache de fumée, décrivent-ils. En à peine 30 minutes, les flammes se sont rapprochées à une vitesse folle. Ça a pris des proportions incroyables. »
À leur domicile, la mère d’Armelle se déplace en fauteuil roulant. Et ils ne disposent pas de véhicule adapté pour la transporter. « Nous nous sommes dit qu’on allait patienter. On entend souvent dire qu’il faut rester calfeutré chez soi en cas d’incendie. » Mais quand un voisin vient frapper à leur porte pour leur dire : « Il faut partir ! Mon jardin brûle ! », les choses se compliquent.
Peu après, des pompiers tapent à leur tour à la porte et leur demandent d’évacuer. Avec leur aide, ils portent alors le fauteuil roulant pour l’installer dans le coffre ouvert d’un véhicule, avant d’arriver à la salle communale sains et saufs. « Maintenant, on patiente, on verra ce que l’on découvrira en rentrant… » lancent-ils, le regard dans le vide.
« En 5 minutes, la colline s’est embrasée »
Rapidement, la salle communale se remplit. « Il va probablement nous falloir un second espace d’accueil. On est en train de s’organiser », glisse alors un membre du personnel communal.
À l’extérieur, Alban, Ilan et Kylian patientent, en attendant des nouvelles de la situation. « Nous, nous habitons vers le plateau des Aires, précisent-ils. En rentrant de la plage, en fermant le portail, j’ai aperçu une fumée noire qui s’échappait de derrière la colline », explique Ilan. Interloqué, il fait quelques mètres à pieds pour voir de quoi il retourne. « Là, j’ai commencé à voir des flammes. Et en 5 minutes, la colline s’est embrasée. »
Les trois Arcois récupèrent quelques affaires à la va-vite. « À 200 mètres de chez nous, on s’est mis à voir les arbres qui brûlaient comme des feux de paille ». Ils tentent alors de quitter les lieux en voiture. Mais un peu plus bas, les pompiers interviennent. Impossible de passer. Ils décident de rebrousser chemin, de laisser leur voiture, pour partir vers la salle communale à pied. « Tout ça s’est déroulé à vitesse dingue » ajoutent-ils également. « On ne sait pas si notre maison a brûlé… On verra plus tard… »
Une école transformée en centre d’accueil pour la nuit
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À quelques centaines de mètres, du côté de l’école Vidal, là aussi, on s’organise rapidement, avec le soutien de bénévoles. Et on se prépare à accueillir des sinistrés pour la nuit. Des matelas gonflables sont disposés ici et là. D’autres lits s’apprêtent à être acheminés, avec le soutien de la commune voisine de Draguignan. Un dortoir pour les enfants est aménagé. Et des lits pour personnes handicapées sont montés. Palettes de packs d’eau et vivres sont acheminés par approvisionner les sinistrés. « Nous pouvons accueillir jusqu’à 1 000 personnes dans différents lieux communaux » confie en début de soirée Annie Denans-Audibert, 2e adjointe. Fort heureusement, il ne sera pas nécessaire de mettre en œuvre une telle capacité ce soir-là. La plupart des personnes évacuées ont finalement pu rentrer chez elles, à pied, ou être relogées chez des proches. Ce dimanche vers, 22h 30, une quinzaine de personnes étaient toujours réfugiées au sein de l’école Vidal.
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« Un vrai travail de fourmi s’annonce »
Au PC de commandement, en fin de journée, le panache de fumée était en nette diminution. « Bien que le feu n’est pas encore fixé, les conditions deviennent plus favorables », détaillait le contrôleur général Eric Grohin. « Nous sommes en train de répandre du produit retardant à l’aide de camions, en bordure de l’incendie. Nous ne voulons pas que le feu s’écarte de ce dispositif. Nous allons procéder à des opérations de noyage toute la nuit, avec un taux d’humidité plus favorable. C’est un vrai travail de fourmi qui s’annonce. »