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"Il faut la mettre dans un viseur" : l'eurodéputée Chloé Ridel harcelée et menacée de mort après avoir demandé la fermeture du circuit de Lédenon en cas de risque incendie

Trois semaines après les incendies dans le secteur de Lédenon, dans le Gard, l’eurodéputée de gauche et conseillère municipale de Nîmes, Chloé Ridel est la cible de menaces sur les réseaux sociaux. La cause : avoir appelé, dans une tribune, à la fermeture du célèbre circuit automobile local, à partir d’un certain seuil de risque incendie.

Des centaines d'insultes, des menaces à destination de sa famille : l'eurodéputée Chloé Ridel est victime de cyberharcèlement et de menaces de mort depuis plusieurs jours, tel que : "Il faut mettre la députée dans un viseur, comme en Corse".

Cette femme de 34 ans, élue eurodéputée sur une liste de gauche (PS et Place publique) en 2024 et conseillère municipale de Nîmes, a écrit une tribune pour durcir les règles de prévention incendie, avec le soutien de deux présidents d'associations locales (association Uzège Pont du Gard Durable et l'association des Riverains du circuit de Lédenon).

Ensemble, ils ont appelé les pouvoirs publics à revoir les conditions d'ouverture du circuit automobile de Lédenon, durant les périodes de forte vigilance incendie.

Le 5 juillet dernier, un important feu s'était déclaré à proximité de cette commune rurale de 1 600 habitants, située près du Pont du Gard. Parti du sud du circuit de sport mécanique, où une compétition était en cours, l'incendie a ravagé plus de 500 hectares de garrigue et deux maisons en quelques heures.

“J’ai des inquiétudes quand on reçoit ce type de message, notamment contre le domicile de mes parents, dont l'adresse a été partagée sur les réseaux. Quand ça touche à notre famille, c’est ça qui est inquiétant" explique Chloé Ridel, qui a porté plainte.

Ce n’est pas acceptable qu’on ne puisse débattre sereinement des mesures de prévention contre les incendies. Je n'abandonnerai pas ce combat, pas au moment où les incendies ravagent la France.

Chloé Ridel, eurodéputée P.S du Gard.

Un combat soutenu, entre autres, par Vincent Bouget, le maire communiste de Nîmes. Dans une publication sur sa page Facebook, datant du 26 juillet 2026, l'élu nîmois écrit : "Dans une démocratie, le désaccord est légitime. Les menaces, les injures et les intimidations ne le sont jamais".

Chloé Ridel et les cosignataires de la tribune assurent qu'il ne s'agit pas de remettre en cause l'activité du circuit de Lédenon, mais plutôt de défendre un principe d'égalité quant aux règles de sécurité.

"J’ai pris l’initiative de publier cette tribune, avec deux associations locales gardoises, pour demander à ce qu'en période de risque incendie élevé, pas toute l’année heureusement, il y ait des mesures de prévention qui conduisent à la fermeture du circuit. Quand on est en risque élevé, à Lédenon, les gens n’ont pas le droit de se promener à la garrigue, plus droit de faire de barbecue, de camper, les agriculteurs ne peuvent plus travailler pour la plupart. Donc, il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures : on interdit aux gens toutes ces choses-là pendant que le circuit automobile, lui, peut continuer à fonctionner en attirant beaucoup de monde. Ce qui fait mécaniquement augmenter le risque incendie. La question n’est pas de dire que l’incendie va partir de la piste, ce n’est pas le sujet, mais c’est de dire que mathématiquement quand vous attirez des centaines de personnes sur un circuit au cœur d’un massif forestier protégé, ça augmente les risques de départ de feu" explique Chloé Ridel.

Le circuit automobile de Lédenon s'étend sur plus de cent hectares, près du Pont du Gard. Aucun lien n'a été établi avec l'incendie qui a ravagé 500 hectares dans le secteur début juillet 2026. • © FTV

Aujourd'hui, quelques semaines après l'incendie, l’activité habituelle a repris sur le circuit de Lédenon, implanté sur une centaine d'hectares, dans un paysage de garrigue asséchée.

Notre équipe de France 3 Occitanie y a rencontré des passionnés de sports mécaniques pour qui ce harcèlement et ces intimidations en ligne contre l'eurodéputé sont intolérables.

"Là, pour le coup c’est abusé, ce n’est pas de sa faute à elle” affirme Cindy, une touriste de Saint-Etienne.

Mehdi, paysagiste de Savoie, réagit : "Elle pointe du doigt parce qu'on fait un sport mécanique mais franchement, non, moi, je ne vois pas où est le risque si c'est bien cadré, pourquoi on arrêterait de faire de la moto ?".
Bastien, qui fréquente les lieux depuis 40 ans, estime pour sa part, “C'est le plus beau circuit de France, le plus technique, le plus dur. Autour, c'est bien déboisé, pour moi, cela ne risque rien au niveau incendie. Il y a des exagérations de partout".

De son côté, la gérante de ce circuit privé qui fonctionne depuis les années 70, n’a pas souhaité répondre à nos questions, mais elle s'était exprimée dans les colonnes d'Objectif gard , la semaine dernière.

"L'incendie majeur évoqué dans cette tribune n'a aucun lien avec le circuit de Lédenon. Utiliser cet évènement à l’appui d’une demande de fermeture du site, sans élément objectif, procède d’une confusion regrettable et porte atteinte à la réputation d’une entreprise privée, actrice économique non négligeable au plan régional. Il convient enfin de rappeler que, lors de l'incendie du 5 juillet dernier, le circuit de Lédenon a été immédiatement mis à la disposition des services de secours. Le site a notamment accueilli le poste de commandement, les moyens aériens et les infrastructures nécessaires au soutien logistique des équipes engagées. Cette mobilisation témoigne de la coopération constante du circuit avec les services de l'État dans la gestion des situations d'urgence. Le circuit de Lédenon continuera à appliquer strictement les prescriptions qui lui sont imposées et à collaborer avec les autorités compétentes afin de garantir la sécurité de tous", a affirmé Marie Bondurand.

Écrit avec L. Ferrero.