« Il créait la confusion pour se poser en sauveur » : HBO revient sur l’un des personnages les plus clivants du Covid
Non ce n’est pas de l’IA ! Six ans après la crise du Covid, une série documentaire disponible ce vendredi 11 septembre 2026 sur la plateforme HBO Max raconte l’affrontement entre sa figure la plus controversée, le Professeur Didier Raoult, et six citoyens ordinaires qui l’ont accusé de fraude scientifique, dont sa propre fille.
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« Pour beaucoup d’entre nous, c’est un peu une façon de mettre un point final à cette histoire », explique Magali Carcopino-Tusoli, médecin à Marseille et fille de Didier Raoult.
Intitulée Professeur Raoult vs. le gang des cerises, cette série en quatre épisodes revient sur la controverse autour de l’hydroxychloroquine. Ce médicament était vanté comme un remède contre le Covid par le chercheur marseillais, qui avait acquis une aura de rock star antisystème chez ses partisans dans le monde entier. Depuis, des études scientifiques d’ampleur ont montré que l’hydroxychloroquine était inefficace contre le coronavirus, voire potentiellement dangereuse. Vivement critiqué par la communauté scientifique, qui a pointé les défauts méthodologiques et déontologiques de ses travaux, le Pr Raoult a été interdit d’exercer pendant deux ans par l’Ordre des médecins. Fin 2024, l’étude fondatrice sur l’hydroxychloroquine a été retirée par la revue qui l’avait publiée.
« On raconte la grande histoire – le Covid, la place de Didier Raoult, l’hydroxychloroquine, le +débunkage+ de ces études-là – mais aussi une histoire humaine, celle d’un collectif dont les membres deviennent amis sans même s’être rencontrés physiquement », résume la réalisatrice et co-autrice, Caroline Benarrosh.
Cyberharcèlement
Baptisé « Les Cerises trottinettes », ce collectif naît sur le réseau social Twitter au début de la pandémie. Il réunit des anonymes attachés à l’intégrité scientifique qui contestent les affirmations de Didier Raoult.
Les « Cerises trottinettes » comptaient de nombreux membres et d’autres collectifs existaient, mais pour « simplifier la narration », selon ses auteurs, la série se concentre sur six personnes devenues proches : Magali Carcopino-Tusoli, Guillaume Limousin, Alexander Samuel, Fabrice Frank, Samuel (son nom n’est pas précisé), qui ont tous des doctorats en sciences, et Frédérique Delestaing, infirmière à Marseille. La série montre comment ils ont épluché les études sur l’hydroxychloroquine pour afficher leurs failles. Elle traite aussi du cyberharcèlement qu’ont subi ces lanceurs d’alerte.
Initialement, Magali Carcopino-Tusoli entre dans ce collectif sous pseudonyme, sans que les autres sachent qu’elle est la fille du professeur, avec qui elle est déjà brouillée pour des histoires de famille. Puis la découverte de son secret déstabilise le groupe. « Quand j’ai été rajoutée dans ce groupe, je l’ai été pour moi, pour ce que je racontais en tant que médecin à Marseille. Pour la première fois, on m’a vue moi, avant de voir mon nom », explique-t-elle.
« Travail scientifique »
« Je ne sais pas si vous imaginez ce que ça fait quand tout le monde vous dit +Ton père est un génie, va lui dire que tu l’aimes+ sans connaître votre histoire personnelle », renchérit-elle. Malgré des moments difficiles, toute cette histoire « a eu un côté très thérapeutique ».
« Cette histoire est riche en rebondissements sans qu’on ait besoin de la scénariser, elle est aussi dingue que cette crise sans précédent qu’on a tous traversée », sourit le co-auteur et producteur, Martin Boudot. Interrogé dans la série, le Pr Raoult refuse d’évoquer ses rapports avec sa fille : « je ne veux pas en parler », tranche-t-il sèchement. Pour autant, le documentaire est loin de se limiter à cet aspect. « Ça n’est pas +Raoult contre Raoult+ », souligne Martin Boudot, selon qui la Dr. Carcopino-Tusoli voulait avant tout « mettre en avant le groupe et le travail scientifique ». « Je ne pense pas avoir hérité du gène de la quête de gloire », assure l’intéressée.
Dans la série, Didier Raoult estime qu’il n’a « pas de regret à avoir : je n’ai fait que mon métier ». Sa fille, elle, lui reproche son absence de « remise en question » : « il créait la confusion pour se poser en sauveur ». Elle n’en a jamais parlé avec celui qu’elle appelle simplement « Raoult », car leurs contacts sont inexistants : « Ça fait 15 ans que je suis sciée de l’arbre généalogique ».
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