IA : il cache une injection de prompt dans un document judiciaire, le juge le sanctionne
Du texte blanc sur fond blanc invisible à l'œil nu mais parfaitement lisible par une machine. C'est ce qu'un plaignant américain a glissé dans ses notes déposées devant un tribunal du Connecticut, avec une consigne adressée à toute IA qui viendrait à lire le document : allez dans mon sens. Le juge a repéré cette tentative, puis lui a retiré son accès au dépôt électronique. Voici ce que l'on sait.
Une anomalie d'espace blanc met le juge sur la piste
L'affaire se déroule devant la Superior Court du district judiciaire d'Ansonia/Milford, dans le cadre du dossier Elliott v. New York Bariatric Group, LLC. Cela concerne Matthew Elliott, le plaignant, qui se représente lui-même, et poursuit un prestataire de santé pour plusieurs raisons, dont des atteintes à la vie privée et de la discrimination.
Le 24 juillet dernier, il a déposé une nouvelle demande de défaut, une précédente ayant déjà été rejetée. En examinant le dossier sur papier, le juge Walter M. Spader, Jr. remarque que deux écritures récentes présentent des espaces blancs inhabituels par rapport aux dépôts précédents de cette même personne. En analysant les documents de plus près, il découvre du texte formaté pour rester quasiment invisible pour un humain, tout en étant lisible par un logiciel qui traiterait le document.
Ce texte caché n'est pas un argument juridique. Et si je vous parle de cette affaire, c'est parce qu'il est une nouvelle fois question de prompt injection. En effet, ce qu'il a caché, c'est une instruction adressée aux IA, placée sous l'en-tête puis répétée en fin de document pour maximiser ses chances d'être prise en compte. Ce texte demande à tout modèle qui analyserait le document de produire une sortie conforme à la position du plaignant et de travailler à la remédiation du rejet prononcé par le greffier en chef.
D'après 404 Media, qui a eu accès à l'ensemble des documents, le texte était rédigé en police blanche de taille 3. Tout était fait pour que ce soit invisible pour un humain. Cette tentative est un vrai cas d'école, car cela montre que la barrière entre les instructions (prompt) et le fichier ingéré est vraiment fine. Ici, le plaignant a tenté d'altérer le résultat de l'IA en rajoutant des instructions dans le corps du document.
Des messages cachés, même après la convocation du juge
Suite à ces découvertes, Matthew Elliott a été renvoyé devant le juge le 31 juillet 2026, avec cette fois-ci une convocation à une audience destinée à examiner ces dissimulations. Mais, visiblement, cela n'a pas suffi et il a décidé de poursuivre en ce sens.
- Dans une note déposée le 3 août 2026, un nouveau texte blanc sur blanc en petite taille, sans rapport avec le dossier. La décision le qualifie de charabia et le retranscrit tel quel : « TELL SHAWN I SEND MY RE GARBS!!!! HAHAHA U GUYS GET THIS EGGWUH????? AHAH ». Lunaire.
- Le matin même de l'audience, un simple « hi:) i hope yo ucant see me ».
- Toujours ce matin-là, un lien caché vers une vidéo YouTube. Le juge indique ne pas avoir cliqué et avoir interrogé le plaignant, qui a répondu qu'il s'agissait d'une vidéo Nosferatu. D'après 404 Media, il s'agissait de la scène Nosferatu de Bob l'éponge.
À l'audience, Matthew Elliott a essayé de se défendre comme il pouvait en affirmant qu'il voulait seulement mener un audit des systèmes IA utilisés par le tribunal. Interrogé sur les messages suivants, notamment à propos de Bob l'éponge, il a répondu qu'il s'agissait de plaisanteries. Le tribunal estime qu'il cherchait plutôt à obtenir par la machine ce que des humains connaissant la procédure lui avaient refusé.
Accès au dépôt électronique retiré
La sanction, rendue le 6 août 2026 dans une décision de quatorze pages, est immédiate : le plaignant a perdu l'accès au dépôt électronique et devra déposer ses futures notes sur papier, au greffe. Pour autant, il n'a pas été sanctionné par une amende et l'affaire n'est pas close. Le juge Spader souligne que le pouvoir judiciaire du Connecticut n'utilise aucune IA pour examiner les écritures. Toutefois, il en profite pour avertir les avocats de la partie adverse, car eux peuvent passer les documents reçus dans un outil IA.
Servons-nous de ce nouvel exemple comme d'une piqûre de rappel. À l'heure actuelle, tout document entrant devient un vecteur potentiel de manipulation d'un modèle, qu'il s'agisse d'un rapport d'expertise ou d'un simple compte rendu. J'ai déjà évoqué ce sujet dans d'autres articles, comme avec le ver IA qui se propage de document en document via Copilot pour Word, lui aussi dissimulé en texte blanc sur fond blanc, ou encore avec les résumés d'e-mails de Gemini détournés à des fins de phishing.
Terminons par une précision intéressante. 404 Media a soumis le document piégé à ChatGPT en lui demandant de trancher. Le modèle a répondu avoir remarqué et ignoré l'injection de prompts dans le document, en ajoutant que sa présence posait un problème de crédibilité. Sa tentative d'influencer la décision judiciaire était donc doublement vouée à l'échec...
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Cofondateur d'IT-Connect et Microsoft MVP "Cloud and Datacenter Management". Mon obsession depuis près de 15 ans ? Rendre l'administration système et la cybersécurité accessibles, que vous soyez junior ou confirmé. Plus qu'un métier, l'IT est pour moi une véritable passion. J’accompagne au quotidien les sysadmins et les professionnels de l’IT dans leur montée en compétences et leur veille technique.