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Haut-Rhin. Loup, lynx et chat forestier : sur les traces des plus gros prédateurs du territoire

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Voilà une sortie nature qui a été plébiscitée par le public au point que tous ceux qui souhaitaient y participer n’ont pu être accueillis. Une vingtaine de curieux venus de tout le Sundgau se sont retrouvés à Kiffis pour aller sur la trace de trois prédateurs présents dans le Jura alsacien : le loup, le lynx et le chat forestier. Sous la conduite de François Jaeckel, les promeneurs du soir ont appris à mieux connaître ces animaux et ont eu la preuve du passage du lynx.

Noëlle Blind-Gander -

Aujourd’hui à 07:15

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La sortie à la découverte du lynx, du chat forestier et du loup, avec François Jaeckel, éducateur à l’environnement de la Maison de la nature du Sundgau, a été suivie avec beaucoup d’intérêt par les chanceux qui ont pu y participer, le nombre de places disponibles ayant été épuisé très vite.  Photo Noëlle Blind-Gander
La sortie à la découverte du lynx, du chat forestier et du loup, avec François Jaeckel, éducateur à l’environnement de la Maison de la nature du Sundgau, a été suivie avec beaucoup d’intérêt par les chanceux qui ont pu y participer, le nombre de places disponibles ayant été épuisé très vite.  Photo Noëlle Blind-Gander

Rendez-vous avait été donné par la Maison de la nature du Sundgau et l’office de tourisme du Sundgau mercredi 22 juillet dernier au soir pour une sortie de deux heures et demie sur le thème du lynx, du chat forestier et du loup. « Accroché au flanc d’une colline jurassienne, Kiffis est le territoire de trois prédateurs aussi fascinants que discrets », indiquait son intitulé.

Venus de Hecken, de Wittersdorf, de Mooslargue ou encore de Durmenach, tous les participants ont fait part de leur curiosité et de leur intérêt concernant ces animaux, dont le loup arrivé depuis la fin de l’année dernière dans le secteur et qui a fait parler de lui, lors d’attaques de cheptels d’éleveurs de part et d’autre de la frontière. Au point que les chasseurs, côté français, demandent l’autorisation de tirer les deux loups repérés tandis que des associations de défense de la nature sauvage s’élèvent contre cette demande.

Une des caractéristiques du lynx est d’avoir une petite tête mais de très grosses pattes, en témoignent le crâne et l’empreinte à taille réelle de la patte que présente le guide de la soirée.   Photo Noëlle Blind-Gander

Une des caractéristiques du lynx est d’avoir une petite tête mais de très grosses pattes, en témoignent le crâne et l’empreinte à taille réelle de la patte que présente le guide de la soirée.   Photo Noëlle Blind-Gander

Ce soir-là, cependant le propos n’était pas à ce débat, mais à la connaissance du mode de vie aussi bien du lynx boréal, du loup que du chat forestier. François Jaeckel, éducateur à l’environnement à la Maison de la nature du Sundgau, a entraîné le groupe jusque sur les hauteurs du village. Il a averti d’emblée son public : « Je ne vous garantis pas que nous allons voir des animaux, je peux juste vous donner des preuves que les animaux sont là », ajoutant même que « si on voit un lynx, je vous offre, à tous, l’Auberge de l’Ill ! ». Une manière parlante d’évoquer la discrétion de ce félin.

Des devinettes pour comprendre

Avec la verve et l’humour qui le caractérisent, le guide du soir a fait une première halte en lisière de forêt pour présenter le lynx en interpellant ses auditeurs avec une devinette : « Il y a quelque temps, dans le Jura alsacien, on a trouvé un jeune lynx sur un poulailler et sa sœur accidentée à Koestlach qui est morte de ses blessures, dans mon histoire, combien de lynx sont morts ? » Réponse : « Au moins trois, un lynx sur un poulailler, ce n’est pas un comportement habituel, ça veut dire que sa maman ne l’a pas éduqué et donc qu’elle est morte, et le jeune ne sachant pas chasser, il n’a aucune chance de survie. »

Face à une photo géante de lynx déroulée au sol, autre question de François Jaeckel sur le sens le plus affûté de l’animal ? Ce ne sont ni la vue, - l’expression « œil de lynx » est trompeuse et n’a rien à voir avec l’animal et beaucoup avec Lyncée, un héros de la mythologie grecque qui pouvait voir à travers les murs – ni l’odorat mais l’ouïe. Il entend l’humain bien avant que celui-ci ne se doute de quoi que ce soit, d’où la promesse facile du début de la promenade !

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C’est la surface du territoire, en kilomètres carrés, dont a besoin une femelle lynx et c’est le double pour un mâle

Avec force gestes et mimiques et à l’aide de différents objets, d’autres détails sur la morphologie et les habitudes du lynx sont livrés. Sa propension à grimper et à passer « beaucoup de temps dans les arbres » surprend l’auditoire. Le guide explique la notion de « domaine vital » pour l’animal, le territoire dont il a besoin, d’une part pour chasser et d’autre part, pour être tranquille, le marquage qu’il effectue « à peu près une fois par mois » au centre de cet espace et conclut « qu’ici dans le Jura alsacien, il y a de la place grosso modo pour un à deux lynx, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas qui passent ou qui se superposent. Mais la grande majorité du territoire de l’animal est du côté du Jura suisse ».

François Jaeckel montre à une jeune auditrice passionnée les poils de lynx sur le tronc d’arbre. Des traces du marquage de son territoire invisibles pour un œil non averti.   Photo Noëlle Blind-Gander

François Jaeckel montre à une jeune auditrice passionnée les poils de lynx sur le tronc d’arbre. Des traces du marquage de son territoire invisibles pour un œil non averti.   Photo Noëlle Blind-Gander

Des poils comme preuves discrètes du passage du lynx

Il souligne la difficulté pour les jeunes lynx à la recherche d’un nouveau territoire, qui se dirigent du Jura vers le nord et les Vosges – certains ont été aperçus à Bisel, à Altkirch ou encore à Gildwiller –, de traverser ces zones habitées. « C’est la partie la plus dangereuse de leur vie, un sur deux meurt. »

Le point d’orgue de la visite, concernant le lynx, aura été la preuve de son passage. « Ici quelque part, il a marqué son territoire ! », lance François Jaeckel, à l’intersection de deux chemins et d’un sentier forestier, où nombre de troncs d’arbres sont empilés : soit quelques poils minuscules, en forme de serpentin, laissés par l’animal sur un tronc d’arbre coupé, à hauteur de sa gueule, et que seul un œil averti peut distinguer.

Le chat forestier aime « les vieilles forêts et les prairies » et se plaît donc à Kiffis et dans le Jura alsacien.  Photo Noëlle Blind-Gander

Le chat forestier présent de longue date et des loups de souche italienne

Le chat forestier, autrefois appelé chat sauvage, ne se confond pas avec le chat domestique mais des hybridations sont possibles entre les deux. Le chat forestier est plus gros et a une grosse queue avec un bout noir et des anneaux, il a aussi un trait noir continu sur le dos et son pelage grisâtre n’est jamais rayé.

François Jaeckel explique avoir observé pendant une heure, il y a une quinzaine de jours, un chat forestier à Kiffis. Il invite le groupe, muni de jumelles mises à disposition, à s’installer discrètement pendant un quart d’heure à l’orée de forêt pour observer la prairie entourée de forêt où il est susceptible d’être aperçu. « Il a toujours été présent en Alsace et principalement ici, dans le Jura alsacien, il aime les vieilles forêts et les grandes prairies pour chasser. » Malheureusement ce soir-là, des promeneurs avec des chiens ôtent finalement tout espoir d’en observer un…

Pas de meute en Alsace

« J’ai trop hâte », intervient une auditrice au moment où François Jaeckel s’apprête à parler du loup, à ne pas confondre avec un chien de berger tchécoslovaque « qui lui ressemble beaucoup », un des critères de reconnaissance du loup étant ses « courtes oreilles, moins pointues que celle du chien ».

Les deux loups mâles présents actuellement dans le Jura alsacien, dont un qui boîte, sont de « souche italienne », pays où l’animal n’a jamais disparu contrairement à la France. Pour l’histoire, le guide a rappelé que le dernier loup alsacien a été tué à Hirtzbach en 1908. Le loup est revenu naturellement en France en 1992 par le Mercantour et au col du Bonhomme dans les Vosges en 2011. La France compte actuellement 1 200 loups mais l’animal n’a jamais pu constituer de meute en Alsace.

Localement, « on découvre ce que c’est que de vivre avec un loup », a relevé François Jaeckel, en faisant allusion aux attaques de lamas au Hornihof. Face à un auditoire s’interrogeant sur les tirs demandés par les chasseurs, il a énuméré diverses stratégies qui peuvent être mises en œuvre pour effaroucher les loups, « le tir, ça pourrait vraiment être la dernière des solutions ».

Photo archives Jean-Marc Loos

Une espèce protégée en danger ?

Alors que les chasseurs demandent le tir des loups dans le Jura alsacien, des voix s'élèvent pour souligner qu’une « coexistence s’est avérée possible dans des contrées voisines comme l’Italie ».
Cible de la loi d’urgence agricole qui y consacre un gros chapitre, « le loup est désigné à tort : craintif et discret, il est de surcroît une aide incontournable pour la régénération des forêts puisqu’il disperse les proies de par sa présence ».

Une réunion à la préfecture le 4 août

« Sachant que le loup est responsable par la déprédation de 2 % de la mortalité des animaux d’élevage, j’ai du mal à voir l’urgence de réduire sa population », estime Adrien Spiesser, animateur du réseau Alsace-Vosges de Ferus, association nationale de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx en France.

Il plaide en faveur de la mise en œuvre de différents moyens pour faire diminuer la prédation (clôtures, chiens et présence humaine). « Suivant les zones de présence du loup, ces trois moyens sont financés par l’État », poursuit Adrien Spiesser, très inquiet par la problématique locale.
L’association Ferus a proposé ses services auprès de l’élevage de lamas du Jura alsacien, victime à six reprises d’attaques depuis la fin de l’année 2025, et indique que « le préfet, bien qu’il s’agisse d’animaux exotiques, a accepté d’indemniser trois attaques, ce qui devrait aider l’éleveur à améliorer ses parcs et gagner nettement en protection avec l’intervention de ses chiens ».

Elle s’interroge sur la position des chasseurs et surtout du président de la fédération haut-rhinoise, « ce dernier demande le tir des loups et même la régulation du lynx sous prétexte d’une forte diminution des ongulés sauvages, mais sans comptage ».

Jean-Paul Linder, ancien chef de poste de la brigade verte, est persuadé lui aussi que la présence du loup et du lynx ne pose aucun problème si des mesures de protection des troupeaux sont mises en place.

À noter qu’une réunion du comité « Grands carnivores », qui rassemble toutes les parties concernées par la présence du loup, est prévue le 4 août à la préfecture du Haut-Rhin.

Sarah Wittig (avec N.B.-G.)

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