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Guillaume Canet, réalisateur de « Karma » : « Je voulais écrire un grand rôle pour Marion Cotillard »

Ajouter aux sources préférées sur Google Guillaume Canet ( « Les Petits Mouchoirs ») dirige son ex-compagne Marion Cotillard dans « Karma », thriller très sombre sur une femme revenant dans la communauté religieuse sectaire qu’elle a fuie jadis (sortie mercredi 21 octobre). Changement de registre radical pour celui qui a signé le dernier « Astérix ». Rencontre.

« Nous finirons ensemble », « Lui », « Astérix et Obélix : L’Empire du milieu », « Karma »… Des univers radicalement différents pour vos derniers films en tant que réalisateur… Qu’est-ce qui définit vos envies ?

En fait, ce qui était surtout différent, c’était Astérix, pour la première fois un film de commande que je n’avais pas écrit. Avec Karma, j’ai eu envie de revenir à un film très personnel, et aussi à un genre, le thriller, que j’affectionne beaucoup et qui me manquait. Les films que j’écris sont souvent le fruit d’une période que je vis. En l’occurrence, j’avais vécu une trahison amicale et professionnelle assez forte. Marion me disait toujours : « Tu verras, la vie s’en chargera ». Elle évoquait le karma, le destin, ce qui est écrit. D’où l’histoire de cette femme qui subit toute sa vie un certain karma, assez douloureux, et qui essaye d’en redevenir maître.

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Vous avez écrit ce rôle pour Marion Cotillard. En tant que réalisateur, vous l’avez pourtant dirigée à plusieurs reprises (« Les Petits Mouchoirs », « Rock’n Roll », « Astérix »…). Qu’est-ce qui manquait à votre collaboration artistique ?

Il manquait une collaboration optimale, pas dans un film choral comme Les Petits Mouchoirs ou Nous finirons ensemble, où le réalisateur n’a pas la possibilité de collaborer totalement avec un personnage ou une actrice. Il faut de l’attention pour tous les autres. J’avais la volonté de lui écrire un grand rôle, un grand personnage, qui connaît une trajectoire singulière tout au long du film.

Guillaume Canet, avec Marion Cotillard.
Guillaume Canet, avec Marion Cotillard. - Photo Christophe Brachet

Vous aviez donc votre interprète principale mais il manquait l’environnement. Qu’est-ce qui vous amène au monde des communautés religieuses et des sectes ?

J’ai commencé à écrire l’histoire d’une femme qui doit régler des problèmes liés à son passé pour pouvoir vivre pleinement son présent. J’ai fait un voyage au Portugal et j’ai rencontré un homme qui s’était enfui d’une secte quand il avait 17 ans. Ses parents étaient restés dans cette communauté. Il m’a raconté son enfance, ça m’a totalement bouleversé. J’ai donc écrit le récit de cette femme, un peu hitchcockienne, à la Kim Novak, entourée de mystère. J’ai rencontré d’autres gens aussi, j’ai réalisé un vrai travail d’investigation et de documentation. Les témoignages m’ont nourri : la trahison, la manipulation, l’emprise…

Y a-t-il été question que vous jouiez dans le film ?

Jamais. J’ai eu quelques déconvenues quand j’ai fait Astérix, où il n’était pas question que je joue ce personnage, au départ. Après, on a vu que le duo avec Gilles Lellouche (Obélix) fonctionnait, mais c’est un exercice particulier de jouer et de réaliser en même temps. Je m’en suis pris plein la gueule, des gens ont eu tendance à penser que c’est très égocentrique de vouloir tout faire, alors que ça n’était pas le but. Ici, je souhaitais me consacrer pleinement à la mise en scène, pour un film qui allait être assez complexe à réaliser.

Guillaume Canet, réalisateur de « Karma ».
Guillaume Canet, réalisateur de « Karma ». - Photo Christophe Brachet

Votre premier film derrière la caméra date de 2002 (« Mon idole »). Êtes-vous aujourd’hui un réalisateur différent ?

Oui ! Je pense déléguer beaucoup plus qu’avant, lorsque je perdais énormément d’énergie à vouloir tout contrôler. Faire un film, c’est très long, il se passe beaucoup de choses, on ne peut pas tout maîtriser, la météo, les aléas du tournage… Avec le temps, je me suis rendu compte que c’est très agréable de se reposer sur le talent des gens qui m’entourent, que ça soit le chef décorateur ou la cheffe costumière. Écouter ce qu’ils proposent, même si j’ai une idée très précise de ce que je veux. Je suis beaucoup plus ouvert aux propositions.

En écrivant le rôle pour Marion Cotillard, vous ne vous exposiez pas à un refus…

Ah mais j’en ai eu, des refus de la part de Marion ! Elle n’a pas toujours eu envie de faire tous mes films. Il y a des moments où elle avait envie de travailler avec moi, et d’autres où elle estimait que les scénarios ne convenaient pas. Elle est très exigeante, elle a raison de l’être.

Dès lors, à quel moment a-t-elle été intégrée à « Karma » ?

Très rapidement, dès que j’ai eu une première version du scénario. Je lui ai fait lire pour avoir son sentiment sur l’idée générale du film. Elle a été bouleversée, elle a même dit c’était la plus belle chose que j’avais écrite jusqu’à présent. Et surtout, elle avait très envie de le faire.

Il a sans doute fallu ajuster le rôle en fonction de ses retours, non ?

Oui, elle m’a fait part de ses commentaires sur certains aspects du personnage. Nous avons travaillé, par exemple sur le point de vue qu’il fallait adopter dans certaines scènes. Il y avait un équilibre à trouver avec le personnage de Denis Ménochet également.

Denis Ménochet, Guillaume Canet et Marion Cotillard lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre.
Denis Ménochet, Guillaume Canet et Marion Cotillard lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre. - Photo Baziz Chibane

Qu’est-ce qui vous mène à Denis Ménochet ?

Une conversation avec Marion ! Il fallait vraiment un très grand acteur en face d’elle. Ce rôle, c’est du lourd. Je savais que Marion allait envoyer du bois, en jouant certaines séquences. En face, il fallait quelqu’un qui soit à la hauteur. Denis Ménochet a rapidement été une évidence pour nous. Il est clairement un des meilleurs acteurs de sa génération.

Y a-t-il un moment où l’un et l’autre vous ont bluffé ?

Je pense à ce moment, dans une cave (après le retour du personnage incarné par Marion Cotillard dans la communauté religieuse qu’elle avait quittée jadis), ils ont joué très fort. Lui vient la voir une première fois en la soupçonnant de mentir. Il y a une espèce de double jeu chez l’un et l’autre. C’est extrêmement intense.

Marion Cotillard.
Marion Cotillard. - Photo Pathé Films

Aviez-vous des références en tête, en tournant ce film ?

Il y a plein d’intentions, au niveau de la lumière, un truc à la Vermeer, où il y a de la lumière à l’extérieur, mais pas à l’intérieur, pour signifier l’enfermement. Hitchcock est quand même une grande inspiration. Ne serait-ce que lorsqu’il faut filmer un escalier.

En tout cas, vous ne semblez pas obnubilé par l’idée d’efficacité à tout prix, le montage n’est pas frénétique. Vous semblez prendre le temps d’installer vos personnages…

Et encore, le film était beaucoup plus long avant. J’ai coupé encore neuf minutes depuis sa présentation au Festival de Cannes. Je n’avais pas envie de faire un film qui soit totalement dans l’efficacité, au risque de perdre de l’émotion, de la sensibilité. Il faut savoir prendre son temps dans une séquence, pour saisir les regards, les silences.

Ça n’est pas toujours dans l’air du temps…

Je sais. Il est même possible de regarder des films ou des séries en accéléré aujourd’hui.

Quelle est la communauté religieuse sectaire du film ?

Cette organisation n’existe pas, mais elle est un mélange de plein de communautés. J’ai recueilli des témoignages, rencontré des gens. On retrouve les caractéristiques de communautés existant en Angleterre, aux États-Unis, en France… Il y a aussi des choses que j’ai inventées, comme le fait de recueillir des touffes de cheveux.

Guillaume Canet, avec Denis Ménochet.
Guillaume Canet, avec Denis Ménochet. - Photo Christophe Brachet

Quel est votre rapport à la religion, ou à la spiritualité ?

Je ressens un vrai sentiment de spiritualité. Tout au long de ma vie, j’ai vécu des expériences différentes. Je suis baptisé, mais pas pratiquant. J’ai un rapport à la religion un peu particulier dans le sens où il y a beaucoup de choses qui m’ont perturbé et interrogé. Je crois en quelque chose, mais je n’ai pas encore trouvé de vérité dans ma recherche. En tout cas, je trouve extraordinaire de croire en quelque chose, quel que soit le dieu auquel on croit. Je me rends compte à quel point ça peut accompagner une vie.

Néanmoins, la notion d’emprise, et singulièrement d’emprise religieuse ou sectaire, vous inquiète-t-elle particulièrement ?

Le film n’a pas pour objectif de s’inscrire dans une actualité particulière, son but n’est pas de montrer du doigt quoi que ce soit. La rencontre avec un homme au Portugal m’a vraiment inspiré ce thème, mais je n’ai pas l’impression que le film s’inscrive dans une démarche remettant en question la religion ou les religions, quelles qu’elles soient. Il y a juste une volonté de montrer aussi que les religions peuvent être vécues de façons totalement différentes, de manière formidable, comme je le disais à l’instant, ou de manière plus trouble, dans des dérives sectaires moins contrôlées.

Revoyez-vous vos premiers films ? Quelle impression cela vous procure-t-il ?

Ce n’est pas un exercice que je fais facilement, ni habituellement. Mon fils Marcel, qui a maintenant à 15 ans, est davantage en âge de découvrir mes films, ce qui n’était pas le cas jusque-là. Il est curieux. Il m’est donc arrivé de l’accompagner. C’est assez touchant de revoir son travail, des années plus tard. On retrouve des choses qu’on avait complètement oubliées, des personnages, des petits rôles, des situations. Je me remémore de quelle manière cela venait s’inscrire dans un truc plus personnel.

Y en a-t-il un dont vous êtes particulièrement fier ?

J’ai une affection particulière pour Mon idole, mon tout premier film, que j’aime beaucoup (avec François Berléand, en 2002). J’aime aussi profondément Ne le dis à personne (2006, quatre César dont meilleur réalisateur). En le tournant, nous avions vraiment l’impression de faire quelque chose qui était à part. Nous avons aussi vécu quelque chose de très fort sur Karma.

Guillaume Canet à la rencontre du public, lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre.
Guillaume Canet à la rencontre du public, lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre. - Photo Baziz Chibane
Guillaume Canet à la rencontre du public, lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre.
Guillaume Canet à la rencontre du public, lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre. - Photo Baziz Chibane
Guillaume Canet à la rencontre du public, lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre.
Guillaume Canet à la rencontre du public, lors de l’avant-première de « Karma », à Kinepolis Lomme, le 3 octobre. - Photo Baziz Chibane

Lors des avant-premières, vous insistez beaucoup sur l’accueil du public…

J’ai toujours voulu faire des films populaires, pour le public. Ce ne sont pas des films de niche. Je traite de la violence de manière très suggérée dans Karma. J’aime vraiment l’idée de rassembler des gens dans une salle. Or, aujourd’hui, pour que les gens se déplacent au cinéma, il faut que ce soit un évènement, quand on voit le quotidien, le prix des places, les plateformes… Il faut promettre qu’ils vont vraiment vivre quelque chose de particulier.

« Astérix et Obélix : L’Empire du milieu » a rassemblé 4,6 millions de spectateurs. Mais la presse n’a pas toujours été tendre avec ce film…

Je vais vous dire. À la genèse du film, Uderzo m’a demandé si j’étais vraiment sûr de vouloir faire ça. Il m’a dit : « Vous savez, Astérix, ça rend les gens fous ». Je pense qu’il y a un peu de ça. Quand on s’approche d’Astérix, il existe une pression particulière.

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