Guerre en Iran : Brad Cooper, l'amiral américain prêt à intensifier les frappes
Il était jusqu'à présent resté dans l'ombre des principaux conseillers militaires de Donald Trump, dans la guerre opposant les Etats-Unis à l'Iran. Mais ces dernières semaines, la presse a révélé le rôle clé qu'il jouait dans la suite des opérations. Alors que Washington a lancé dans la nuit de ce mercredi 29 au jeudi 30 juillet une première riposte contre l'Iran après une attaque surprise de missiles iraniens survenue mardi, le président américain pourrait donner son feu vert au plan de l'amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain (CENTCOM).
Cette option prévoit dix à quatorze jours de frappes aériennes intensives destinées à paralyser les capacités balistiques iraniennes. Selon des personnes proches du dossier citées par le Wall Street Journal, elle viserait à dépasser le cadre des simples frappes de représailles, qui n’ont jusqu'à présent guère réussi à dissuader Téhéran de menacer les navires circulant dans le détroit d'Ormuz ou de tirer des missiles contre les forces américaines déployées dans la région. "En frappant très fort", dixit Brad Cooper, l'objectif serait d'accroître considérablement l'intensité du conflit, afin d'affaiblir davantage les capacités iraniennes et de limiter le recours aux munitions défensives américaines.
Le général Dan Caine, président de l'état-major interarmées et autre conseiller du président, se montre de son côté plus dubitatif, soulignant la diminution croissante des stocks américains d'intercepteurs de défense aérienne. Ces armes sont pourtant indispensables pour protéger les bases américaines et leurs alliés dans d'autres régions du monde, tout en faisant face aux attaques iraniennes. Selon lui, ces faibles réserves n'empêcheraient pas une reprise des opérations majeures contre l'Iran, mais elles augmenteraient les risques.
Un commandant quatre étoiles
Brad Cooper n'est pourtant pas un amateur. Ce commandant quatre étoiles, qui est l'un des officiers les plus décorés de l'armée américaine, a participé à la guerre du Golfe de 1991, à trois missions de lutte contre le trafic de drogue au large des côtes sud-américaines, ainsi qu'à un déploiement dans le nord de la mer d'Arabie après les attentats du 11-Septembre et aux opérations menées contre les talibans en Afghanistan. Au cours de sa carrière, il a servi sur l'ensemble des théâtres d'opérations militaires américains, de l'Afrique au Pacifique, et a également occupé un poste au Pentagone en tant que chef des affaires législatives de la Marine.
En 2021, il a été nommé à la tête des forces navales américaines au Moyen-Orient, un commandement qui l'a conduit à s’installer à Bahreïn, à environ 240 kilomètres des côtes iraniennes. Sur place, il a pu observer directement les stratégies, les capacités militaires et les menaces du régime iranien - une expérience qui, selon ses proches collaborateurs, nourrit aujourd'hui ses prises de décision. En 2023, lorsque les Houthis, soutenus par l'Iran, ont commencé à lancer des drones et des missiles depuis le Yémen contre des navires en mer Rouge, ouvrant ainsi un nouveau front lié au conflit entre le Hamas et Israël, c’est aussi lui qui a ordonné à un bâtiment de guerre américain d'intervenir pour intercepter l'attaque.
Un leader réfléchi
Pour ceux qui ont servi à ses côtés, Brad Cooper est alors quelqu'un de posé, déterminé et capable de garder son sang-froid sous pression. "Quand Brad Cooper vous appelle au milieu de la nuit avec un problème, il y aura réfléchi, il sera capable de vous l'expliquer et il aura une solution", déclarait en mars auprès du Wall Street Journal le général à la retraite Frank McKenzie, ancien chef du CENTCOM chargé des forces américaines au Moyen-Orient.
D'autres estiment que sa personnalité optimiste peut parfois donner l'impression qu'il est excessivement confiant. "Il ne montre aucun signe de pression. Il n’est pas fatigué. Il n’est pas diminué physiquement. Je pense qu'il s’épanouit presque sous la pression", a affirmé le capitaine de vaisseau à la retraite Michael Brasseur, qui dirigeait une unité consacrée à la robotique et à l'intelligence artificielle sous les ordres de Brad Cooper au Moyen-Orient.
Un premier bilan contrasté
De son côté, Brad Cooper se félicite déjà de son bilan contre l'Iran. Dans des vidéos publiées en mars dernier pour faire le point sur les opérations, celui-ci avait énuméré les derniers résultats de l'opération "Epic Fury" : plus de 5 500 cibles frappées, plus de 60 navires iraniens coulés et les programmes de missiles balistiques et de drones de Téhéran lourdement endommagés. "La puissance de combat américaine se renforce. La puissance de combat iranienne diminue. Nous restons concentrés sur des objectifs militaires très clairs : éliminer la capacité de l’Iran à projeter sa puissance contre les Américains et contre ses voisins", avait-il déclaré.
Près de cinq mois plus tard, les résultats sont pourtant bien plus contrastés, et des conseillers de Trump ont exhorté en privé le président à trouver une sortie rapide, alors que la flambée des prix du pétrole et les inquiétudes concernant un impact de la guerre sur les républicains lors des élections de mi-mandat de novembre se font sentir. Brad Cooper, de surcroît, souffre depuis longtemps d'un handicap bureaucratique : il n'a pas l'accès privilégié au bureau Ovale dont bénéficie le général Dan Caine. La quasi-totalité des comptes rendus adressés à Donald Trump sur la guerre lui ont été présentés par celui-ci, et Brad Cooper n'a informé le président en personne qu'à quelques reprises depuis le début du conflit.
Le Pentagone, lui, joue dans tous les cas la carte de l'unité : "Le commandant du CENTCOM, l'amiral Cooper, et le président de l'état-major interarmées, le général Caine, sont parfaitement alignés et unis quant à leur mission, leur stratégie et leur détermination concernant les opérations contre l'Iran", a récemment déclaré Sean Parnell, le principal porte-parole. Reste à savoir si les désaccords, en coulisses, ne mineront pas le succès militaire que Donald Trump espère tant.