Grogne des profs : les parents commencent… à en avoir ras le bol ! « Si nous faisons grève, ce n’est pas par plaisir ni par indifférence envers les familles »
Grogne des profs : les parents commencent… à en avoir ras le bol ! « Si nous faisons grève, ce n’est pas par plaisir ni par indifférence envers les familles »
Après des mois de mobilisation, le soutien des parents aux enseignants semble s’effriter. Entre ras le bol des grèves et inquiétude pour l’école, profs et familles se retrouvent pourtant face au même dilemme.
Journaliste à la Rédaction générale Publié le 01/09/2026 à 19:44
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Alors qu’une manifestation intersyndicale pour la défense de l’enseignement est annoncée le 10 septembre prochain, et que des piquets spontanés prennent place devant certaines écoles, le soutien des parents est-il toujours au rendez-vous ? D’après un sondage de la Fédération des Parents et des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (FAPEO) réalisé en juin dernier, 82,6 % des parents soutenaient les actions des enseignants. Mais un coup de sonde réalisé parmi nos lecteurs donne un tout autre son de cloche : près de 64 % affirment ne plus soutenir le mouvement.
Comment l’IA va révolutionner les devoirs de vos enfants : « Ceux qui la maîtriseront auront plus de chances sur le marché de l’emploi »
L’IA bouleverse les devoirs et les apprentissages. Entre risques de triche et nouvelles compétences à acquérir, les écoles doivent désormais apprendre aux élèves à faire avec.
Qu’on le veuille ou non, l’IA est là. Et ce serait un leurre de croire que les élèves ne saisissent pas cette opportunité. « Il ne faut pas faire l’autruche », lance d’emblée Mathias Thyssens, directeur du Collège Sainte-Véronique à Liège. « Les derniers chiffres montrent que plus de 90 % des élèves l’utilisent déjà. » Et évidemment, c’est au niveau des devoirs que son utilité est la plus intéressante.
Une réalité qui représente un énorme challenge, si pas « le plus important des années à venir », glisse Alain Koeune, directeur du Collège Notre-Dame à Dinant. Comment, dès lors, s’assurer de la bonne formation des élèves si l’IA fait tout à leur place ? Une question qui est aujourd’hui sur toutes les lèvres. « Les devoirs, ça sert à pratiquer », reconnaît Mathias Thyssens. « Et le risque, c’est que, à l’examen, comme par hasard, l’élève ne sache pas comment faire… »
Mais ce que les deux directeurs affirment aussi, c’est que, déjà avant l’IA, les professeurs n’avaient pas forcément la certitude que le devoir était le fruit de l’élève. L’arrivée de Wikipédia avait suscité des craintes dans le monde de l’enseignement. Sans compter la « cartouche » que représentent les parents pour certains élèves. Quel professeur n’a jamais suspecté que le travail fourni par l’élève soit issu de la plume de papa ou maman ? « L’inégalité a toujours existé dans le travail à domicile », souligne Vincent Romain, responsable du soutien et de l’accompagnement des écoles libres (Namur-Luxembourg) en matière d’IA. « Elle est maintenant renforcée. »
Face à l’IA, il y a deux solutions : soit on la diabolise, soit on l’intègre. La seule option pour s’assurer que l’élève n’y recoure pas, c’est de réaliser les devoirs en classe. Et certains profs le font déjà. « Mais cela se fait au détriment des apprentissages », déplore Vincent Romain.
Vigilance accrue
Il faut donc trouver un juste milieu. C’est ce que fait Caroline, professeure de français en province de Luxembourg. « Pour les gros travaux, ça devient compliqué », dit-elle. « Les ateliers d’écriture, par exemple, se font exclusivement en classe. L’IA peut être une aide, mais les élèves doivent être capables de le faire par eux-mêmes. »
Pour le directeur du collège liégeois, les enseignants ont toutefois des moyens de vérifier que l’élève a réellement travaillé à la maison et qu’il n’a pas « bêtement » retranscrit le travail de l’IA. Cela peut se faire en découpant le travail, avec une partie réalisée en classe et l’autre à la maison. En questionnant oralement l’élève sur le devoir fourni. Ou en demandant de temps en temps, en classe, un travail similaire à celui réalisé à la maison. « Il ne faut pas arrêter de donner des devoirs. Il faut juste être plus vigilant. »
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C’est là un premier enjeu. « Il faut continuer à apprendre aux élèves à pouvoir réfléchir par eux-mêmes, sans recours à l’IA », résume Alain Koeune, du collège dinantais. « Mais il y a aussi un deuxième enjeu : celui d’apprendre aux élèves à utiliser intelligemment l’IA et à avoir un regard critique par rapport à ça. »
Comprenez : s’il faut savoir faire sans l’IA, il faut savoir aussi faire avec. « On n’arrivera pas à faire marche arrière, donc il vaut mieux apprendre aux jeunes à l’utiliser », estime Vincent Romain. « Les élèves qui maîtriseront l’IA, ce seront aussi ceux qui, demain, auront plus de chances sur le marché de l’emploi. »
Et les devoirs peuvent être un moyen d’éduquer à l’IA. Certains enseignants ont déjà adapté leur manière de donner du travail à la maison, en demandant par exemple aux élèves de travailler sur des prompts différents (les consignes données à l’IA, NdlR), de comparer les résultats livrés par l’intelligence artificielle et d’avoir un regard critique sur le résultat fourni. « Cette création de requêtes est intéressante car elle-même nécessite une réflexion, une analyse », pointe Alain Koeune. « On a des professeurs qui travaillent beaucoup la réponse de l’IA, qui la mettent en parallèle avec une vérification par des sources fiables. »
La transparence et une relation de confiance sont deux autres éléments qui semblent indispensables pour relever le défi de l’IA. Vincent Romain constate ainsi que de plus en plus d’écoles encouragent leurs élèves à indiquer quand ils ont utilisé l’IA et pour quoi. « Comme quand, il y a 20 ans, le professeur d’histoire demandait de mentionner l’utilisation de Wikipédia », illustre Mathias Thyssens.
Des savoirs utiles ?
Tout ceci ne peut se faire sans une formation adéquate des enseignants, mais aussi des élèves (lire ci-contre). Et il n’y a pas de temps à perdre. « Le phénomène est très récent, mais le développement de l’IA va très vite. Beaucoup plus vite que l’adaptation des programmes », glisse Alain Koeune.
Pour Vincent Romain, adapter les programmes, c’est aussi bien délimiter les savoirs nécessaires. « Si on doit sortir sa calculette pour faire 6 fois 8, ça ne va pas », exemplifie-t-il. « La question à se poser, c’est : quelles sont les compétences dont on a vraiment besoin pour se servir de l’IA, pour qu’on puisse avoir nos informations, qu’elles soient fiables, vérifiées, et qu’on ne soit pas à côté de la plaque parce que l’IA nous a raconté des conneries ? »
La question des savoirs indispensables n’est pas une mince affaire. Vincent Romain va même jusqu’à remettre en question le caractère indispensable de la compétence rédactionnelle, qui figure certainement parmi les plus menacées par l’IA. « Pourquoi apprendre à écrire une lettre ? », s’interroge-t-il. « L’IA pourra le faire. Mais à condition d’avoir un bon prompt. Sans cela, l’élève risque d’être à côté de la plaque. Mais il ne se trompera pas parce que l’IA n’est pas capable. Il se trompera parce que lui n’a pas été capable de bien l’utiliser. Et donc c’est ça qu’il faut apprendre aux jeunes. »
Une chose est sûre : l’IA est déjà dans les cartables, aux côtés des manuels scolaires et il va falloir faire avec. « C’est un nouvel outil qui est un peu inquiétant », reconnaît Alain Koeune. « Mais c’est aussi un outil extraordinaire. »
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