taraskuzio.com

"Je voulais me faire respecter" : Marta évoque ses débuts de folie avec Pau

De son vrai nom Rodrigo De Bivar Weinholtz cardoso Marta, l’ancien dacquois et columérin, âgé de 26 ans, a réussi ses grands débuts en Top 14, inscrivant notamment six essais en cinq matchs. L’international portugais revient sur son parcours et parle de ses ambitions.

Pour préparer cet entretien, nous avons contacté votre ancien sélectionneur au Portugal, Patrice Lagisquet, aujourd’hui chroniqueur pour Midi Olympique. Il voulait vous demander si vous étiez heureux et épanoui de jouer en Top 14. Alors ?

Je suis vraiment heureux. Mon objectif, en venant en France, était de jouer d’abord en professionnel puis d’atteindre le plus haut niveau ici. C’est un rêve devenu réalité.

Devenir rugbyman professionnel n’était pas forcément ce que vous aviez imaginé. À quel moment est né ce rêve ?

Un garçon comme moi, né à Lisbonne et au Portugal, n’a pas forcément en tête de devenir rugbyman professionnel. On pense plutôt à faire ses études correctement, à suivre un parcours traditionnel, à avoir un travail normal. Le rugby était une passion. C’est comme ça que je le voyais. C’est d’ailleurs toujours une passion. Cette décision de devenir professionnel a mûri avec le travail que Patrice Lagisquet nous a proposé à partir de 2019. Il est arrivé avec un esprit très professionnel, avec la volonté de toujours faire les choses à 100 %, et ça m’a beaucoup plu. J’ai eu l’opportunité de rejoindre Dax peu de temps après, en 2022, et je l’ai saisie. Aujourd’hui, je sens que, pour les jeunes au Portugal, il est plus facile de rêver de devenir professionnel. Il y a beaucoup de bons exemples en France, notamment avec José Madeira à Perpignan, Nicolas Martins au Racing 92 et la quantité de joueurs portugais qui évoluent en Pro D2. C’est beaucoup plus facile, pour un jeune qui habite toujours à Lisbonne, de suivre cette passion avec l’ambition de devenir professionnel.

Avant de penser à être professionnel en France, quel métier rêviez-vous d’exercer ?

Je n’avais pas grand-chose en tête, mais avant de quitter Lisbonne, j’ai fini ma licence en gestion à l’université. Je ne savais pas trop ce que j’allais faire, mais au moins j’ai obtenu ce diplôme.

Est-ce difficile d’annoncer à ses parents l’arrêt de ses études pour partir jouer au rugby en France ?

Facile, non. Il n’y avait pas grand monde qui avait fait ça. J’allais vraiment sortir du parcours traditionnel. Mes parents ont dû digérer cette annonce car nous sommes une famille assez traditionnelle. Ce n’était pas facile au début. Ils ont compris que c’était un de mes rêves. Ça a été assez facile après ça. Ils ont eu confiance en moi et tout s’est très bien passé. Ma famille est déjà venue me voir à Pau. J’ai aussi eu beaucoup de soutien de ma femme. Franchement, ça rend tout plus facile.

Vous avez appris le français à Lisbonne car vous étiez au lycée français. Pourquoi ce choix ?

J’étais à l’école française de mes cinq ans jusqu’à l’obtention du bac. Après mon bac, j’ai fait mes études universitaires en portugais. Du coup, ça a été quatre ans sans parler la langue. à la maison aussi, je n’entendais que du portugais. Après ces quatre années, je suis venu en France. J’étais au lycée français parce que ma mère, ma grand-mère, même ma "mamie" (arrière-grand-mère) ont étudié au lycée français. Mon arrière-grand-mère est Belge et elle a dû fuir la guerre. Elle a rencontré mon arrière-grand-père ici, au Portugal. C’est une façon d’honorer son histoire en continuant, génération après génération, d’aller au lycée français pour ne pas perdre la langue. Mes neveux y sont actuellement et nous allons continuer à la faire. C’est important pour l’avenir et ça peut aussi ouvrir beaucoup d’opportunités.

Effectivement, cela a dû être plus facile pour vous quand Patrice Lagisquet est arrivé à la tête du Portugal et ensuite pour s’intégrer à Dax…

Ça m’a beaucoup aidé. Avec la quantité d’étrangers qui viennent en France, beaucoup ont des difficultés dans les premiers moments. Moi, j’ai eu cette chance de pouvoir me concentrer tout de suite sur le rugby.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en débarquant à Dax, en Nationale ?

Dès le départ, j’avais à cœur de montrer mon niveau. À chaque fois que j’étais sur le terrain, j’avais en tête que je voulais être le meilleur. Je voulais être le meilleur dans tous les aspects. Vraiment, je voulais dominer à mon poste contre les autres équipes, face aux joueurs que j’avais en face. J’ai toujours voulu être le premier et faire les choses mieux que les autres. Après, la première pré-saison avec Dax a été un choc. C’était vraiment un changement. Au bout d’une semaine, je n’avais plus de gaz. Cette pré-saison avec Pau, en Top 14, a été l’une des plus dures que j’aie connues mais aussi la plus satisfaisante. En un mois, j’ai pu constater que j’avais une marge de progression énorme. J’ai travaillé sur de petits points que je ne savais même pas pouvoir améliorer.

En arrivant en Nationale 1, imagine-t-on jouer en Top 14 quatre ans après ?

J’ai toujours eu confiance en moi. Quand j’étais à Dax, j’avais déjà été contacté par Pau, avec l’opportunité de partir en Top 14. Mais j’ai décidé de poursuivre un autre parcours, pour avoir du temps et évoluer comme joueur. J’ai donc choisi de passer par le Pro D2 en rejoignant Colomiers. J’ai eu la chance d’avoir une deuxième opportunité avec la Section. Sébastien Piqueronies a été très important dans tout ça. Franchement, voir qu’il était toujours intéressé et qu’il continuait à me faire confiance, même après trois ans, m’a rendu très heureux. Maintenant, je veux faire en sorte qu’il puisse compter sur moi à chaque match.

Vous avez retrouvé Julien Sarraute, aussi, qui était votre manager à Colomiers. Cela a-t-il aussi favorisé votre intégration ?

Julien a aussi eu un rôle important. Maintenant, je le retrouve dans un cadre différent : il est plutôt entraîneur des trois-quarts, de l’attaque, donc il a une fonction différente de celle qu’il avait à Colomiers. J’ai le sentiment de pouvoir mieux échanger avec lui, parce que quand il était coach principal, il avait d’autres préoccupations. Et ça me plaît beaucoup.

La Section paloise a de nombreux atouts au poste d’ailier. Vous attendiez-vous à jouer autant en début de saison ?

Franchement, non. Vraiment pas. Je pensais surtout au fait que, dès le début de la pré-saison, j’avais fait beaucoup d’efforts et j’avais vraiment travaillé pour arriver là où je suis maintenant. Mais, pour répondre à la question, j’ai vraiment eu de la chance d’avoir autant de temps de jeu et d’en profiter.

N’avez-vous pas eu peur de la concurrence en venant à Pau ?

Cette concurrence a été importante dans mon choix de venir Pau. Le staff fait confiance aux jeunes et a construit cette ligne de trois-quarts. L’idée de pouvoir en faire partie m’a beaucoup plu. Je voulais être parmi ces très bons joueurs ; c’est l’une des raisons de mon choix. Je savais que j’allais trouver les meilleurs trois-quarts du Top 14. Je voulais faire en sorte que, quand ils me regardent, ils sentent que je suis vraiment là. Je voulais me faire respecter, parce que le respect est toujours important entre joueurs. Je savais que, pour gagner ce respect, il me fallait réaliser de très bonnes performances et beaucoup travailler. À chaque fois que je parle avec les joueurs, on se pousse vraiment vers le haut et on essaie d’être performants, parce qu’on ne sait jamais si on jouera le week-end suivant.

Avec six essais en cinq journées, c’est un début de rêve pour gagner le respect…

Quand la saison a commencé, je n’avais pas en tête de marquer le plus d’essais possible. Je me suis enlevé cette pression et j’ai simplement essayé, à chaque fois que j’en avais l’opportunité, de faire les choses bien, sans déchet. Après, les essais sont venus naturellement.

Vous avez aussi réalisé des actions défensives qui ne sont pas passées inaperçues. Était-ce aussi important pour gagner le respect de vos partenaires ?

J’ai aussi franchi un cap en passant de la Pro D2 au Top 14. à chaque fois, je peux progresser, même défensivement. J’ai appris des choses sur lesquelles je me sentais moins à l’aise, et là, je suis vraiment en confiance. Dans ma tête, personne ne peut me passer. Quand un adversaire arrive, dans ma tête, je me dis qu’il va tomber, quoi qu’il arrive. J’ai entendu un ou deux commentaires de mes partenaires qui aimaient beaucoup la façon dont je défends. Une défense agressive montre que les autres peuvent te faire confiance. Vraiment, le climat entre les joueurs est très bon et tout l’environnement autour du club est agréable.

Qu’est-ce qui vous a surpris dans votre découverte du Top 14 ?

Sur les contacts et l’aspect physique, je n’ai pas senti une très grosse différence. Ce que j’ai surtout senti, c’est la vitesse. Tout va très vite et le moindre ballon qui traîne peut se transformer en essai. Et puis, chaque joueur que tu as en face est très bon. Ils ont quasiment tous le niveau international, donc tu dois toujours rester attentif et ne pas perdre ta concentration.

Après votre parcours, découvrir le Top 14 à quasiment 27 ans (il fêtera son anniversaire le 18 novembre) doit vous galvaniser...

C’est certain. Mon objectif maintenant, c’est d’abord d’atteindre les phases finales avec Pau, essayer d’amener le club au plus haut dans cette compétition et qu’on puisse vivre de bons moments.

Avec aussi l’objectif de disputer votre deuxième Coupe du monde en Australie dans un an ?

C’est déjà l’année prochaine et ça va arriver vite. Dans ma tête, celle de 2023, c’était hier, donc celle-ci arrive très vite. Cette première année avec la Section est vraiment importante pour moi, avec cette volonté d’évoluer beaucoup comme joueur et d’apprendre pour amener mes qualités à cette Coupe du monde et d’essayer de faire de grands matchs avec le Portugal. Le rêve serait déjà de sortir de notre poule (le Portugal est dans la poule D avec l’Irlande, l’Écosse et l’Uruguay), d’arriver à l’étape suivante. Maintenant, mon boulot, c’est de vivre dans le présent et d’essayer de performer à chaque match.