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Grand Corps Malade : « Je ne suis pas du tout militant LFI mais je ne mets pas Le Pen et Mélenchon dos à dos »

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Grand Corps Malade à Paris, le 2 septembre 2026.

© HELENE PAMBRUN / N/C

Benjamin Locoge 10/09/2026 à 21:45, Mis à jour le 10/09/2026 à 21:52

Le musicien Grand Corps Malade a passé une année en famille au Québec pour se ressourcer. Et revenir avec un nouvel album.

Paris Match. Pourquoi cet exil québécois ?

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Grand Corps Malade. Dans sa jeunesse ma femme a beaucoup vécu à l’étranger, depuis qu’on est ensemble elle a souvent émis l’idée qu’on pourrait partir un jour. Donc c’était un projet dans un coin de ma tête, qui s’est concrétisé en 2024-2025. J’étais souvent allé à Montréal pour le boulot, j’avais un super feeling avec la ville. Et je savais aussi qu’il n’y aurait pas la barrière de la langue pour les enfants (il sourit) Ca a été une véritable année d’expatriation.

Qui a donné naissance à « Voir la mer » ?

Oui, j'avais très envie que le nouvel album ait quelques couleurs, quelques inspirations de là-bas. Et au final le Canada a infusé partout dans ce disque, une mélodie, un musicien, une idée de texte…

Vous vous montrez nostalgique et optimiste dès la chanson d’ouverture, «je n’ai pas encore fini ». C’est votre manière d’appréhender la vie ?

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Je suis un grand nostalgique, oui, mais ce n’est pas du tout quelque chose qui me fend le cœur et m'empêche d'avancer. Au contraire. C'est ce qui me permet de dire « Putain, moi, j'ai eu la chance de vivre ça » et qui fait que j'ai l'impression d'avoir déjà plusieurs vies. Ce petit pincement au cœur quand je repense à telle ou telle période, je le prends comme une force.

« Mon combat est là : garder l’innocence tout en se servant de l’expérience »

Le défi pour un neuvième album c’est de se renouveler sans se répéter ?

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Une année au Québec, en 2024 : Grand Corps Malade en pleine nature.

N/C / © DR

L'écriture a ce truc d'extraordinaire qui fait que l’on peut prendre un même thème et le traiter de mille manières différentes. Il y aura toujours des textes d'amour, certains plus originaux que d'autres, mais ce qui compte pour moi c’est de ne rien laisser au hasard dans une phrase, d'être encore plus précis. Au début, j’ai pu aller vers un peu de facilité…

Ce premier disque à a 20 ans. Vous consacrez d’ailler un morceau à ces deux décennies dans la lumière. Quel bilan faites-vous ?

Dans ce premier disque, il y a la magie de la fraîcheur, de l'innocence, du début du slam. 20 ans plus tard, je m’interroge : est-ce que le fabien de 2026 est plus fort que celui de 2006 ? Mon combat est là : garder l’innocence tout en se servant de l’expérience. Au départ, il n’y avait pas grande monde pour me poser des questions sur mes textes, quand je slamais dans les bars. Aujourd'hui, je dois être vigilant, plus exigeant, tout simplement parce que j’ai une audience. Mais quand j’écris, j’essaye de combattre ça, de ne surtout pas penser au public, aux journalistes, pour garder une spontanéité et une certaine urgence. Et oui il m’arrive encore d’avoir des petits moments de fulgurance.

« Avec ou sans l’élection présidentielle en ligne de mire, j’aurais écrit ces textes »

Dans « Drôle de lettre » et « fatalité » vous dites qu’il est encore temps de résister face à l’arrivée annoncée du Rassemblement Nationale au pouvoir.

Avec ou sans l’élection présidentielle en ligne de mire, j’aurais écrit ces textes. C’est ce que j’ai vu et ressenti en rentrant en France après une année à l’étranger : ce racisme décomplexé, partout, y compris dans les grands médias, où l’on entend des phrases qui auraient fait scandale il y a 10 ou 15 ans.

Vous ne nommez pas pour autant Cnews…

Malheureusement, c'est plus large que cela, il n'y a pas qu'un milliardaire qui essaye de regrouper des médias. Pour moi le basculement c’est fait avec ce deuxième mandat de Trump qui enchaines les dingueries. Son impact sur le monde entier est colossal, il est a défoncé la fenêtre d’Overton. Mais si cette dérive n’est pas normale, elle n’est pas non plus une fatalité.

Que pouvez-vous faire ?

Je suis très lucide sur mon très petit pouvoir. Mais s'indigner est un droit et réagir est un devoir. Donc oui je préviens : ce qui se passe n'est pas normal. On ne peut pas accepter comme une fatalité Marine Le Pen au pouvoir. Donc, réagissons, essayons de pas aller là où on nous emmène.

Vous voteriez pour l’extrême gauche ?

Je ne sais pas…. En tout cas, je ne suis pas du tout militant LFI mais je ne mets pas dos à dos, Le Pen et Mélenchon. Quoi qu’on dise, énormément d’élus RN ont été condamnés pour antisémitisme. Et jamais aucun élu LFI.

Si vous trouvez la France, triste et grise, pourquoi restez-vous ?

Parce que j’aime mon pays et que je suis exigeant. Je n'ai pas envie de le voir prendre ce chemin-là. Je n'aime pas les clivages qu'on nous impose. Et je pense qu'il y a plein de gens qui votent Rassemblement National, qui sont émus par mes textes quand je parle de paternité, de famille. Et tant mieux. Peut-être que si on a recherché cette fibre humaine-là, peut-être, y-a-t-il encore des choses à faire. La réponse pour moi est dans l’humanisme, une valeur dénigrée actuellement au profit de la méchanceté, le cynisme, et l’agressivité.

Avez-vous le sentiment que le pays s’est réconcilié avec ses banlieues, grâce à des gens comme vous et à toute la scène musicale urbaine ?

Non. Je trouve qu'il y a toujours une fracture, la banlieue est toujours montrée du doigt. Ces quartiers ne sont pas traités avec autant d'attention ou avec autant d'argent que d’autres, ils sont toujours un peu oubliés. Mais je ne me vois pas du tout comme le porte étendard des banlieues, j’ai vécu 35 ans à St Denis, j’ai adoré et les gamins d’aujourd’hui ne connaissent pas du tout les mêmes réalités que moi. Ce serait mal venu de ma part de dire que je les représente.

« Les quartiers fabriquent des avocats, des médecins, des enseignants »

Mais vous pouvez être un modèle ?

Je ne crois pas, ce n’est pas de la fausse humilité. C’est quand même moins extraordinaire de réussir quand on vient de la banlieue…Ces quartiers fabriquent des avocats, des médecins, des enseignants, vu le caractère, l'énergie et la création qu'il y a là-bas, je pense que c'est même un terreau beaucoup plus fertile pour réussir dans le sport et dans le milieu artistique. Dans mon cas on m’a souvent dit que ça faisait du bien de voir une personne handicapée, capable de réussir et de franchir plein de barrières. On me l'a quand même un peu moins dit en tant que banlieusard (il sourit)

Ce handicap vous l’oubliez parfois ?

Hélas non. Je le vis intensément, on ne court pas de la même manière à 49 ans qu’à 25… Mais je fais en sorte qu’il existe le moins possible quand je suis sur scène. Je chante debout pendant près de deux heures et quand je m’assois sur un tabouret, je fais croire que c’est un effet de mise en scène. Mais je ne sais pas à quel point je serai un jour empêché « quand l'âge rajoutera sur ce corps déjà bien amoché » comme je le chante dans le disque.

Julia, votre épouse, fait les chœurs sur «Mes doutes avec toi ». Vous ditesqu’elle vous apaise…

Dans une vie de famille, on ne peut pas s’empêcher d’avoir des doutes sur la manière dont on élève les enfants, sur les projets à venir. Et oui c’est avec elle que j’aime vivre ces doutes-là, parce qu’avec elle justement je n’ai aucuns doutes. C’est en cela qu’elle apaise mes inquiétudes. Ce qui est assez marrant c’est que Julia est aussi une grande inquiète, elle se pose beaucoup de questions sur tout, tout le temps, bien plus spontanée et impulsive que moi. Je sais que moi aussi à ma manière je l’apaise.

Vous avez toujours su que vous fonderiez une famille, cette « Puissance 4 » ?

Oui, j'avais eu un très bel exemple avec mes parents, un couple très soudé. Je savais que je voulais vivre la même chose, il suffisait juste d’attendre la bonne personne ! A Montréal j’ai encore plus saisi la force de nous quatre. On a tout quitté ensemble et on s’est senti plus fort ensemble. Alors certes on n’a pas traversé le monde en sac à dos, mais on a fait ce saut dans l’inconnu tous les quatre. Et à aucun moment, ni moi, ni Julia, ni les enfants n’avons eu peur. Je vous promets que ça c’est une sacrée force.

Votre nom circule comme les auteurs choisis pour Céline Dion pour son prochain disque. Qu’en est-il ?

J’ai été approché par ses équipes, j’ai proposé trois textes, qui ont l’air de plaire. Mais rien n’est encore enregistré et je n’ai pas le droit d’en dire plus (il sourit). Mais ce qui est sûr c’est que j’adore me mettre à sa place et imaginer ce qu’elle pourrait avoir envie de chanter…

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« Voir la mer » (Anouche), sortie le 18 septembre. En tournée à partir du 21 janvier 2027, les 12 et 13 mars à Paris (Adidas Arena)

N/C / © DR