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Gisèle Pelicot : « La haine et la colère ne résolvent rien. J'espère que Monsieur Pelicot a fait un travail d'introspection sur lui-même »

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Gisèle Pelicot et Jane Fonda.

© DR / N/C

Léa Bitton 05/09/2026 à 07:23, Mis à jour le 05/09/2026 à 08:57

EXCLUSIF - La 16e édition des DVF Awards a honoré le courage exceptionnel de Gisèle Pelicot et sa lutte contre les violences sexuelles. Jane Fonda lui a rendu hommage. Elle se confie à Paris Match.

Le monde entier a entendu son histoire. Elle a pris la décision de ne pas être une victime. Je l'admire tellement. » Entendre Jane Fonda parler ainsi de Gisèle Pelicot a quelque chose d'à la fois vertigineux... et totalement normal. La star rend hommage à l'icône, unies toutes deux, au-delà des dissemblances de trajectoires, par un profond engagement dans la défense des droits des femmes. Gisèle ne pratique pas l'anglais, alors Jane s'adresse à elle dans un français impeccable. Elle lui prend la main, lui dépose un baiser sur la joue. Puis, comme pour dissiper la solennité du moment, elle la regarde et lance : « J'adore votre nez ! » Elle rit. Gisèle aussi.

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En cette soirée de gala, une ombre plane pourtant. Celle de la grande amie de Jane, la militante Gloria Steinem, disparue le matin même. « Elle a ouvert la voie », reconnaît Gisèle Pelicot, avant de rappeler que « le courage peut prendre de nombreuses formes. Celui de prendre la parole. Celui de défendre les autres. Celui de refuser une injustice. Celui de transmettre. Et parfois, tout simplement, celui de continuer à vivre et à se reconstruire. » En refusant le huis clos au tribunal, puis en racontant l’innommable dans « Et la joie de vivre », son best-seller paru en février, Gisèle Pelicot est devenue une égérie de la lutte contre les crimes sexuels et le viol conjugal. Ses confidences à Paris Match résonnent comme une leçon de courage, de dignité et surtout de profonde humanité.

Paris Match. La 16e édition des DVF Awards a honoré votre courage exceptionnel et votre lutte contre les violences sexuelles. Que représente le prix qui vous a été remis ce soir-là ?

Gisèle Pelicot. Je ne m'y attendais pas du tout. C'était déjà un immense honneur que d'être invitée à cette soirée. Depuis le procès de 2024, j'ai reçu, et je continue à recevoir, des milliers de témoignages de victimes. Ce prix leur est évidemment dédié : je l'ai accepté au nom de toutes les femmes qui souffrent de violences sexuelles et sexistes à travers le monde.

Vous êtes souvent amenée à raconter votre histoire. Mais n'est-ce pas difficile de la revivre à chaque fois ?

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Je ne la revis pas comme on revivrait un trauma. Si je témoigne, c'est pour donner de l'espoir à toutes ces personnes qui doutent encore et qui ont perdu leur dignité. C'est surtout ça que j'ai voulu transmettre à travers mon livre : un message d'espoir, de paix et d'amour.

Vous avez exprimé votre volonté de revoir Monsieur Pelicot. Dans quel but ?

Oui, c'est vrai, je souhaite le revoir et dialoguer avec lui : nous n'avons pas eu d'échange depuis six ans. Je considère que cette rencontre est une étape sur mon chemin de reconstruction. Le signe que je suis passée à autre chose. La haine et la colère ne résolvent rien. J'espère que Monsieur Pelicot a fait un travail d'introspection sur lui-même. Pour continuer à aller mieux et devenir un homme bon pour la suite.

Jane Fonda, la première ministre de la Barbade Mia Amor Mottley, la photoreporter Lynsey Addario, la Kényane Wawira Njiru… et vous : les lauréates de cette édition sont chacune à leur façon des guerrières, pleinement engagées dans la défense des droits des femmes.

Oui, et c'est un immense honneur d'être aux côtés de ces femmes qui mènent des combats pour faire avancer la société. Nous vivons aujourd'hui dans un monde très anxiogène et il faut que les femmes continuent de lutter. Je pense que les nouvelles générations sont tout à fait prêtes pour reprendre le flambeau. Et qu'elles le feront.

Êtes-vous une autre femme aujourd'hui ?

Cette épreuve a profondément transformé ma vie. J'ai essayé d'en faire quelque chose, de l'utiliser pour aider celles qui n'osent pas parler, celles qui ont peur. Parce que je pense que la peur paralyse, elle empêche d'avancer. Oui, ça a transformé ma vie. Mais ça n'a pas changé fondamentalement la personne que j'étais.

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Gisèle Pelicot répond aux questions de la presse internationale.

N/C / © ALFONSO CATALANO/SGPITALIA

Les féminicides sont-ils un problème culturel ou politique ? Quelles mesures doit-on prendre pour les éradiquer ?

La violence envers les femmes est un sujet de société. Les pouvoirs publics doivent s'emparer de ce sujet. Il faut imposer un suivi psychologique pour ces hommes. Ce sont aussi des êtres en souffrance, parce que quand on en arrive là, ça pose question. L'éducation de nos très jeunes enfants est aussi un levier fondamental. Il faut limiter les réseaux sociaux, les films pornographiques et tous ces jeux vidéo qui sont extrêmement porteurs de haine et de colère. Beaucoup de choses restent encore à résoudre. Moi, je n'ai pas le pouvoir de changer la société. Mais l'éducation et les pouvoirs publics, si. Ils doivent s'en charger. Et la justice est aussi là pour nommer les crimes, protéger les victimes et faire en sorte que les crimes ne restent jamais impunis.

Pour faire avancer la cause des femmes, envisageriez-vous d'entrer en politique, de rejoindre un ministère par exemple ?

Je dois vous rappeler mon âge : je vais avoir 74 ans dans quelques mois ! Je suis une femme qui a fait son temps… Ma fille Caroline participe à la lutte. Elle a créé l'association M'endors Pas, qui lutte contre la soumission chimique. J'espère qu'un jour, ma fille s'engagera en politique, parce qu'elle a la carrure et la force pour le faire. Je sais qu'elle sera à même de pouvoir continuer le combat de sa maman.

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Lors de son discours.

N/C / © ALFONSO CATALANO