Gilles Thomas, le nouveau prince du saut d'obstacle belge
Située le long du canal qui relie Bruxelles à l'Escaut, Kapelle-op-den-Bos vit au rythme de cette liaison maritime qui a favorisé une activité industrielle dans cette commune de moins de 10 000 habitants. Le calme du Brabantse Kouters cache l'épicentre d'un phénomène. À seulement 28 ans, Gilles Thomas n'est plus un espoir de l'équitation belge. Il joue déjà le rôle de figure de proue. Révélé au grand public lors de sa finale individuelle aux Jeux olympiques de Paris, le jeune prodige a définitivement bousculé la hiérarchie mondiale en s'offrant le prestigieux classement général du Global Champions Tour en 2025. Il s'est installé à la table des Grégory Wathelet, Jérôme Guéry ou Pieter Devos pour ne citer que ses contemporains. En devenant le plus jeune vainqueur du circuit mondial et en se glissant durablement dans le top 10 mondial, le Brabançon s'impose aujourd'hui comme le leader naturel du sport équestre belge.
"L'année dernière a été incroyable, j'avais quelques chevaux qui étaient vraiment en forme", commence Gilles Thomas, bien installé dans une petite pièce qui borde sa piste intérieure de la Veldstraat. "Je pouvais changer un peu entre mes chevaux. En 2026, les résultats ont moins suivi car mon cheval de tête (Ermitage Kalone) est un peu blessé."
L'exploit belge aux championnats du monde : trois médailles en plus ce dimancheUn cavalier de moins de 30 ans qui domine son sport en Belgique ne peut être qu'un surdoué tant le niveau actuel de l'équitation est relevé dans le plat pays. "J'étais très déçu de ne pas pouvoir me rendre à Aix-la-Chapelle à l'occasion des championnats du monde en août dernier. Je sentais que j'étais en forme. La blessure d'Ermitage Kalone a changé les plans. L'équipe belge a très bien performé. Seules trois nations ont qualifié leurs cavaliers dans les trois disciplines olympiques (NdlR : saut d'obstacles, dressage et concours complet) en vue des Jeux de Los Angeles. J'aurais aimé les aider. Mon objectif sera de les aider en 2028 à LA. La richesse est inouïe en Belgique. À Aix-la-Chapelle, nous avions quatre cavaliers différents de ceux qui ont participé aux Jeux olympiques de Paris. La Belgique est performante dans les trois disciplines. Nous possédons beaucoup de très bons chevaux. Nous avons de bons propriétaires qui choisissent le sport avant le business."
L'expertise belge n'est plus à démontrer. À l'heure actuelle, il existe une dizaine de combinaisons cavaliers/chevaux pour représenter la Belgique. "Pour nous, la situation n'est pas simple car la concurrence reste exceptionnelle. Une sélection se mérite."
Avant de s'envoler pour une exhibition de quatre jours en Chine, Gilles Thomas nous a ouvert les portes de son paradis sur terre, un domaine de 20 hectares qui appartient à sa grand-maman. Il partage notamment les lieux avec le cheval de sa vie. Ermitage Kalone représente pour le Brabançon ce que Quel Homme de Hus a été pour Jérôme Guéry.
À 28 ans, Gilles Thomas est aujourd'hui la nouvelle locomotive du saut d'obstacles belge. Discret, voire timide en dehors des pistes. Pour mieux cerner le cavalier, il faut remonter le fil d'une lignée maternelle. Chez les Thomas, le cheval est une histoire de famille, mais surtout une affaire de femmes. L'écurie appartenait au départ aux grands-parents. C'est là que Katrin De Vos, la maman de Gilles, apprend à monter. Elle a du talent et dispute les championnats d'Europe chez les poneys et les jeunes. Elle n'a jamais atteint le niveau de son fils. Lorsque Gilles naît, elle range ses bottes de compétition au vestiaire pour devenir institutrice primaire. Son papa, séparé de sa maman, n'évolue pas dans cet univers équestre.
Le vrai déclic professionnel s'appelle Mark Van Dijk. Entré dans la famille par alliance en épousant la tante de Gilles, ce cavalier de haut niveau — habitué des Coupes des Nations — transforme l'écurie de loisir des grands-parents en une structure professionnelle. C'est lui qui offre Mieke, un poney Shetland, au jeune Gilles. Mieke vit toujours dans un pré annexe.
La famille sauteuse d'obstaclesGilles est un enfant doué et touche-à-tout. À cinq ans, il tâte du judo, de l'athlétisme, de la natation et du tennis. Avec une grande réussite. Vers 12 ans arrive l'heure du grand choix. L'amour des chevaux l'emporte. Il se dirige vers une vie faite de sacrifices pour percer dans le monde équestre.
Il ne délaisse pas l'école. À la maison, sa maman exige qu'il obtienne un diplôme. Le rythme devient militaire. Gilles étudie jusqu'à 21 ans. D'abord au coin de la rue, puis à Turnhout pour l'enseignement supérieur. Ses journées sont bien remplies. Il ne s'éparpille pas dans des sorties entre amis ou des guindailles.
À la sortie des classes, il prend directement le chemin des écuries. Il perd de vue ses potes de classe. Ses vrais amis, ce sont ceux du milieu des chevaux.
À l'école, le garçon est sérieux. Il étudie les sciences du sport, avant d'attaquer la physiologie de l'exercice.
Lorsqu'il décroche enfin son diplôme à 22 ans, la crise du Covid débarque. Il transforme ce contretemps en réelle opportunité. Confiné à la maison, il passe deux ans de plus à peaufiner ses gammes à l'abri des regards. Le travail paie cash dès son entrée chez les seniors. Il trouve les bons chevaux au bon moment. En 2022, la machine s'emballe : première victoire majeure au prestigieux Grand Prix 5 étoiles de Hickstead, suivie de la finale de la Coupe des Nations à Barcelone et du précieux ticket olympique pour Paris.
Le crack Ermitage et le coup d'arrêt
L'année 2025 vire au conte de fées et l'installe tout en haut. Avec un piquet de chevaux au sommet de leur forme, Gilles Thomas survole les débats. Il s'offre le classement général du Global Champions Tour en individuel et en équipe. Aux championnats d'Europe, c'est la consécration : l'or en collectif et le bronze en individuel. Il s'installe dans le top 10 mondial, culminant à la quatrième place du classement. Pour boucler la boucle, il s'offre le Grand Prix de Malines en fin d'année devant son public, à vingt minutes de ses écuries.
Au cœur de cette folle épopée, il y a son cheval de tête, Ermitage Kalone. Il vient de Toulouse. Son propriétaire s'est rendu dans le sud de la France pour le rencontrer quand il avait un an. Il ne pouvait pas connaître son potentiel même si ses origines sont excellentes. Il est devenu excellent. "Moi, je l'ai vu quelques fois en Belgique. Je travaille avec lui depuis six ans. Il est arrivé dans mon écurie il y a quatre ans. Aujourd'hui, il a 12 ans. La première fois que je l'ai vu, il était très bon. Il avait beaucoup de qualités. Mais je ne savais pas qu'il allait devenir un cheval exceptionnel. En 2023, nous signons notre première grande victoire dans le championnat belge. Là, j'ai compris. Aux JO, il a été excellent. Pour les Jeux de 2028, il ne sera pas trop vieux", explique le Brabançon au sujet d'Ermitage qui appartient au cousin de son oncle.
Equitation – Brussels Stephex Masters : "La Belgique a montré que ses jeunes cavaliers sont prêts pour le grand saut", dit Jérôme GuéryLe business au cœur du système
Aujourd'hui, Gilles et son oncle Mark Van Dijk partagent les commandes de l'entreprise familiale. Le site historique est resté là, mais il change de visage et s'agrandit chaque année : une piste extérieure supplémentaire l'an passé, une nouvelle rangée de boxes cette saison. Pour faire tourner les écuries et s'occuper des jeunes chevaux, deux autres cavaliers maison sont employés au service de l'écurie. Sa cousine de 20 ans, la fille de Mark, monte elle aussi en parallèle de l'école.
"Je travaille avec 10-12 chevaux dont les âges varient beaucoup. Je m'occupe surtout de la partie sportive. Nous achetons et vendons chaque mois. L'Ermitage n'est pas à vendre. Jamais ! La partie business n'est pas simple." Il est tentant de vendre l'Ermitage qui rapporterait des millions.
Les chevaux belges sont très bien cotés sur le marché international. Pourtant, Pieter Devos, Jérôme Guéry ou Thibeau Spits n'ont jamais vendu leurs chevaux de tête.
Le haut niveau moderne lie indissociablement le sport, la performance et la gestion d'entreprise. Pour Gilles Thomas, qui porte désormais la casquette de sportif de haut niveau, l'enjeu est de maintenir ses installations au niveau d'exigence d'un sport où la Belgique s'est imposée comme une référence absolue. Le niveau national y est tellement relevé qu'intégrer l'équipe nationale en Coupe des Nations est devenu un défi de chaque instant.
Dans ses écuries familiales se trouvent une trentaine de chevaux. "Je ne monte que les miens, ce qui représente un travail colossal. Je travaille avec huit chevaux chaque jour. Chaque cheval me prend une heure."
Quant à savoir si les habitants de Kapelle-op-den-Bos ont conscience de vivre à côté d'un crack, Gilles Thomas rougit et souffle timidement. "L'équitation n'est pas aussi populaire que le football ou le cyclisme. Ici, tout le monde me connaît un peu."

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