Gens du voyage : les bourgmestres liégeois se saisissent du dossier pour mettre fin "à la politique du fait accompli"
Depuis plusieurs mois, les photos de caravanes pullulent sur les réseaux sociaux. En effet, nombreux sont les groupes de gens du voyage qui viennent s'installer sur des terrains de la province de Liège. À Herstal, à Visé, à Fléron, et dernièrement à Liège et à Juprelle, plusieurs campements ont été érigés, non sans créer des tensions.
Pour Serge Fillot, bourgmestre oupéyen, "il est temps de prendre la problématique à bras-le-corps". Le socialiste a été désigné par Willy Demeyer, en son titre de président de Liège Métropole (anciennement Conférence des Bourgmestres de l'Agglomération liégeoise), pour diriger une "task force" sur le sujet. "Lors de notre dernière réunion, j'avais mis ce point à l'ordre du jour car plusieurs communautés du voyage s'étaient installées sur des terrains d'Oupeye et dans d'autres communes de l'arrondissement, détaille-t-il. C'est donc dans ce cadre que j'ai été appointé tête du groupe de travail sur cette thématique épineuse".
"Un nouveau quartier"
Selon le mayeur, les bourgmestres ne sont pas équipés pour accueillir un nombre croissant de caravanes. "Quand des dizaines de familles arrivent, c'est comme si un nouveau quartier sortait de terre en quelques heures, reconnaît-il. Elles empruntent des voiries non adaptées, il faut gérer les déchets produits, et aussi assurer la sécurité des riverains et des nouveaux arrivants". "Dans de nombreux cas, ça se passe très bien, insiste Serge Fillot. Ils viennent s'annoncer à l'administration communale, ils se procurent des sacs-poubelle et, surtout, ils ont l'accord du propriétaire du terrain pour poser leurs valises". Mais, parfois, le ton monte et les forces de l'ordre doivent intervenir.
Au-delà du manque d'équipements, c'est un réel sentiment de solitude que dénonce le politicien. "Souvent, ce sont des fermiers qui ouvrent leur champ moyennant argent et, systématiquement, c'est le bourgmestre qui est pointé du doigt, regrette-t-il. Les citoyens ne semblent pas vouloir comprendre qu'à partir du moment où un privé loue son terrain, la Commune n'a aucun droit d'expropriation (sauf en cas de trouble à l'ordre public ou de risque sanitaire, par exemple)". C'est ce "vide juridique" que déplore le bourgmestre : "Les privés empochent et, ensuite, ne répondent plus de rien".
Quelles sont les solutions ?
Face à cette problématique, le groupe de travail a du pain sur la planche. "Ce qui est certain, c'est que la Wallonie manque de terrains", déclare Serge Fillot, qui a envoyé un questionnaire à ses 23 collègues bourgmestres pour "savoir si des gens du voyage se sont déjà installés sur leur territoire, combien ils étaient, s'ils ont posé le moindre souci, etc." Enfin, "la question qui va à l'essentiel" : Seraient-ils disposés à accueillir une aire d'accueil pour les gens du voyage sur un terrain public (Province, Région, SNCB, etc.) avec une aide financière de la Région ?
Notons qu'en région liégeoise, seul Amay possède un terrain affecté à cet accueil. "Ce n'est clairement pas suffisant et ça oblige les autorités à se refiler la patate chaude", conclut le mayeur, qui souhaite "cerner le phénomène pour y répondre de manière appropriée".
Une fois les questionnaires remplis, les bourgmestres se donneront rendez-vous le 31 août prochain pour une première réunion. Autour de la table : les autorités, mais aussi des propriétaires de terrain comme la SPI et le Port autonome. Le temps est venu de "mettre fin à cette politique du fait accompli et de dégager des solutions, non sans l'aide de la Région, qui a la gestion des gens du voyage comme compétence".
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