taraskuzio.com

De Genève à la gloire mondiale: l'ascension fulgurante de Johan Manzambi

Publié17. juillet 2026, 19:26

Coupe du monde 2026Freiné par son physique adolescent, Manzambi en a fait une force

Le Genevois de 20 ans a définitivement explosé aux yeux de la planète, lors du Mondial de football. Retour sur ce qui a forgé son caractère et son talent hors normes.

Robin Carrel

Le jeune Johan Manzambi et le terrain où tout a commencé.

Le jeune Johan Manzambi et le terrain où tout a commencé.RCA

«Il est en train de devenir un très, très grand joueur. Cela se voit. (...) Mais ce qui me plaît le plus chez lui, c'est son envie permanente de progresser. Quand on possède une telle mentalité à seulement 20 ans, on peut aller très loin.» L'hommage est au moins autant appuyé que ses tacles sur le terrain et il vient de Granit Xhaka. Un capitaine de l'équipe de Suisse à l'expérience gigantesque et qui sait de quoi il parle. Un milieu de terrain de Sunderland qui a perdu un record: celui du Suisse le plus cher jamais acheté sur la planète football, quand il avait quitté Mönchengladbach pour Arsenal il y a dix ans et contre un chèque de quelque 45 millions de francs. Car Johan Manzambi vient de quitter Fribourg pour Aston Villa, pour la somme folle de 65 millions.

Pourtant, tout a commencé là où le football n'a pas de prix pour le No 9 de la Nati. Un de ces endroits magiques où le jeu de ballon est autant un passe-temps qu'un défouloir pour des gamins (trop) pleins d'énergie. Le Parc Geisendorf du quartier de la Servette à Genève respire le sport roi, le vrai. Le milieu de la Nati y a paraît-il «violenté» le petit terrain en béton. On y est passé la semaine dernière - avant qu'il ne se blesse et rate la fin du Mondial -, mais pas de maillot à sa gloire. De l'Espagne, de la France, du Brésil… Ça viendra. Comme pour lui, pour ce joueur à maturité physique tardive, tout vient à point à qui sait attendre. Plus tard, ce fan de Manuel Neuer aura même pour lubie de devenir gardien. Une envie vite réprimée par son papa et son frère aîné Holly (il a aussi deux sœurs), voyant bien le talent du garçon, dès qu'il s'agissait de taquiner le cuir dans le cœur du jeu.

«Il y a un point intéressant… J'ai tout noté, parce que je suis quelqu'un de très organisé, a posé Luigi Pisino, entraîneur de Manzambi chez les M16 du Servette à l'époque et aujourd’hui à la tête des M19 de l’équipe de Suisse. J'ai regardé récemment son évaluation avec les moins de 16 ans (ndlr: 2020/2021). Tous les éléments le concernant étaient très élevés, sauf le côté athlétique. Ce n'était pas un point négatif, mais un axe à propos duquel il fallait de la patience. Pour le reste, au niveau technique, de la personnalité, du côté mental: les évaluations étaient excellentes. Par contre, il avait besoin de temps. Il était en pleine croissance. Il y a évidemment eu un peu de frustration, sur cet aspect-là. Surtout quand on aime le foot comme lui. Mais quand on fait face à un frein et qu'on arrive à passer outre, c'est la confirmation qu'on sait où on veut aller!»

RTS

«Je dirais que, pour Johan, le début du déclic a eu lieu à 16 ans, la première confirmation ensuite à 17 et l'affirmation à 18, nous a expliqué Christopher Clément, ancien entraîneur-assistant des M16 du Servette FC. Il a franchi un vrai cap à ce moment-là. Mais il ne faut pas oublier que sur les dix ans qu'il a passés au Servette, il a toujours été en avance. Vers 14, 15 ans, il n'avait pas encore grandi physiquement. Il avait un profil «DBT» (ndlr: instauré il y a dix ans par l’Association suisse de football, le projet dit de «développement biologique tardif» a pour but de donner davantage de temps de jeu aux jeunes talents souffrant d’un retard biologique) et ça l'a aidé à compléter sa palette technique.»

Le but en quarts de finale de la Coupe de Suisse M18, à Bâle (1-2), qui a révélé le joueur au grand public.DR

«Johan savait où il voulait aller, a enchaîné Pisino. Il a très vite compris ce qu'il devait faire pour devenir meilleur. Il n'y avait pas besoin de lui dire trois fois les choses et c'est une énorme qualité que d'apprendre rapidement. Ensuite, il est parti de Servette, mais pas pour jouer avec la une du SC Freiburg. Il a intégré les moins de 19 ans. Il a respecté les étapes, il a fait son chemin. Et puis là, sur les deux ou trois dernières années, la progression a été fulgurante. Et on dirait que ce n'est pas fini… Il aime ce sport, il aime le ballon... En fait, il aime jouer au football.»

Un talent à l'entourage sain

Plus on a parlé du phénomène avec ses anciens formateurs, plus on a été amené à se demander si cette croissance à retardement ne l'a pas finalement aidé à devenir plus fort dans tous les autres domaines du jeu de ballon en attendant de «pousser». Et puis il y a aussi ceux qui l'ont accompagné vers les sommets, avec notamment son père angolais et sa mère congolaise. «Il a un entourage avec des valeurs importantes. Je ne les connais pas très bien, à part dans les réunions de fin de saison… Mais ils avaient l'air ouverts et intéressés. Comme lui en fait, a détaillé Pisino. Son entourage voulait qu'il progresse, qu'il continue à aimer le foot. L'amour du ballon, on l'oublie souvent… Et lui il aime ça! Il a compris qu'il ne pouvait pas se satisfaire du minimum. Si on veut performer, il faut repousser au maximum ses limites. Lui est capable de le faire. Aujourd'hui, il est un bon exemple à suivre pour les jeunes.» «Son environnement familial a très bien géré son développement, a ajouté Clément. Il a été protégé, accompagné… Il n'a jamais été arrogant. C'était un garçon humble, qui aimait bien rigoler. Avoir le talent ne suffit pas. C'est un ensemble très compliqué de petites choses. Bravo à lui!»

«On n'est pas tous curieux. Moi, quand j'étais joueur à Carouge, j'avais souvent peur de demander, a ajouté l'ancien adjoint. Lui, il posait des questions, ce qui lui a permis de prendre de la maturité. Il était déjà intéressé, il avait toujours besoin de savoir. Et il s'interrogeait souvent au bon moment. Il avait déjà une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne et ses coaches l'ont beaucoup challengé. Souvent, un élément doué techniquement vers 12 ou 13 ans, il a tendance à se reposer sur ses lauriers. Johan, c'était l'inverse. Chacune de ses forces, il continuait de les travailler pour essayer de grandir. Aujourd'hui d'ailleurs, cette facilité à aller toujours de l'avant me surprend encore.»

Avec la Suisse M19.

Avec la Suisse M19.IMAGO/Bildbyran

Cet été, les qualités de celui qui a fait son école de foot au FC Onex et quitté le Servette FC il y a trois ans et demi ont été forcément très demandées sur le marché. Il a prouvé la saison dernière tout au long des 47 matches (43 titularisations) disputés avec le SC Freiburg - entre Bundesliga (7e) et Europa League (défaite en finale) - qu'il avait franchi un nouveau palier. L'Europe était déjà à ses pieds avant le Mondial et les grands clubs ont été définitivement convaincus par sa Coupe du monde de folie. Newcastle est vite passé à l'attaque sur le dossier. En Allemagne, tout le monde l'a conseillé au Bayern Munich. C'est finalement à Birmingham qu'il va poser ses valises et découvrir la Ligue des Champions. «Il le disait clairement: il ne voulait pas juste faire carrière, mais en faire une grande!», nous a dit son ancien coach. Ca en prend le chemin.

RTS

⚽️ Jeu de pronostics du Mondial 2026

Tu veux partager tes grandes connaissances en football ? Alors le jeu de pronostics de la Coupe du monde de football de 20 Minutes est fait pour toi. Inscris-toi maintenant et gagne de super prix. Montre dans ta commune que tu es le véritable roi des pronostics.

Robin Carrel

Robin Carrel (rca) est journaliste à la rubrique Sports chez 20 minutes, où il travaille depuis 2011. Ses sports de prédilection sont le football et le cyclisme, mais il privilégie surtout le terrain de la découverte.