Francis et Maria ont fini de payer leur appartement depuis plus de 40 ans, mais la banque veut les expulser : "Nous n'avons nulle part où aller, nous ne voulons pas partir"
Après des décennies passées dans leur appartement, Francisco et María pensaient leur avenir assuré. Une procédure est pourtant venue bouleverser cette certitude.
À 81 et 74 ans, Francisco Olea et María Andrade pensaient pouvoir rester dans l’appartement de Badalona où ils vivent depuis un demi-siècle. Situé dans le quartier d’Artigues, le logement est pourtant au cœur d’une procédure d’expulsion. Le couple, qui assure l’avoir entièrement payé il y a plus de quarante ans, a appris que les Mossos d’Esquadra, la police en Catalogne, devaient intervenir dès le lendemain. Une annonce brutale, d’autant plus difficile à comprendre pour les deux retraités qu’ils n’ont, selon eux, aucune dette liée à cet appartement.
À l’origine de cette situation se trouve une décision prise quinze ans plus tôt pour aider leur fils. Francisco et María avaient accepté de garantir un prêt immobilier contracté par celui-ci, en hypothéquant leurs biens, dont leur logement. Lorsque leur fils a cessé de rembourser son prêt en 2012, les conséquences ont fini par se reporter sur eux. Les parents affirment avoir ignoré pendant plus de dix ans l’ampleur du problème, leur fils ne leur ayant pas expliqué la situation. Ce n’est qu’en recevant l’avis d’expulsion qu’ils ont compris que leur appartement pouvait être saisi.
Le couple contraint de vider son appartement en catastrophe
Francisco relie les difficultés de son fils à la crise économique. Invité dans l’émission El món a RAC1, il a raconté : « Avec la crise de 2008, mon fils a perdu son emploi et n’a pas pu payer son loyer pendant trois mois. Ils ont saisi son appartement, avec tout ce qu’il contenait, et maintenant ils veulent prendre le mien ». Pour le retraité, la mesure est d’autant plus incompréhensible que son logement ne fait plus l’objet d’aucun remboursement. « Cet appartement est payé, nous ne devons rien à personne et nous n’avons nulle part où aller. Il faudra me traîner dehors menotté ; nous ne voulons pas partir d’ici », s’est exclamé le retraité.
Le délai accordé au couple a ajouté à leur désarroi. Prévenus vingt-quatre heures avant l’intervention, Francisco et María ont appris qu’une fois l’expulsion exécutée, ils ne pourraient plus rentrer chez eux. Ils ont donc commencé à vider l’appartement, aidés par leurs proches et par le Syndicat socialiste du logement de Catalogne. En quelques heures, une grande partie de leurs affaires a été déplacée. Il ne reste sur place que le strict minimum. L’appartement contient « un matelas, une table, trois chaises et la télévision ».

Le couple, menacé d’expulsion malgré un appartement payé depuis des décennies, a dû vider les lieux en seulement vingt-quatre heures
Leur appartement au cœur d’une mobilisation de dernière minute
María décrit un quotidien devenu difficile dans un logement à moitié vidé. « Nous n’avons même pas de quoi cuisiner, nous ne pouvons nous reposer ni ici ni chez mon fils », déplore María, ajoutant : «Ce n’est pas juste. Nous ne devons rien à personne, et nous voilà dans cette situation à notre âge. » La rapidité de la procédure a aussi compliqué les démarches pour obtenir une solution provisoire. Les aides d’urgence de la mairie de Badalona ou du gouvernement catalan nécessitent habituellement un dossier et un délai de traitement difficilement compatibles avec un préavis d’une journée.
La famille a donc tenté d’agir avant l’arrivée des forces de l’ordre. Après avoir sollicité le syndicat du logement, elle s’est tournée vers la mairie de Badalona pour trouver une issue de dernière minute. Ce mardi 22 septembre, lorsque deux voitures des Mossos d’Esquadra se sont présentées devant l’immeuble, une cinquantaine de personnes étaient déjà rassemblées. Aux militants venus soutenir le couple s’étaient joints plusieurs voisins, certains découvrant que Francisco et María risquaient de perdre le logement qu’ils occupent depuis cinquante ans.

Face à l’urgence, voisins et militants se sont mobilisés pour tenter d’empêcher l’expulsion de Francisco et María
Un loyer social pour pouvoir rester dans leur appartement
Cette mobilisation, associée à une médiation municipale, a permis d’éviter l’expulsion immédiate. Un accord a été trouvé avec la banque pour repousser l’échéance au 29 octobre. Francisco et María disposent donc d’environ un mois supplémentaire, mais aucune solution définitive n’a encore été arrêtée. Ce répit leur permet de poursuivre les démarches et d’envisager une issue qui leur éviterait de quitter leur quartier. L’enjeu est désormais de transformer ce report temporaire en accord durable.
Leur marge financière reste néanmoins réduite. Francisco
perçoit une pension de retraite, contrairement à María, ce qui limite les possibilités de relogement. Leurs enfants ne seraient pas en mesure de les accueillir durablement. Le couple espère négocier avec la banque une formule lui permettant de rester dans l’appartement, notamment grâce au paiement d’un loyer social. Après cinquante années passées dans les mêmes murs, Francisco et María refusent d’envisager un départ forcé. « Nous voulons vivre ici, quoi qu’il arrive », conclut le couple.
En bref
- 🏠 Francisco Olea et María Andrade, 81 et 74 ans, risquent l'expulsion de leur appartement après 50 ans d'occupation.
- 🚨 Cet élément a entraîné une procédure d'expulsion.
- ⏳ Un accord temporaire repousse l'expulsion, mais une solution définitive reste à trouver.