taraskuzio.com

France. « Des favelas en bordure de territoire » : pourquoi l’été cristallise les tensions entre maires et gens du voyage

  • Accueil
  • Société

  • « Des favelas en bordure de territoire » : pourquoi l’été cristallise les tensions …

Chaque été, les maires constatent des occupations illégales de terrains par les gens du voyage. Afflux massif de voyageurs, aires sous-dimensionnées, mal-logement… Les problèmes sont multiples et laissent élus et voyageurs démunis.

Octave Odola -

Aujourd’hui à 08:00

  • Temps de lecture :

Chaque été, les gens du voyage sillonnent la France lors des grands passages pour organiser des fêtes religieuses. Photo Sipa/Syspeo
Chaque été, les gens du voyage sillonnent la France lors des grands passages pour organiser des fêtes religieuses. Photo Sipa/Syspeo

Le feuilleton de l’été joue son nouvel épisode chaque année. Laneuvelotte (Meurthe-et-Moselle), Yssingeaux (Haute-Loire), Rumilly (Haute-Savoie), Mothern (Bas-Rhin)… La scène change presque tous les jours, le casting, lui, ne bouge pas : les gens du voyage en quête d’installation d’un côté, les maires sous tension de l’autre. L’association des Maires de France (AMF) a appelé fin juillet à une « médiation nationale » en demandant à l’État de coordonner « les grands passages », ces processions religieuses estivales comptant entre 50 et 200 caravanes.

« Chaque année, des communes se voient confrontées à l’arrivée en nombre de gens du voyage sans disposer des moyens pour y faire face. Des maires sont régulièrement agressés », pointe l'AMF. Certains d’entre eux ont été rassurés par l’adoption de la loi Ripost, qui vise à faciliter l’expulsion des gens du voyage occupant illégalement un terrain.

Une congestion estivale provoquée par le manque de places ?

Votée en 2000, la loi Besson oblige les communes de plus de 5 000 habitants à prévoir une aire d’accueil et une aire de grand passage, ou à s’organiser à l’échelle d’une intercommunalité. Or, selon un rapport de la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement, sur les 346 aires de grands passages prescrites, seules 230 étaient disponibles au 31 décembre 2024. Ce manque de places peut expliquer la congestion estivale, même si le problème s’étend aussi au reste de l’année. « Les autorités privilégient la réaction à l’anticipation, déplore Sasha Zanko, administrateur au sein de l’association nationale des gens du voyage citoyens. Si la loi était respectée, ça résoudrait la majeure partie du stationnement illicite. »

Les départements, en charge de répartir les structures d’accueil au sein des communes de leur territoire sur un schéma spécifique, n’étaient que douze en 2024 à avoir respecté leur feuille de route. Les trajets des grands passages sont pourtant prévus longtemps à l’avance, mais ça ne suffit pas. « On envoie dès le mois de décembre plus d’un millier de courriers aux communes pour demander l’autorisation de s’arrêter : on a eu seulement 18 % de réponses dont 12 % d’acceptation, pose Martine Serlinger, déléguée de l’association sociale nationale internationale tzigane et membre de l’association des grands passages. Sur les rares réponses positives, plus de la moitié des terrains sont des sortes de parkings aménagés. Forcément ça pose problème et les groupes s’installent ailleurs. »

« Les aires sont les endroits les plus glauques de la République »

La Fondation pour le logement estime qu’environ 177 000 gens du voyage subissent le mal-logement en France. Face à cette réalité, le maire de Libourne Philippe Buisson (ex-PS), plaide pour une refonte du mode d’accueil. « Les aires sont les endroits les plus glauques de la République, on ne peut plus produire des favelas en bordure de territoire », désespère l’édile, qui a co-présidé un groupe de travail de l’AMF sur le sujet.

Il réclame la généralisation de terrains familiaux locatifs, un système permettant aux voyageurs nomades de s’installer avec leur caravane sur un terrain contenant des commodités en dur, avec un système de sanctions pour contraindre les élus à les construire. Fin 2024, 355 terrains familiaux locatifs ont été réalisés, soit 1 734 places créées sur près de 8 400 places prévues.

Articles les plus lusSociété