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Fosses-la-Ville : le cœur de la cité de Feuillen se (re)dessine

Une page se tourne au son d'une petite musique qui claque: celle de briques qui se posent les unes derrière les autres. Alignées sur champ, elles avancent en chevrons sous les mains d'une équipe de paveurs portugais embauchés par l'entreprise flamande Nijst, sous-traitante de Nonet, l'entreprise jemeppoise adjudicataire. À genoux, penchés sur leur ouvrage, ces as du pavage ajustent, déplacent, recoupent. La disqueuse crisse lorsqu'une brique doit être retaillée pour venir mourir au millimètre près contre sa voisine.

Au millimètre près, chaque brique est ajustée à la main et calée dans un ensemble géométrique. La disqueuse attend son prochain coup de lame, tandis que le pavage en chevrons prend forme sous les gestes précis des paveurs.
Au millimètre près, chaque brique est ajustée à la main et calée dans un ensemble géométrique. La disqueuse attend son prochain coup de lame, tandis que le pavage en chevrons prend forme sous les gestes précis des paveurs. ©Pierre Wiame

À quelques jours de la Saint-Feuillen, le chantier a changé de rythme. Vendredi soir, il s'est immobilisé pour trois semaines, le temps de laisser passer les équipages chamarrés de la marche septennale. Le revêtement est praticable mais pas encore définitif. Il reste des "impétrants" à finaliser – (des interventions d'opérateurs sur le réseau de câbles et de canalisations souterrain). Mais il est clair que le rendez-vous avec le saint fondateur de la cité a favorablement pesé. L'échevin Bernard Meuter, doyen du collège, voit le centre historique se transformer avec la satisfaction d'un devoir accompli: "On en parle depuis si longtemps. C'est l'aboutissement d'un travail de longue haleine mené tout au long de consultations citoyennes dans le cadre d'une commission spécifique, dédiée à la rénovation urbaine", dit-il.

Les pavés de pierre naturelle, et grise, gagnent peu à peu les rues du centre, la rehaussant d'une élégance qu'elles n'avaient plus vue depuis des décennies.
Les pavés de pierre naturelle, et grise, gagnent peu à peu les rues du centre, la rehaussant d'une élégance qu'elles n'avaient plus vue depuis des décennies. ©Pierre Wiame

Le chantier "des deux places", majeur en ce qu'il touche à l'âme de la cité, est censé raconter une histoire. Le projet retenu ne se limite pas à refaire belles deux grandes surfaces. Il restitue au centre historique une organisation et des respirations. L'architecte-paysagiste Étienne Cellier résume cette intention en une formule imagée: "On rouvre des places dans la place".

Où ? Autour de la pompe ancestrale (qui sera restaurée), devant la collégiale et sur la place du Marché. Les réaménageurs ont recréé des espaces plus petits.

Le carré végétalisé change déjà la perception de la place du Chapitre, en ouvrant une respiration verte devant la collégiale.D'ici quelques mois, des graminées et des végétaux basses tiges atténueront la minéralité de la collégiale.
Le carré végétalisé change déjà la perception de la place du Chapitre, en ouvrant une respiration verte devant la collégiale. D'ici quelques mois, des graminées et des végétaux basses tiges atténueront la minéralité de la collégiale. ©Pierre Wiame

Sur le Chapitre, un tilleul

Étienne Cellier explique avoir voulu retrouver quelque chose de la structure ancienne du centre, lorsque les bâtiments formaient des cours et des espaces plus intimes, notamment autour de l'ancienne résidence du Prince-Évêque. Le choix des matériaux participe à cette lecture. Les deux tonalités retenues renvoient directement au tissu bâti du centre historique, un cocon condensant l'habitat et duquel émerge la collégiale: des briques, d'un rouge foncé, et des pavés gris, en pierre naturelle. Celle-ci accompagne les cheminements tandis que la brique vient marquer les espaces où l'on ne circule pas.

Participent à ce retour d'une intimité quelques touches de vert qui, en même temps, atténuent la minéralité des places.

Un fil de verdure, mêlant graminées et végétaux à basses tiges, ponctuera un mur de la collégiale. Sur la place du Chapitre, un rectangle engazonné change déjà la perception. Et ce n'est qu'un début. À terme, un tilleul y dispensera son ombre, renforçant cette impression de cour et de "places dans la place".

Brique après brique, les paveurs dessinent les nouveaux contours de la place du Marché. Posées sur champ, les pièces s’emboîtent en chevrons, au millimètre près.
Brique après brique, les paveurs dessinent les nouveaux contours de la place du Marché. Posées sur champ, les pièces s'emboîtent en chevrons, au millimètre près. ©Pierre Wiame

Vous êtes ici, à Fosses, au milieu de trésors archéologiques

Deux pupitres, chacun installé sur une place, renseigneront succinctement les visiteurs. L'un évoquera l'ancien moulin et le ruisseau aujourd'hui enfoui. L'autre racontera l'histoire des deux villes dont est issue Fosses, celle des chanoines et celle des bourgeois.

Écheveau souterrain

Sur la place du Marché, la végétalisation s'est heurtée à une réalité invisible, qui a pesé sur le choix des plantes: "À chaque fois qu'on ouvre la place du Marché, on trouve une ancienne canalisation, une chambre de visite, un vieux mur", constate Étienne Cellier.

A coté des cheminements en pavés gris, le chantier reste à vif. Les engins de Nonet préparent le terrain tandis que, derrière, les briques rouges gagnent peu à peu la place du Marché.
A coté des cheminements en pavés gris, le chantier reste à vif. Les engins de Nonet préparent le terrain tandis que, derrière, les briques rouges gagnent peu à peu la place du Marché. ©Pierre Wiame

Un bémol

Le bourgmestre de Bilderling se réjouit de voir les deux places prendre forme, tout en regrettant de ne pas avoir pu réaliser le projet dans sa version initiale: "C'est le petit bémol, on n'a pas pu traiter en même temps les espaces sous emprises du kiosque et de l'hôtel de ville." Lesquels, dans le nouveau plan, sont appelés à disparaître. Leur sort est toujours suspendu en haut lieu. Mais, si le feu passe au vert, il n'y aura, selon l'architecte, aucune difficulté à rattraper le projet initial. Étienne Cellier l'assure: "On s'est adapté. Les pentes pourront être reprises." On s'en doutait. Pareil pour l'hôtel de ville, dont la raide silhouette est tarabiscotée. Les nouveaux pavés, et la halle qui prendra sa relève, le feront rapidement oublier.

Brique après brique, le nouveau visage de la place du Marché se dessine. Le calepinage en chevrons donne déjà à l’espace son rythme et sa géométrie.
Brique après brique, le nouveau visage de la place du Marché se dessine. Le calepinage en chevrons donne déjà à l'espace son rythme et sa géométrie. ©Pierre Wiame

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