Fosses-la-Ville : le cœur de la cité de Feuillen se (re)dessine
Une page se tourne au son d'une petite musique qui claque: celle de briques qui se posent les unes derrière les autres. Alignées sur champ, elles avancent en chevrons sous les mains d'une équipe de paveurs portugais embauchés par l'entreprise flamande Nijst, sous-traitante de Nonet, l'entreprise jemeppoise adjudicataire. À genoux, penchés sur leur ouvrage, ces as du pavage ajustent, déplacent, recoupent. La disqueuse crisse lorsqu'une brique doit être retaillée pour venir mourir au millimètre près contre sa voisine.

À quelques jours de la Saint-Feuillen, le chantier a changé de rythme. Vendredi soir, il s'est immobilisé pour trois semaines, le temps de laisser passer les équipages chamarrés de la marche septennale. Le revêtement est praticable mais pas encore définitif. Il reste des "impétrants" à finaliser – (des interventions d'opérateurs sur le réseau de câbles et de canalisations souterrain). Mais il est clair que le rendez-vous avec le saint fondateur de la cité a favorablement pesé. L'échevin Bernard Meuter, doyen du collège, voit le centre historique se transformer avec la satisfaction d'un devoir accompli: "On en parle depuis si longtemps. C'est l'aboutissement d'un travail de longue haleine mené tout au long de consultations citoyennes dans le cadre d'une commission spécifique, dédiée à la rénovation urbaine", dit-il.

Le chantier "des deux places", majeur en ce qu'il touche à l'âme de la cité, est censé raconter une histoire. Le projet retenu ne se limite pas à refaire belles deux grandes surfaces. Il restitue au centre historique une organisation et des respirations. L'architecte-paysagiste Étienne Cellier résume cette intention en une formule imagée: "On rouvre des places dans la place".
Où ? Autour de la pompe ancestrale (qui sera restaurée), devant la collégiale et sur la place du Marché. Les réaménageurs ont recréé des espaces plus petits.

Sur le Chapitre, un tilleul
Étienne Cellier explique avoir voulu retrouver quelque chose de la structure ancienne du centre, lorsque les bâtiments formaient des cours et des espaces plus intimes, notamment autour de l'ancienne résidence du Prince-Évêque. Le choix des matériaux participe à cette lecture. Les deux tonalités retenues renvoient directement au tissu bâti du centre historique, un cocon condensant l'habitat et duquel émerge la collégiale: des briques, d'un rouge foncé, et des pavés gris, en pierre naturelle. Celle-ci accompagne les cheminements tandis que la brique vient marquer les espaces où l'on ne circule pas.
Participent à ce retour d'une intimité quelques touches de vert qui, en même temps, atténuent la minéralité des places.
Un fil de verdure, mêlant graminées et végétaux à basses tiges, ponctuera un mur de la collégiale. Sur la place du Chapitre, un rectangle engazonné change déjà la perception. Et ce n'est qu'un début. À terme, un tilleul y dispensera son ombre, renforçant cette impression de cour et de "places dans la place".

Vous êtes ici, à Fosses, au milieu de trésors archéologiques
Deux pupitres, chacun installé sur une place, renseigneront succinctement les visiteurs. L'un évoquera l'ancien moulin et le ruisseau aujourd'hui enfoui. L'autre racontera l'histoire des deux villes dont est issue Fosses, celle des chanoines et celle des bourgeois.
Écheveau souterrain
Sur la place du Marché, la végétalisation s'est heurtée à une réalité invisible, qui a pesé sur le choix des plantes: "À chaque fois qu'on ouvre la place du Marché, on trouve une ancienne canalisation, une chambre de visite, un vieux mur", constate Étienne Cellier.

Un bémol
Le bourgmestre de Bilderling se réjouit de voir les deux places prendre forme, tout en regrettant de ne pas avoir pu réaliser le projet dans sa version initiale: "C'est le petit bémol, on n'a pas pu traiter en même temps les espaces sous emprises du kiosque et de l'hôtel de ville." Lesquels, dans le nouveau plan, sont appelés à disparaître. Leur sort est toujours suspendu en haut lieu. Mais, si le feu passe au vert, il n'y aura, selon l'architecte, aucune difficulté à rattraper le projet initial. Étienne Cellier l'assure: "On s'est adapté. Les pentes pourront être reprises." On s'en doutait. Pareil pour l'hôtel de ville, dont la raide silhouette est tarabiscotée. Les nouveaux pavés, et la halle qui prendra sa relève, le feront rapidement oublier.

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