Forêt de Fontainebleau : ce joyau naturel frappé par un des pires incendies de son histoire
La forêt de Fontainebleau, poumon vert au sud-est de Paris, s'est embrasée lundi 13 juillet, laissant la biodiversité chamboulée. Un chaos rocheux, des sables océaniques, une mare aux fées : l'ancien domaine de chasse des rois de France s'est retrouvé sous les flammes. L'incendie hors norme a parcouru près de 2 000 hectares sur les 25 000 que compte le massif – dont 23 000 hectares de forêt publique, gérée par l'Office national des forêts (ONF).
Il s'agit du pire incendie jamais enregistré, après ceux de 1921 (762 hectares) et de 1945 (825 hectares), selon les archives remontant à 1863, relève Sophie David, responsable du service environnement et accueil du public à l'ONF Île-de-France-Est et archéologue spécialiste de Fontainebleau.
Deuxième plus vaste forêt domaniale après celle d'Orléans, Fontainebleau est la plus fréquentée de France, avec "entre 15 et 18 millions de visites par an", soit près du double de la fréquentation du musée du Louvre. Le public est assez largement francilien, mais on vient aussi de l'étranger (30 % des visiteurs), "notamment pour les parcours d'escalade", selon l'ONF.
"Diversité et richesse de sa biodiversité"
"La particularité du massif de Fontainebleau, c'est la diversité de ses paysages et la richesse de sa biodiversité", souligne Sophie David. On y trouve aussi bien des chênaies et hêtraies que des résineux, des landes ouvertes, des dunes fossiles, des mares et zones humides.
Cette forêt a d'abord été un océan, il y a 30 millions d'années : en se retirant, la mer a laissé du sable qui, en se solidifiant, a formé des rochers de grès : ces "chaos" émergeant du sol font aujourd'hui le bonheur des grimpeurs.
À lire aussiIncendie de la forêt de Fontainebleau : "On reste actifs pour ne pas pleurer"
L'archéologue raconte un lieu fréquenté depuis la préhistoire : "plus de 2 000 abris gravés" ont été retrouvés. Espace largement cultivé à l'Antiquité, la zone devient autour de l'an mille un domaine royal sous le règne de Robert II "le Pieux". Cette forêt dite "de Bière", dont le nom est dérivé de bruyère, allait devenir un somptueux domaine de chasse à courre.
Une de ses particularités est "le lien entre la forêt et le château de Fontainebleau" : les sentiers forestiers percés et les carrefours en étoile conçus pour la chasse "sont encore aujourd'hui ceux qui servent aux pompiers pour lutter contre le feu", relate Sophie David.
Assez largement pâturé, le massif faisait il y a 200 ans "un tiers de la surface actuelle". "Au XIXᵉ siècle, des arbres ont été plantés pour combler les vides : on choisit alors des pins, des arbres aux racines peu profondes, peu exigeants", capables de pousser dans le sol sableux.
Le visage de cette nouvelle forêt, plus ouverte, sera illustré par les peintres de l'école impressionniste de Barbizon. L'invention du tube de peinture conjuguée aux aspirations récréatives de la bourgeoisie fait le succès de la balade en forêt. "Le train arrive en 1849 et y sont créés les premiers sentiers balisés du monde", rappelle Sophie David. Rosa Bonheur y peint une "mare aux fées" enchanteresse.
Le feu, un danger permanent en forêt
La variété des paysages favorise une "exceptionnelle biodiversité", avec plus de 6 500 espèces animales connues, allant des insectes rares (lucane cerf-volant, grand capricorne) aux oiseaux (fauvette, pic vert ou chouette hulotte) et mammifères (martre des pins, lièvre d'Europe, cerf).
Le feu y est un danger permanent, déjà mentionné au XIIIᵉ siècle. Au début du XXᵉ siècle sont installés des "pylônes de surveillance" pour faire le guet, ce qui permet de réduire les surfaces brûlées (jusqu'à 150 hectares par an auparavant).
Plus récemment, six citernes d'eau de 10 000 litres chacune ont été installées dans la forêt, pour intervenir au plus près des départs de feu. Ils sont une trentaine par an, liés le plus souvent à un mégot mal éteint ou à un bivouac interdit.
Depuis deux ans, les pompiers testent un dispositif de surveillance renforcé par l'IA, qui permet de détecter et localiser plus vite les fumées : un atout s'ajoutant à la surveillance du massif par l'ONF, qui patrouille tous les weekends, d'avril à octobre.
À voir aussiIncendies à Fontainebleau : une forêt marquée par le passage des flammes
Classée "réserve de biosphère" par l'Unesco (1998), Fontainebleau est aussi classée pour sa valeur paysagère et "site Natura 2000". Elle compte 2 500 hectares de réserves biologiques, dont 1 000 en réserve intégrale, où aucune intervention humaine n'est permise. C'est notamment une de ces réserves qui est touchée par l'incendie.
Un pompier volontaire est suspecté d'un départ de feu dans la forêt. Il a été mis en examen et placé en détention provisoire mercredi 15 juillet. Le jeune homme de 18 ans avait d'abord avoué avoir "mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l'essence", avant de revenir mercredi sur ses aveux selon la procureure Diane Ngomsik.
Avec AFP