Travail du sexe : Fleur de Pavé fête 30 ans d'accompagnement
L'association vaudoise Fleur de Pavé fête ses 30 ans de soutien aux travailleuses du sexe. En trois décennies, elle a vu le métier se transformer radicalement avec l'arrivée d'internet. Les rencontres se déplacent notamment vers des lieux privés, créant plus de flexibilité, mais aussi de nouveaux risques.
En 1996, le bus de Fleur de Pavé se parque pour la première fois dans les rues de Lausanne. Sa mission: proposer des permanences aux femmes toxicomanes qui se prostituent.
Aujourd'hui, l’association poursuit son objectif historique, mais toute personne exerçant le travail du sexe, quel que soit son genre, peut y trouver du soutien. Chaque soir de la semaine, elles sont plusieurs dizaines à venir chercher des préservatifs ou prendre une boisson chaude.
"On cause avec les personnes de Fleur de Pavé si on a besoin de quelque chose. Si on a un problème, elles sont là pour nous", a témoigné mercredi dans La Matinale de la RTS une femme qui travaille à Lausanne depuis 10 ans.
L'équipe, en partie bénévole au début, s'est professionnalisée avec les années. Elle propose désormais des permanences administratives, des formations, des visites dans les salons, des dépistages et du soutien en tout genre.
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Keystone - Jean-Christophe Bott
Internet change la donne
Même si le travail dans la rue et dans les salons existe toujours, l’association a vu évoluer le travail du sexe dans le canton au fil des décennies. Aujourd'hui, il présente une grande diversité. Les lieux, les profils sont multiples, tout comme les métiers eux-mêmes.
La recherche scientifique a observé dans différents pays d'Europe une tendance à la moralisation de l'espace public et à la restriction des espaces les plus visibles du travail du sexe dans les villes
Le développement d'internet est le changement le plus important observé ces dernières années. La vente en ligne de vidéos ou de photos s'est par exemple répandue. Les prises de contact se font de plus en plus en ligne et les rencontres se déplacent vers des lieux privés.
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Chercheuse à l'Université de Genève sur la thématique du travail du sexe, Elorri Harriet explique ce phénomène par l’émergence des plateformes, mais pas seulement. "Depuis plus d'une dizaine d'années, la recherche scientifique a observé dans différents pays d'Europe une tendance à la moralisation de l'espace public et à la restriction des espaces les plus visibles du travail du sexe dans les villes. Dans ce contexte, internet est souvent une solution de repli", constate-t-elle.
L'association s'adapte au numérique
Pour atteindre les travailleuses du sexe sur leur lieu de travail, Fleur de Pavé passe désormais aussi par les sites d'annonces érotiques. L'association y intervient trois fois par semaine.
Andreza, membre de l'équipe, décrit la démarche: "On regarde le profil de la fille, on regarde la langue qu'elle parle et on envoie un message. La plupart des réponses, ce sont des demandes sur le dépistage, sur les permis de séjour… On fait normalement des appels si elles sont d'accord et ont besoin de parler".
Entre autonomie et nouveaux risques
Le passage par internet présente certains aspects positifs. Les travailleuses gagnent par exemple en autonomie et en flexibilité dans leurs horaires et leurs lieux de travail. Mais cette évolution pose aussi de nouveaux risques.
Ce sont aussi des personnes qui peuvent se retrouver assez isolées
"De manière hebdomadaire, on rencontre des personnes qui vivent des violences numériques. Il y a des situations où on vole les photos, d'autres où la clientèle ne paie pas. Ce sont aussi des personnes qui peuvent se retrouver assez isolées", détaille Silvia Pongelli, directrice de Fleur de Pavé.
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Souvent, les travailleuses du sexe combinent plusieurs manières de travailler. Une femme rencontrée dans les bureaux de Fleur de Pavé en témoigne: "Les annonces sur internet, ça ne marche pas vraiment… Sur internet, les clients demandent plusieurs choses que je ne fais pas, des choses sans se protéger. Moi, je n'accepte pas. Ça, dans la rue, c’est rare".
Diversité de pratiques et de compétences
La question des ressources se pose également. "Travailler via la rue, les salons ou internet, ça ne demande pas les mêmes compétences de travail. Ce ne sont pas les mêmes métiers, pas les mêmes manières d'organiser le travail", explique Elorri Harriet. "Il faut avoir des ressources pour acquérir des compétences ou les outils, numériques par exemple, pour pouvoir exercer dans ces différents espaces."
Les manières de pratiquer le travail du sexe ne cessant d'évoluer, les acteurs du terrain doivent constamment s'y adapter.
Juliette Jeannet/vic
Des différentes entre cantons
Si la prostitution est légale en Suisse depuis 1942, c’est à l’échelon cantonal que beaucoup se joue. Suite à la réforme de 1992, les autorités ont peu à peu formalisé leur loi sur la prostitution, donnant lieu à des règlements différents selon les cantons.
Depuis 2021, dans le Canton de Vaud, les personnes qui exercent la prostitution doivent s'annoncer auprès de la police et suivre une formation auprès de Fleur de Pavé. En 2025, 295 travailleurs et travailleuses du sexe se sont enregistrés. Une partie des activités est néanmoins pratiquée de façon clandestine.