FireSat, constellation de satellites dopée à l'IA et soutenue par Google, promet de repérer les incendies avant qu'ils ne deviennent incontrôlables, peut-elle changer la donne?
FireSat, constellation de satellites dopée à l'IA et soutenue par Google, promet de repérer les incendies avant qu'ils ne deviennent incontrôlables, peut-elle changer la donne?
Publié aujourd'hui à 18h33
Lire dans l'appFace à des feux de forêt toujours plus précoces et plus violents, la technologie cherche à donner une longueur d'avance aux secours. Les premiers satellites de la constellation FireSat, soutenue par Google, promettent de détecter les départs de feu en quelques minutes. De quoi sauver des centaines de milliers d'hectares.
Quelques minutes après le décollage d'une fusée Falcon 9 de SpaceX, une nouvelle sentinelle s'est mise en orbite. Ou plutôt trois. Leur mission? Repérer les flammes avant qu'elles ne deviennent incontrôlables.
Lancé le 7 juillet depuis la base spatiale de Vandenberg, en Californie, ce trio de microsatellites marque le véritable coup d'envoi de FireSat, une constellation développée par l'association à but non lucratif Earth Fire Alliance avec le soutien financier de Google et du Bezos Earth Fund.
Après une phase de tests de trois mois, les satellites commenceront à transmettre leurs premières données opérationnelles aux services de lutte contre les incendies, avec des passages au moins deux fois par jour au-dessus des régions les plus exposées.
Voir ce que les autres satellites ne voient pas
L'objectif est ambitieux. D'ici à la fin de l'année, FireSat doit être capable de détecter les départs de feu aux États-Unis, en Australie et en Europe, note ArsTechnica. À terme, plus de cinquante satellites formeront une constellation capable d'observer chaque point sensible de la planète toutes les vingt minutes.
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Jusqu'à présent, les satellites d'observation de la Terre permettaient de suivre les grands incendies. FireSat veut intervenir bien plus tôt. Chaque appareil embarque un système d'imagerie multispectrale capable de voir à travers la fumée et les nuages, mais surtout de détecter un foyer d'à peine 25m2.
Une capacité inédite, validée par un satellite prototype lancé en 2025, qui a collecté plus d'un million d'images et identifié des incendies de faible intensité passés sous les radars des systèmes existants. En octobre, ce satellite a par exemple détecté un petit feu de route en Oregon, passé inaperçu des systèmes de surveillance classiques.
"FireSat a déjà prouvé qu'un satellite conçu spécifiquement pour la lutte contre les feux de forêt peut détecter les incendies plus tôt et de moindre ampleur qu'auparavant", a déclaré Jonny Dyer, PDG de Muon Space, dans un communiqué.
"Grâce à ces satellites, nous transformons cette preuve en un service opérationnel: le début d'une couverture dédiée sur laquelle les responsables de la lutte contre les incendies peuvent compter jour après jour", poursuit-il.
Pour les pompiers, quelques minutes ou quelques heures d'avance peuvent faire toute la différence. Selon Earth Fire Alliance, une surveillance mondiale avec une fréquence d'une heure permettrait d'éviter plus d'un milliard de dollars de dégâts. Cela permettrait également d'épargner près de 3.500 habitations, de protéger 526.000 hectares de terres et de réduire les émissions liées aux incendies d'environ 22 millions de tonnes de carbone.
Les services d'incendie de Californie, du Colorado, du Portugal ou encore d'Australie commenceront à exploiter ces nouvelles données dès cette année.
L'intelligence artificielle comme guetteur
Le satellite n'est pourtant qu'une partie du dispositif. Google Research prévoit d'exploiter ses modèles d'intelligence artificielle pour comparer les images transmises par FireSat avec des années d'archives satellitaires.
L'objectif est double: distinguer les véritables départs de feu des faux positifs et, à terme, anticiper leur évolution grâce à des modèles prédictifs. Pour le géant américain, FireSat constitue une illustration de ce que l'IA peut apporter à la lutte contre le changement climatique. Le groupe va jusqu'à qualifier l'événement de "nouvelle avancée concrète dans la mise en application de l'IA au service de la résilience climatique".

L'initiative n'en reste pas moins chargée d'ironie. Car la même entreprise qui finance aujourd'hui une constellation destinée à mieux lutter contre les incendies voit aussi sa propre empreinte énergétique exploser sous l'effet de l'intelligence artificielle.
Les centres de données nécessaires à l'entraînement et au fonctionnement des modèles d'IA consomment des quantités considérables d'électricité. Aux États-Unis, cette demande supplémentaire est encore largement satisfaite par des centrales à gaz. Ces dernières pourraient collectivement émettre plus de 129 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an, selon Wired. Google a lui-même reconnu que sa consommation électrique avait bondi de 37% en 2025. Et la décarbonation de ses infrastructures progressait moins vite que prévu.
FireSat illustre ainsi l'une des contradictions de la Silicon Valley: utiliser des technologies très gourmandes en énergie pour tenter d'atténuer les conséquences d'un réchauffement climatique auquel elles contribuent, au moins en partie.
La techno, mais pas sans l'humain
Par ailleurs, détecter un incendie ne suffit pas à l'éteindre. Le Canada en fait aujourd'hui l'amère démonstration. Les gigantesques feux qui ravagent les forêts boréales depuis plusieurs semaines ont déjà forcé des milliers d'habitants, notamment au sein des communautés des Premières Nations, à évacuer leurs logements. Leurs fumées ont traversé le continent, exposant plus de 100 millions de personnes à une pollution atmosphérique dangereuse.
Au 17 juillet, le pays comptait près de 900 incendies actifs. Plus de 3.600 feux ont déjà été recensés depuis le début de l'année et des millions d'hectares sont partis en fumée. Faute de moyens humains et matériels suffisants, plusieurs dizaines d'incendies hors de contrôle ne sont même plus combattus activement. Ils sont simplement surveillés, les autorités privilégiant les secteurs où des vies humaines sont directement menacées.
Même constat en France. Depuis le début de l’année, "un peu moins de 40.000 hectares" ont été brûlés lors des nombreux feux de forêt qui se sont déclarés dans l’Hexagone, a annoncé ce lundi 20 juillet Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, sur France Inter. À titre de comparaison, selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt, 36.951 hectares avaient été brûlés sur l’ensemble de l’année 2025.

Pour les climatologues, cette situation n'a rien d'une surprise. Le réchauffement climatique rend les saisons des feux plus longues, plus intenses et plus difficiles à maîtriser.
"Ce qui se produit actuellement correspond aux prédictions des climatologues et des forestiers depuis 30 ans", observe Werner Kurz, chercheur principal retraité de Ressources naturelles Canada, pour The Atlantic. "À mesure que la planète se réchauffe et s’assèche, les forêts sont exposées à des risques croissants, et les anciennes stratégies de lutte contre les incendies sont tout simplement dépassées."
FireSat pourrait permettre de gagner un temps précieux, parfois décisif. Mais aucun satellite, aussi performant soit-il, ne remplacera les avions bombardiers d'eau, les hélicoptères, les pompiers ou les politiques de prévention.