« Filipe Luis est assez bluffant »... L’ex-défenseur international Alain Roche partage son regard sur la victoire de l’AS Monaco à Sofia et les débuts de l’entraîneur brésilien
La victoire qui a été obtenue dans la souffrance. Il faut être assez indulgent parce qu’il ne faut pas oublier que l’équipe était profondément modifiée. Il y avait sept changements dans le onze de départ, des joueurs qui n’avaient pas joué depuis dix mois (Minamino, Salisu) et une défense centrale inédite (Sané, Salisu). Mawissa a évolué latéral gauche, ce qui n’est pas son poste de prédilection. Il fallait gagner ce premier match et ils l’ont fait. C’est parfait. Les joueurs ont fait ce qu’ils pouvaient.
On ne peut pas mieux commencer un match qu’ils ne l’ont fait (Brunner a scoré après 3 minutes). Ils ont marqué tôt, puis juste avant la mi-temps (par Fati), à des moments idéaux pour casser le moral. Il fallait s’attendre à une réaction et il y a eu pas mal de pertes de balle, des erreurs techniques et de relance. C’est dommage parce qu’ils se sont mis en difficulté. Ils ont été un peu passifs sur une dizaine de coups de pied arrêtés aussi. C’est un truc à corriger, parce qu’ils se sont fait peur dans le dernier quart d’heure, avec le but de Zwarts. Mais bon, il y avait beaucoup de solidarité.
« Les attaquants bossent comme des dératés »
Savoir souffrir est obligatoire pour aller loin en Coupe d’Europe. Est-ce qu’on peut évoquer une victoire fondatrice ? Est-ce trop fort ?
Filipe Luis est content de voir ses joueurs s’accrocher, tout le monde faire les efforts. À l’image du jeune Soubeir qui a réalisé un geste défensif superbe. Du haut des tribunes, on pensait qu’il y avait penalty. Sané a élevé le curseur aussi en fin de match, il a sorti des ballons chauds. Cette équipe commence à s’habituer à souffrir. Elle ne prend pas beaucoup de buts, ce qui était le maillon faible de l’ASM par le passé. Ce match montre que ceux qui ne jouent pas régulièrement répondent présent. Le retour de Minamino fait du bien à voir. Luis va se casser la tête pour sa composition d’équipe. Il a une dizaine de joueurs avec du potentiel sur le plan offensif, mais moins de monde au milieu. J’espère que Camara n’a rien de grave (il est sorti en seconde période). Il est indispensable.
Brunner-Fati, ça vous a plu ?
C’était plutôt positif. Brunner est passeur pour Fati. Fati a eu du mal à se situer en début de match. Il lui manque encore des habitudes à ce poste (d’attaquant de soutien) qui n’est pas le sien au départ, puisqu’il était plus un joueur de côté. On a eu du mal à le trouver. Il est monté en intensité en fin de première mi-temps, on l’a vu beaucoup plus dans l’entrejeu, beaucoup plus disponible. Il y avait moins d’erreurs techniques aussi. Il a permis à son équipe de remonter et de garder davantage le ballon. Le problème, c’est qu’il n’enchaîne jamais. Je ne sais pas s’il pourra le faire cette saison. J’avoue qu’à son poste je préfère Golovin.
« Il y a un coup à faire dans cette Ligue Conférence »
Qu’aimez-vous dans le projet de jeu de Filipe Luis ?
Ils font beaucoup plus d’efforts ensemble qu’ils n’en faisaient par le passé. Les attaquants bossent comme des dératés, ils ont compris qu’ils ne joueront pas s’ils ne le font pas. Il y a de la concurrence. Il a remis en confiance Eric Dier dont l’association avec Sané est profondément bonne. On sent moins de failles collectives.
À Monaco, la question est toujours la même : est-ce que ça va durer ?
C’est ce que j’allais vous dire. D’autres coachs ont essayé de presser : Hütter, Pocognoli… Est-ce que le marché hivernal ne les dépouillera pas vu qu’ils ont besoin de vendre ? Je veux y croire. L’équipe est jeune mais il y a un coup à faire dans cette Ligue Conférence. Maintenir son degré de motivation à Monaco ce n’est pas simple, mais je trouve qu’il y a beaucoup d’enthousiasme. Luis est jeune, il a beaucoup à prouver, mais je le trouve d’une grande sérénité. C’est assez bluffant.