Fibre Excellence : "reprise crédible" sous réserve des engagements de l’État... ce que révèle le rapport confidentiel d'un cabinet d'expertise
l'essentiel À dix jours de la décision du tribunal de commerce de Toulouse, attendue le 27 juillet, un cabinet d'expertise a remis un rapport confidentiel aux représentants des salariés de Fibre Excellence. Son analyse est sans ambiguïté : l’offre de reprise de Combat Holding est jugée crédible, mais des obstacles politiques persistent.
Le principal obstacle à la reprise de Fibre Excellence ne serait plus industriel, mais politique. C'est la conclusion d'un rapport confidentiel d'un cabinet d'expertise, auquel notre rédaction a eu accès.
Selon ce document, la question centrale n'est plus de savoir si un repreneur existe. Combat Holding, seul candidat en lice, présente un projet jugé "industriellement crédible" et un plan de financement considéré comme solide. L'enjeu est désormais de savoir si l'État ira jusqu'au bout des engagements nécessaires pour rendre cette reprise viable.
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Les politiques publiques pointées du doigt
Le groupe, placé en redressement judiciaire au printemps, emploie encore 634 salariés sur ses sites de Saint-Gaudens et Tarascon. Mais son importance dépasse largement ces emplois. Fibre Excellence produit près de 80 % de la pâte à papier marchande française, valorise chaque année plus de deux millions de tonnes de bois et fait vivre plus de 10 000 emplois indirects selon les estimations de la filière forêt-bois.
Contrairement à une idée répandue, le cabinet d'expertise estime que l'entreprise n'est pas condamnée par un manque de débouchés ou un outil industriel obsolète. Les difficultés sont le résultat d'un cumul de facteurs : chute du prix mondial de la pâte, hausse de près de 50 % du coût du bois en trois ans, concurrence internationale et choix stratégiques passés.
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Mais le rapport pointe aussi la responsabilité des politiques publiques. Selon les experts, les aides accordées au bois-énergie ont contribué à renchérir le prix du bois pour les industriels papetiers. Fibre Excellence paierait ainsi sa matière première 13 % plus cher que ses concurrents, soit un handicap estimé à 28 millions d'euros par an. À cela s'ajoute l'exclusion du site de Saint-Gaudens du système européen de quotas gratuits de CO₂, qui représenterait une perte d'environ 8 millions d'euros par an.
Le rôle décisif de l'État
Face à ce constat, Combat Holding propose une reprise de l'ensemble des activités et des salariés, avec un redémarrage des usines, puis des investissements destinés à développer des productions à plus forte valeur ajoutée, notamment la pâte "fluff", utilisée dans les produits d'hygiène.
D'après le rapport, le véritable défi n'est donc plus le financement de la reprise, mais la capacité à rétablir des conditions économiques équitables. Le cabinet recommande notamment un soutien temporaire pour compenser le surcoût du bois et la réintégration de Saint-Gaudens dans le système des quotas carbone.
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De son côté, le ministre chargé de l'Industrie, Sébastien Martin, a déjà assuré que l'État tiendra ses engagements : garantie publique pour les investissements, effacement d'une partie des dettes, soutien sur les quotas carbone, hausse des tarifs de rachat de l'électricité et mobilisation pour sécuriser l'approvisionnement en bois.
Le document ne dit pas que la reprise est gagnée d'avance. Il affirme en revanche qu'elle est possible, à condition que les engagements de l'État soient effectivement mis en œuvre. Le 27 juillet, le tribunal de commerce rendra son verdict.