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Fernando, économiste : "Un serveur peut refuser d'encaisser l'addition d'une table de manière fractionnée, il n'a pas à gérer la comptabilité interne d'un groupe d'amis"

Publié le 26/09/26 à 20:00Par Solweig E.

Vous avez l'habitude de diviser la note d'un repas entre amis au restaurant ? Sachez que le serveur n'est pas obligé d'accepter.

Le dessert est terminé, les tasses de café sont vides, et arrive l’instant que beaucoup redoutent : régler la note à plusieurs après un repas entre amis. Chacun dégaine sa carte, chacun veut payer pile ce qu’il a consommé, et le serveur se retrouve à jongler avec les chiffres comme un expert-comptable un soir de bilan. Mais est-il vraiment obligé de se prêter au jeu ?

La question a été posée en Espagne, dans l’émission « Herrera en COPE ». Invité à livrer son regard d’économiste, un spécialiste n’a pas pris de gants pour répondre. Au passage, il a aussi décortiqué ce qui se trame réellement quand on divise une addition entre copains.

Le serveur n’est pas le comptable de votre bande de potes

Cet invité, c’est Fernando Trías de Bes, qui tient une chronique économique aux côtés d’Alberto Herrera. Le débat est parti du récit d’une employée de salle, confrontée à des clients qui insistent pour régler chaque plat séparément. L’animateur a donc voulu savoir si les professionnels avaient le droit de dire non à ces paiements morcelés. L’économiste n’a laissé planer aucun doute : « Il est inadmissible qu’un serveur tienne la comptabilité d’une société à responsabilité limitée gérée par des complices. »

Pour lui, les solutions ne manquent pourtant pas pour s’organiser, comme une cagnotte commune ou un virement par Bizum, l’application de paiement très utilisée en Espagne. Rien ne justifie donc de refiler ce casse-tête à celui qui apporte les assiettes. « Nous ne devrions pas avoir à confier la comptabilité interne aux professionnels de l’hôtellerie-restauration », a-t-il martelé. En clair, qui doit combien à qui, c’est l’affaire des convives, pas celle du restaurant.

© Shutterstock – Le serveur n’a aucune obligation de diviser lui-même l’addition.

Au-delà du serveur, les pièges cachés du partage à parts égales

L’économiste est ensuite allé plus loin, en s’attaquant à une habitude bien ancrée : couper l’addition en parts identiques. D’après lui, cette méthode pousse tout le monde à dépenser davantage. Il y voit un effet de la « tragédie des biens communs » et de ce qu’il appelle la socialisation des coûts. Son explication tient en une image très parlante : « Le bénéfice est privé, car le steak est pour moi, mais son coût est partagé par tous ». Autant dire que l’entrecôte paraît tout de suite moins chère quand la facture est répartie entre six.

Il a aussi évoqué une notion plus inattendue, l’« argent social ». Il s’agit de ce qu’on accepte de débourser pour garder le lien avec les autres, même quand les sorties prévues ne conviennent pas à toutes les bourses. Le danger, selon lui, c’est la comptabilité émotionnelle, ces petits comptes qu’on tient dans sa tête et qui finissent en rancœur faute d’en avoir parlé. Il a d’ailleurs cité un vieux dicton : « Un peu d’amour vaut mieux que cent mensonges ; l’argent ne devrait pas être tabou. »

L'été sonne l'heure des apéritifs entre amis

© Shutterstock – Un repas entre amis peut donc finir en casse-tête au moment de l’addition.

Règle des 10 euros, radins et pourboire du serveur : le mode d’emploi de l’économiste

Pour que ces repas ne tournent pas à l’abus et ne fassent pas voler en éclats l’équilibre entre amis, Fernando Trías de Bes propose un repère concret. Il l’appelle la règle des 33 %, ou règle des 10 euros : un seuil au-delà duquel diviser la note à parts égales cesse d’être juste. Voici comment il la formule : « S’il y a une différence de 10 euros, et qu’une personne paie sa part mais demande 10 euros supplémentaires pour partager l’addition, alors l’addition est partagée ce jour-là ». Le plus sage reste de se mettre d’accord sur ce principe avant de passer commande, pour éviter les prises de bec au moment de payer.

Les deux hommes se sont aussi penchés sur les petites combines qui fleurissent lors de ces repas. L’économiste a fait une distinction qui a largement circulé sur les réseaux sociaux : « L’avare économise avec son propre argent, le radin avec le vôtre. » Parmi les exemples cités, il y a celui qui empoche le pourboire récolté par le groupe, ou celui qui demande une facture au nom de sa société pour déduire le repas de ses impôts. Pour Fernando Trías de Bes, l’économie se glisse partout dans notre quotidien, donc il faut de l’éducation et de l’empathie pour qu’elle n’abîme pas nos relations.

En bref

  • 🍽️ Fernando Trías de Bes, économiste, s'exprime sur le partage de l'addition dans l'émission Herrera en COPE.
  • 💳 Les serveurs ne sont pas obligés de diviser l'addition, des solutions comme Bizum existent pour simplifier le paiement.
  • 📊 La règle des 10 euros est proposée pour éviter les tensions lors du partage de l'addition entre amis.