Faut-il vraiment se fier aux résultats de l'IMC ? "Ce chiffre peut cacher des réalités opposées"
Lors d'une visite médicale pour les enfants ou lors d'une simple consultation de routine, des spécialistes continuent de calculer l'IMC de leur patientèle. Si cet indice donne un résultat sur base du poids et de la taille afin de voir si une personne est en surpoids ou pas, est-ce un critère encore fiable actuellement ?
Cet indice, qui a vu le jour dans les années 1830, est le fruit de réflexions du statisticien et polymathe belge Lambert Adolphe Jacques Quetelet. L'IMC catégorise le fait d'être en maigreur, en corpulence normale, en surpoids ou encore aux différents stades de l'obésité. Mais il est désormais remis en question "en tant qu'indicateur de la santé métabolique", indique une récente étude.
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Pour Éléonore de Richecour, nutritionniste, le calcul de l'IMC n'est pas forcément nécessaire. "On voit très bien visuellement si une personne est en obésité morbide. Ce n'est pas ce chiffre qui va indiquer si la personne est en bonne santé ou pas", affirme-t-elle. "Selon moi, il est beaucoup plus intéressant de regarder la masse graisseuse et musculaire, ou encore la graisse viscérale située au niveau du ventre. Idéalement, il faudrait aussi vérifier certains marqueurs biologiques qui vont pouvoir indiquer éventuellement une inflammation ou des risques cardiovasculaires", poursuit la spécialiste.
Les chiffres de l'IMC considèrent une personne "trop maigre", si elle se situe en dessous d'un rapport poids/taille de 18,5, "normale" jusqu'à 24,9, en "surpoids" de 25 à 29,9 ou encore "obèse" à partir de 30. "Entre le fameux 18 et 25, il peut y avoir des personnes qui sont plutôt à 18 et en mauvaise santé, et des personnes qui sont à 25 et en excellente santé. Pour moi, c'est donc très peu représentatif de l'état de santé réel d'une personne", indique Éléonore de Richecour.
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Si l'IMC paraît donc désormais moins essentiel, pourquoi certains spécialistes s'y réfèrent-ils toujours ? "Parce que c'est vraiment très simple, puisqu'il suffit d'avoir le poids et la taille d'une personne, soit deux informations dont tout le monde dispose, qui ne coûtent rien", observe la nutritionniste.
"Atteindre 25 ne signifie pas forcément avoir un problème de santé. Parfois, la masse musculaire peut être très élevée ou alors une personne n'a pas forcément une mauvaise graisse. Il faut faire attention à la 'viscérale' puisqu'elle peut être dangereuse et représente un risque métabolique. Mais l'état de santé n'est pas aussi simplement défini qu'avec l'IMC, cela reste un indicateur parmi d'autres", nuance-t-elle.
D'après la nutritionniste, il ne faut donc pas forcément se fier à l'IMC uniquement, puisqu'il n'établit aucune différence entre la masse grasse et musculaire.
"Ce chiffre peut cacher des réalités de santé complètement opposées et peut complètement biaiser un diagnostic si l'on regarde ce seul indicatif. Donc pour moi ce n'est pas du tout fiable comme résultat", appuie-t-elle.
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D'autant plus qu'il existe des différences entre les hommes et les femmes. "Une femme stocke naturellement davantage de masse grasse qu'un homme, notamment à cause des hormones, dont les œstrogènes. Chez les femmes, on voit souvent qu'il y a plus de graisse au niveau des hanches, au niveau des cuisses, tandis que chez les hommes, cela va se trouver plutôt au niveau du ventre. Deux personnes avec exactement le même IMC peuvent avoir une composition corporelle et un profil de risque hyper différent, selon qu'elles soient un homme ou une femme. Pour moi, c'est même absurde que ce soit la même application de l'indice chez les hommes et chez les femmes".
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Elle conseille donc de passer par d'autres pratiques, comme mesurer le tour de taille afin d'examiner la graisse viscérale. "C'est maximum 80 cm chez une femme et 94 cm chez un homme. Si on est au-dessus, il y a un risque augmenté de complications métaboliques, notamment insulino-résistance, diabète, dyslipidémie. Et dès qu'on est vraiment au-delà des 88 centimètres chez la femme et 102 centimètres chez l'homme, il y a un réel risque cardiovasculaire et métabolique", explique-t-elle.
L'experte suggère aussi de mesurer la composition corporelle afin de connaître le pourcentage de masse grasse et musculaire, et de même mesurer la densité osseuse. D'autres tests et indicateurs comme la glycémie, le profil lipidique, le taux de cholestérol, les marqueurs inflammatoires ou encore le cycle hormonal, les antécédents familiaux, l'énergie au quotidien et le sommeil jouent un rôle.
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