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Questions d'environnement - Faut-il stocker l'eau pour que les agriculteurs l'utilisent en cas de sécheresse?

Les canicules à répétition depuis le début de l’été en France entrainent une sécheresse qui perturbe un modèle agricole qui a longtemps considéré l’eau comme une ressource infinie. Or aujourd’hui, plus de la moitié des départements sont touchés par des restrictions d’eau pour les agriculteurs. Les pluies restant abondantes l'hiver, alors ne faut-il pas tout simplement stocker cette eau pour pouvoir l’utiliser en été ?

Emmagasiner l’eau qui coule abondamment en hiver pour pouvoir l’utiliser en été, c’est une évidence pour Nicolas Brandy, agriculteur dans le département de la Haute-Vienne. Il a perdu 90 % de sa production de maïs à cause de la sécheresse. Il espère qu'en stockant l'eau il pourra continuer à produire malgré le changement climatique : « Aujourd’hui, l’une des solutions, c’est de stocker l’eau. On voit bien qu’au mois de février, on a eu plus d’eau que ce dont on avait besoin, et on l’a laissé partir. Aujourd’hui, en plein mois de juillet, on court après l’eau. Donc la solution est claire : fabriquer des réserves ».

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Évaporation et pollution de la ressource

Des retenues d’eau artificielles, il y en a 12 800 en Haute-Vienne : certaines servent à l’irrigation, d’autres à abreuver les bêtes et beaucoup sont des zones de loisir. Leur effet sur la sécheresse est catastrophique : l’eau qui stagne en plein soleil s’évapore et en quantité non négligeable. La surevaporation liée à ces étangs artificiels consomme chaque année plus d’eau que tous les autres usages réunis dans le bassin de Vienne, c’est-à-dire plus que pour l’industrie, l’eau potable, l’irrigation des champs ou l’abreuvement des bêtes.

Mais l’évaporation n’est pas la seule difficulté. L’eau qui stagne au soleil se réchauffe, sa concentration en oxygène diminue, des algues et des bactéries peuvent s’y développer. Comme dans cet étang du bassin de la Valoine que nous présente Gilles Villegier de l’association Sources et Rivières :

« Ce bassin c’est comme une flaque d'eau en train de croupir. Ces étranges couleurs qu’on peut y voir, ce sont des algues qui se développent, parce que dans cet étang, on a des sédiments qui contiennent du phosphore et de l’azote. Quand il y a de la luminosité et de la chaleur, cela peut entrainer la formation de cyanobactéries dangereuses pour la santé ».

Des réserves naturelles 

Sans stockage, l’eau ne file d’ailleurs pas directement dans l’océan, car la nature la conserve naturellement et de manière beaucoup plus efficace qu’une retenue artificielle : dans ce qu’on appelle les zones humides. Ce sont des terrains qui se gorgent d’eau l’hiver, qui la gardent à l’abri du soleil sous une épaisse végétation, et qui la restituent petit à petit aux rivières en été. Un système que perturbe les retenues d’eau artificielles et le réchauffement climatique, qui va s'accentuer dans les prochaines années.

Adapter les exploitations à une ressource qui se fait rare

Face au changement climatique, les exploitations agricoles doivent adapter leurs modes de production. Stocker l’eau c’est rester dépendant d'une ressource qui de toute façon va diminuer. Au contraire, il faut essayer de moins en consommer, c’est ce que fait depuis des années l'agriculteur bio Pascal Babaudou dans son exploitation : « On n’a pas d'issue de secours, pas de solution miracle, donc il faut travailler en amont. Avant de stocker de l'eau, on va essayer de ne pas en en utiliser. Un sol vivant emmagasine l'eau, ce qui permet au système racinaire de se développer et celui-ci peut aller très profondément chercher de l'eau. Lorsque durant une sécheresse le sol est complètement sec sur 20 cm, il reste de l'eau en profondeur ».

Et cela marche : dans son verger, malgré le sol très sec, les poiriers débordent de fruits. La récolte sera bonne cette année.

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