taraskuzio.com

Renault 8 Gordini Concept: "Faut-il interdire la Retromod?"

Le court passage de Luca de Meo à la tête de l’entreprise n’est pas étranger à cette attirance subite pour le passé. Lorsqu’il siégeait au directoire du groupe Fiat, le dynamique patron italien avait été l’un des initiateurs de la création de la Fiat 500. Chez Renault, la référence au patrimoine s’est opérée avec des fortunes diverses. La Renault 5 a ouvert le bal avec à-propos tandis que la Renault 4 - ratée - qui a suivi était moins convaincante… en attendant la Twingo beaucoup plus pertinente.

En marge de ces modèles inscrits au catalogue, les designers se sont égarés dans la création de prototypes uniques qui procèdent du tuning le plus ordinaire. En septembre 2024, il y eut la « 17 x Ora Ïto », vulgaire autant par le choix du modèle de référence que par son interprétation contemporaine. Renault se vautrait ainsi dans le mouvement « Retromod » supportant la création de plusieurs monstruosités qui font taches sur le parcours créatif des maisons concernées. Il y eut la N-Vision 74 de Hyundai en juin 2022, puis la Porsche Vision 357 en janvier 2023, la NSU EP4 d’Audi en juillet 2023 ou encore la SM Tribute de DS Automobiles en septembre 2024. Des déviances à oublier… Cette tendance que d’aucuns ont nommé « Retromod » est un cul-de-sac qui représente le degré zéro de l’inventivité

La 17 x Ora Ïto ou la Retromod la moins recommandable.
La 17 x Ora Ïto ou la Retromod la moins recommandable.
Même Porsche s’est égarée dans une voie sans issue.
Même Porsche s’est égarée dans une voie sans issue.
Un écart de langage de DS Automobiles encombrée par la mémoire de la SM.
Un écart de langage de DS Automobiles encombrée par la mémoire de la SM.
Hyundai avait voulu ressusciter la Pony conçue par Itadesign.
Hyundai avait voulu ressusciter la Pony conçue par Itadesign.
 Peu inspirée, cette tentative de revival de NSU
 Peu inspirée, cette tentative de revival de NSU

La bonne surprise de septembre

Un profil tricorps parfaitement équilibré.
Un profil tricorps parfaitement équilibré.

Passons sur sur ces faux pas pour revenir à la Renault 8 Gordini Concept  créée pour le Mondial de l’Auto 2026 et présentée en avant première le 24 septembre au Défilé, le magasin des Champs-Élysées à Paris. Nous sommes ici sur un tout autre registre. L’évocation est infiniment plus passionnante car il ne s’agit pas d’une transposition toute bête de la petite sportive des années 1960.

Le R8 Gordini originelle, un modèle mythique.
Le R8 Gordini originelle, un modèle mythique.

Pour les lecteurs qui pensaient que l’automobile était née avec la génération  Z, rappelons que la Renault 8 Gordini originale avait été créée en 1964, qu’elle était basée sur la R8 Major, qu’elle en conservait le moteur de 1 108 cm3, mais gratifiés de 45 chevaux de mieux pour développer 95 ch… avant de passer à 1300 cm3 pour le millésime 1967.

Six projecteurs, comme sur les Gordini de course…
Six projecteurs, comme sur les Gordini de course…

La Renault 8 Gordini d’aujourd’hui n’est pas une copie ni une réplique, mais une création réellement postmoderne, résolument contemporaine avec quelques ingrédients puisés avec parcimonie dans le style des années pop art. Une manière à rapprocher de celle de BMW avec sa Neue Klasse. Il s’agit d’une berlinette à deux portes et deux places qui a pour seul point commun avec son ancêtre le profil « tricorps ». Le dessin est incisif avec des flancs tirés au cordeau, soulignés par une discrète moulure en guise de ceinture de caisse. Les ailes sont généreusement gonflées au niveau des passages de roues. Les extrémités sont franches et aiguisées, le pan arrière étant incliné pour accentuer le dynamisme tandis que la face avant rappelle le modèle original par sa verticalité et la découpe du capot en « V » très aplati. Sous cette vague sont alignés quatre projecteurs auxquels les designers ont ajouté deux phares complémentaires comme cela se pratiquait souvent à l’époque. Les clins d’œil sont discrets, limitées sur la face arrière aux feux horizontaux

Design intérieur dépouillé à l’extrême.
Design intérieur dépouillé à l’extrême.

Le style intérieur est simplifié à l’extrême avec une planche de bord rectiligne sur laquelle sont posées six compteurs, trois grands et trois petits, dans une ambiance dominée par l’aluminium brossé. Sur le plan mécanique, le clin d’œil au passé est assuré par la position du moteur électrique de 270 ch placé à l’arrière.

Le projet a été mené sous l’autorité d’Alexandre Malval, actuel patron du design chez Renault, le design extérieur étant dû à Kevin Goncalves, l’intérieur à Robin Biondi et les couleurs et matières à Thomas Altet. Sur ce dernier plan, pas de surprise ; on retrouve le bleu historique, dans une variante sophistiquée, rayé d’une double bande blanche…

Le résultat est enthousiasmant avec sa posture de café racer rehaussé de bad boy, mais il peut aussi flirter avec des aspects plus simplistes. Dans notre monde qui conspue à l’envi l’automobile sous toutes ses formes, le plaisir de la conduite et du sport mécanique est vivement réprimandé et facilement réduit par l’opinion publique aux rodéos sauvages organisés sur les parkings de supermarché.

Ayons la faiblesse de croire que des créations comme la Renault 8 Gordini, sublimée par ses tonalités nostalgiques, et ses attitudes élégamment provocantes peut donner une image plus flatteuse de la passion. En tous cas, elle nous réconcilie avec la tendance « Retromod » très décriée par ailleurs.

Ne reste plus qu'à lui donner un prolongement en série...
Ne reste plus qu'à lui donner un prolongement en série...