Fausse photo de Trump embrassant son assistante : comment l'IA a été utilisée pour brouiller les pistes
Dans la nuit du 14 au 15 septembre, une prétendue photographe de Donald Trump s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Vue plus de 10 millions de fois rien que sur un seul post, l'image est censée montrer le président américain sur un terrain de golf en train d'embrasser son assistante, Nathalie Harp. Présentée comme “assistante spéciale" au sein de l'organigramme de la Maison Blanche, Nathalie Harp a été raillée par un sénateur démocrate pour son dévouement et son omniprésence dans l'entourage de Donald Trump. Dernièrement, le président américain a accordé une prime de 45 000 dollars (38 664 euros) présenté comme "cadeau de fin de d'année" à sa collaboratrice.
"Il y a trente ans, une photo comme celle-ci aurait pu détruire la carrière d’un politicien du jour au lendemain. Aujourd’hui ? À peine de quoi interrompre le cycle des actualités", déplore un internaute qui partage la prétendue photo.
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Un deuxième prétendu cliché sème le trouble
S'il connaît une diffusion virale, le supposé cliché a suscité cependant rapidement des doutes quant à son authenticité. À l’image, la main droite de Nathalie dispose de six doigts, un défaut caractéristique des générations d'images par intelligence artificielle.
Plus encore, si on passe le prétendu cliché dans SynthID, un outil de détection d'images artificielles utilisé par Open AI, la société propriétaire de ChatGPT, le résultat révèle ainsi que le faux cliché contient un filigrane qui indique qu’il a été produit par ChatGPT.
Ces éléments n'ont cependant pas permis de conclure définitivement, à la date de leurs publications le 15 septembre, sur l'inauthenticité de la scène de l'embrassade.
En effet, un autre prétendu cliché de Donald Trump embrassant Nathalie Harp avait également fait son apparition sur les réseaux sociaux. Il s’agissait d’une version moins nette de la photographie de Trump, sur laquelle le défaut des six doigts de la main droite de Nathalie Harp n'est pas visible. Soumise au détecteur d’images artificielles SynthID, l’image floue ne retourne aucun résultat permettant d’établir qu’elle comporte un filigrane attestant qu’elle a été générée par IA.
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Une nouvelle théorie a alors été avancée par certains internautes : le supposé cliché flou serait en fait authentique et la véritable image originale. Si la prétendue image nette a bien été traitée par IA, concèdent ces internautes, c’est pour améliorer la qualité du cliché d’origine. Pourtant cette hypothèse est également fausse.
Une première image partagée par un influenceur pro-démocrate
Pour déterminer l'origine exacte de ces images, la rédaction des Observateurs a procédé à une recherche d'image inversée (voir ici comment procéder) à l'aide de l'outil Google Lens.
À cette fin, notre rédaction a développé un programme informatique en langage python pour traiter environ 900 résultats de recherche de Google Lens. L'objectif de ce programme était de permettre l'extraction des résultats de recherche de Google Lens, puis leur tri.
Cette recherche, qui repose sur l'analyse de l'antériorité des publications en fonction de leur date de parution, a permis de retracer le chemin de diffusion des images et de confirmer leur caractère artificiel.
Ainsi qu'a pu le déterminer également le journaliste de la BBC Shayan Sardarizadeh une des premières occurrences de la photographie de Donald Trump a été postée le 14 septembre. Il s'agit de la miniature d'un reel (une vidéo verticale dans Facebook) que l'on retrouve posté à cette date sur Facebook, à environ 19h20, par Keith Edwards, un influenceur qui affiche des positions pro-démocrates.
Cette version du 14 septembre est différente du cliché net du 15 septembre. Si l'image affiche une netteté comparable, elle présente une exposition ou une apparence plus sombre.
Et ici, l'outil SynthID confirme que cette image nette et plus sombre a bien été produite par l'IA génératrice d'image Gemini.
Il est à noter que Keith Edwards avait par ailleurs également diffusé le 13 septembre une autre fausse image générée par IA de Donald Trump accompagné de Nathalie Harp. Sur cette fausse image, le président américain semble tenir la main de son assistante.
Notre recherche permet d’établir ensuite que dans sa version floue, la première occurrence de l'image de Donald Trump embrassant Nathalie Harp a été postée sur le réseau Threads, le 14 septembre à 21h08. Ce résultat a également été retrouvé par Emmanuelle Saiba, chercheuse à Get Real, une société de sécurité informatique.
Et contrairement à l'image floue visible sur les posts publiés en date du 15 septembre, cette photo floue du 14 septembre est bien détectée par SynthID comme une image générée par IA.
Enfin, une des premières images nettes avec cette fois une colorimétrie claire analogue à celle diffusée dans la journée du 15 septembre a été diffusée sur Threads au matin du 15 septembre, à 6h19. Là aussi, l'image est détectée comme étant générée par IA par l'outil SynthID.
Des dégradations et des améliorations d'images pour dissimuler des anomalies
Qu'est ce qui peut expliquer cette succession de productions d'images générées par IA et le fait que certaines soient détectées par SynthID mais pas d’autres ? Selon le professeur Hany Farid, fondateur de la société Get Real, le scénario le plus vraisemblable serait que les auteurs de ces fausses photos aient voulu dégrader les images originales générées par IA pour dissimuler leurs anomalies et les filigranes pouvant prouver leur caractère artificiel.
Ainsi en résumé, la première image nette de Trump embrassant Harp, publiée le 14 septembre à 19h20 a été générée par IA. Elle a ensuite vraisemblablement été dégradée, toujours à l'aide d'une IA, pour fabriquer l'image floue, parue le même jour à 21h08. Cette image floue a ensuite elle-même été améliorée, toujours par intelligence artificielle, pour produire l'image nette du 15 septembre publiée à 6h19.
Si certaines versions, notamment celle floue, ne sont pas détectées par SynthID, c’est parce que les filigranes d'identification d'images artificielles, que doit repérer cet outil, ont pu être perdus au fur à mesure des recadrages et des dégradations de résolution opérés par les internautes lors de leurs publications sur les réseaux sociaux.