Extrême droite, les leçons allemandes
La victoire de l’AfD allemande est-elle un signe supplémentaire d’une vague populiste inéluctable ?
Publié le mardi 8 septembre 2026 à 07:42
Déjà, parler de vague, c’est laisser entendre qu’on ne pourra pas y échapper. Hongrie, Pologne, Italie, États-Unis, Brésil, Argentine, Chili. Demain peut-être la Grande-Bretagne, la France. Aujourd’hui, une petite région allemande qui fut déjà le cadre, en mai 1932, de la première arrivée du parti nazi à la tête d’un gouvernement local. C’était à Anhalt, l’un des 15 États constitutifs de la République de Weimar.
C’est cette histoire qui depuis quatre-vingts ans pèse si lourdement sur les consciences allemandes, une histoire qui rendait il y a seulement dix ans sa répétition invraisemblable et semblait faire de l’Allemagne le pays européen le plus rétif à une résurgence de l’extrême droite… Histoire qui subit aujourd’hui le plus brutal des retours de balanciers, et donne le sentiment que tout peut arriver, en tous lieux et dans des pays très différents.
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Facteurs d'explication divers
Avec les mêmes ressorts électoraux qu’en France ? Non, pas forcément. Plus on dézoome, plus on regarde la globalité du phénomène, plus les facteurs explicatifs paraissent fragiles. Bref, pas si simple.
Exemple : le traditionnel "c’est la faute à Macron" si souvent entendu dans le débat français à propos de la montée du RN. Comme en Allemagne aujourd’hui : "la faute à Merz". Si les dirigeants nationaux ont bien été impuissants à contenir la vague, ils ne sont pas comptables d’un mouvement mondial.
La faute de l’Europe ? L’Union européenne vécue comme un carcan ? Comment expliquer alors que les Anglais qui en sont sortis il y a presque sept ans continuent de faire les yeux doux au parti du Brexit ? Et que les Hongrois, en rejetant Orban en avril dernier, aient fait le mouvement inverse ?
Trop d’immigrés ? Mais le Land de Saxe-Anhalt connait l’un des plus faibles taux d’étrangers du pays. La peur des migrants ? Non plus. D’après une enquête sortie des urnes, l’immigration n’a pas été un facteur déterminant du vote.
La porosité de l’AfD avec une partie de la droite ? Au contraire : le cordon sanitaire a été solidement maintenu.
La respectabilité, la dédiabolisation ? Pas du tout ! A l’inverse du Rassemblement national français, plus l’AfD s’est radicalisé, extrémisé, plus il a gagné des voix.
L'épuisement des alternances au centre
Jean-Luc Mélenchon y voit lui la conséquence de "l’aveuglement des politiques européennes centristes". C’est vrai que l’extrême droite prospère sur l’épuisement de l’alternance centre-droit/centre-gauche, voire comme en Allemagne, de leur coalition. "Tous pareils !" Vrai aussi : en Saxe-Anhalt, la première motivation du vote AfD a été le refus des réformes portées par le gouvernement Merz en matière de santé, de retraites et de dépendance.
Une objection enfin : en Hongrie, j’y reviens, le national-populisme de Orban n’a pas été défait par la gauche radicale, mais par un parti de centre-droit.
Que conclure ? Que les percées populistes ne sont pas réductibles à une seule cause, même si le clivage identitaire et culturel est souvent déterminant. Que les dynamiques à l’œuvre n’ont rien d’uniformes. Et que pour la France, rien n’est écrit.
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