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Explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque : deux frères et un employé clandestin dans le box qui s’accusent mutuellement

Trois hommes, tous détenus, se trouveront dans le box de la cour d’assises des Pyrénées-Orientales à compter de ce jeudi 1er octobre 2026 afin de répondre de l’explosion meurtrière qui a fait huit morts, dont deux enfants en bas âge, en février 2022 à Saint-Laurent-de-la-Salanque. L’un est poursuivi pour destruction par incendie ayant entraîné la mort, les deux autres pour complicité. Chacun avec sa (ou ses) version(s)…

Le procès lié à l’explosion meurtrière de Saint-Laurent-de-la-Salanque est d’ores et déjà annoncé comme d’une ampleur particulière de par la gravité des faits et le nombre de victimes. Mais l’audience présentera sans doute une autre singularité. Car la bataille de la défense va aussi se jouer au sein même du box de la cour d’assises des Pyrénées-Orientales où les mis en cause, affichant tous un casier judiciaire vierge, s’accusent mutuellement.

D’un côté, Madjid Mekhelfi, un jeune homme sans papiers âgé de 32 ans est poursuivi pour avoir directement déclenché l’incendie ayant causé la mort de huit personnes mais aussi de graves blessures sur quatre autres victimes et des dégâts matériels colossaux. De l’autre côté, Khaled Ben Abdeljelil, 46 ans le gérant de l’épicerie où a éclaté l’explosion et son frère, Raouf Ben Abdeljallil, employé du commerce, âgé de 44 ans, jugés pour "complicité", que le premier co-accusé désigne comme les "commanditaires" de cette opération criminelle. Pour frauder l’assurance.

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Arrivé à 23 ans depuis son Algérie natale à Perpignan où il avait un ami, Madjid Mekhelfi raconte avoir fait la connaissance de l’épicier de Saint-Laurent lorsqu’il travaillait sur le marché au Barcarès. Khaled Ben Abdeljelil, pour lequel il avait beaucoup d’estime disait-il, l’avait aidé, lui avait prêté son véhicule et son frère Raouf Ben Abdeljallil l’avait hébergé dans son appartement. Il soutient que les deux auraient monté le projet criminel, lui auraient demandé de les aider et lui auraient promis en contrepartie "de lui donner du travail et lui permettre d’être régularisé en France." L’un aurait forcé au préalable la porte arrière de sa boutique pour faire croire à une effraction. Le second aurait placé des bouteilles remplies d’essence dans l’épicerie.

Sans pouvoir expliquer comment le jeune homme aurait pu pénétrer dans le local sans leur aide, ni pourquoi il aurait volontairement incendié le commerce, les deux frères campent depuis le départ sur leurs positions et assurent qu’ils n’y sont pour rien.

Loyers impayés, dettes et contrat d’assurance modifié quelques jours plus tôt…

Toutefois, leur comportement et leurs déclarations sèment le doute. Aussitôt après le drame, malgré les témoignages, ils avaient soutenu qu’ils ne connaissaient pas Madjid Mekhelfi. Ils ne seraient d’ailleurs à aucun moment inquiétés de son sort alors qu’il était hospitalisé après avoir été grièvement blessé dans l’explosion. Pourquoi ?

Le gérant de l’épicerie a affirmé que son activité professionnelle se portait bien au moment des faits et qu’il envisageait de racheter le bar du Commerce à l’aide d’un crédit vendeur, pour un prix qui avait convenu avec le propriétaire de 350 000 euros. Or, les investigations ont montré qu’il ne payait plus le loyer de son magasin depuis plusieurs mois, que son établissement fonctionnait au ralenti et qu’il avait des créances auprès de fournisseurs ainsi que des dettes personnelles. Une situation peu compatible avec son projet de rachat.

Enfin, il apparaît qu’une semaine avant le drame, le contrat d’assurance de l’épicerie, dont il n’avait pas réglé les échéances depuis plusieurs mois avait été réactivé après que son frère Raouf a payé les arriérés le 8 février 2022. Avec une modification des clauses (superficie, contenu, chiffre d’affaires…) mais aussi de la garantie incendie passée de 10 000 à 45 000 euros. Sans oublier qu’il a effectué une mise aux normes incendie de son commerce le 10 février, ce qui laisse à penser à l’accusation qu’il avait la volonté de s’assurer du versement des indemnités en cas… d’incendie.