Europe. « L'espace Schengen n'est pas le problème » : après la crise migratoire à Ceuta, l'heure est à l’apaisement
Les pays de l’Union européenne affichent de nouveau leur solidarité avec l’Espagne après s’être divisés sur l’afflux de migrants à Ceuta. Ils saluent sa « gestion de la crise » et le retour au Maroc de 70 000 des 72 000 migrants sur fond de durcissement des politiques migratoires.
Luc Chaillot -
Aujourd’hui à 20:20 | mis à jour aujourd’hui à 20:23
- Temps de lecture :
Les tensions sont retombées d’un cran cinq jours après l’entrée massive de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta. Malgré leurs divergences, les pays de l’Union européenne (UE) ont retrouvé un semblant d’unité lors de la réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur ce mardi pour tirer les leçons de la crise. Le ton a changé, si l’on en croit Laurent Nuñez. Le ministre français de l’Intérieur affirme que tous les pays ont « salué la gestion espagnole de la crise » et exprimé leur solidarité avec l’Espagne, ainsi que « sa collaboration remarquable avec le Maroc ». La France ne s’était pas associée aux 22 dirigeants européens - dont le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni - qui avaient critiqué l’Espagne et son plan de régularisation de sans-papiers accusé de créer un « appel d’air ».
La marée humaine qui avait créé une onde de choc en Espagne et dans toute l’Europe n’aura été que très éphémère. Sur les 72 000 migrants entrés en quelques heures à Ceuta, environ 70 000 sont déjà rentrés au Maroc, selon l’Espagne. Environ 800 mineurs isolés ont pu rester car ils relèvent de la protection de l’enfance. Aucun des 72 000 migrants n’a pu aller sur le continent européen car Ceuta et Melilla sont soumises à un régime spécifique au sein de l’espace Schengen. Personne ne peut se rendre en Espagne continentale sans être contrôlé, ce qui exclut les deux enclaves de l’espace de libre circulation. « Nous avons tous convenu que l’espace Schengen n’était pas le problème, mais la solution », assure Laurent Nuñez. L’Italie avait pourtant décidé unilatéralement de suspendre les accords de Schengen avec l’Espagne, même si les textes ne permettent pas à un État d’en exclure un autre.
Sur les 72 000 migrants entrés à Ceuta, environ 70 000 sont déjà rentrés au Maroc. Environ 800 mineurs isolés ont pu rester car ils relèvent de la protection de l’enfance. Photo Sipa/Bernat Armangue
Giorgia Meloni cherche à exploiter les images spectaculaires des vagues de migrants à Ceuta avant les élections de 2027 en Italie qui seront dominées par les questions migratoires et identitaires. La dirigeante italienne craint de se faire doubler à l’extrême droite par le Futuro Nazionale, un nouveau parti italien prônant des expulsions massives d’immigrés légaux. Pragmatique, la présidente du Conseil avait fait appel à la solidarité européenne quand l’Italie avait dû gérer l’arrivée de plus de 10 000 migrants sur l’île de Lampedusa en septembre 2023. Elle tente aussi de faire oublier qu’elle aura fait venir en Italie près d’un million de travailleurs extracommunautaires en cinq ans pour répondre au manque de main-d’œuvre.
Un barrage flottant à Ceuta
L’Espagne va mettre en place un barrage flottant à Ceuta pour empêcher les migrants de rejoindre le territoire à la nage. Au moins 75 d’entre eux sont morts noyés la semaine dernière en tentant d’assouvir leur rêve d’Europe. Paradoxalement, le durcissement des politiques migratoires dans l’UE coïncide avec une nette réduction des entrées irrégulières de migrants. Leur nombre a diminué de 37 % au premier semestre 2026, après une baisse de 26 % en 2025, selon Frontex.
Plusieurs pays comme le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne veulent déjà aller plus loin que le pacte asile-migration et les zones d’attente pour les demandeurs d’asile aux frontières extérieures de l’UE. Bruxelles pourrait bientôt les autoriser à les envoyer dans des États tiers, comme l’Ouganda ou le Rwanda. Cette externalisation de l’accueil des migrants a été testée par l’Italie en Albanie mais le projet est bloqué par la justice.