États-Unis. Assassinat du rappeur Tupac Shakur : 30 ans après, enfin un procès à Las Vegas
Duane « Keefe D » Davis comparaît ce lundi devant un jury pour l’assassinat du rappeur Tupac Shakur, 30 ans après sa mort. Le 13 septembre 1996, il mourait des suites de ses blessures, après une fusillade survenue une semaine plus tôt, après un combat du boxeur Mike Tyson à Las Vegas. Les tirs étaient venus d'une Cadillac blanche. À son bord quatre personnes : Duane « Keefe D » Davis, Orlando « Baby Lane » Anderson, Deandre « Freaky » Smith et Terry « Bubble Up » Brown. Davis est le seul encore en vie aujourd'hui.
Le procès qui s'ouvre ne vise pas à démontrer qui a tiré les balles létales, mais à déterminer si Duane Davis a orchestré l'assassinat. Il doit également permettre de démontrer si c'est son arme qui a été utilisée. La défense, elle, soutient qu’il n’existe aucune preuve que Duane Davis a bien ordonné l’assassinat.
Révélations publiques en 2019
Pourquoi 30 ans après ? De l'aveu même des enquêteurs, l’affaire serait toujours à l'arrêt si Duane Davis n’avait pas lui-même fait des révélations compromettantes dans ses mémoires, publiés en 2019. Il avait été arrêté en 2023, après la lecture de sa version des faits, « en particulier les aveux de Duane Davis lui-même quant à son implication, auprès de nombreux médias », assure le lieutenant Jason Johansson. « Beaucoup pensaient que ce meurtre n'intéressait pas la police. Je suis ici pour vous dire que ce n'est pas le cas », avait alors martelé le shérif de la police de Las Vegas, Kevin McMahill.
En s'exprimant publiquement, Davis a « fourni sa propre série de déclarations qui sont tout à fait cohérentes avec les preuves » réunies par les enquêteurs, selon le lieutenant Jason Johansson, qui poursuit : « Duane Davis est celui qui a donné les ordres au groupe qui l’accompagnait. Il a orchestré le plan », affirme le policier. Et il est accusé d'avoir fourni l'arme. Qu'il ait ou non tiré ne change rien : « Dans cet État [le Nevada, NDLR], vous pouvez être poursuivi pour un crime que vous soyez directement impliqué ou complice. Si vous aidez quelqu’un à commettre un crime, vous pouvez être tout autant coupable », avait rappelé le procureur Steve Wolfson.
Davis a plaidé non coupable
Mais qu'a vraiment « révélé » Davis ? Âgé de 63 ans, il est aujourd'hui accusé d'un meurtre commis avec une arme létale dans l’intention de favoriser, de soutenir ou d’aider un gang criminel. Il encourt donc la réclusion à perpétuité. Sauf qu'il a jusqu'ici plaidé non coupable...
Au procès, l’accusation tentera de démontrer l'implication de Davis, présenté comme le commanditaire de l’assassinat du rappeur afin de venger un ami. Face à elle, la défense, assure que son client a quitté le trafic de stupéfiants en 2009 et occupé un emploi stable jusqu’en 2014, avant de prendre sa retraite anticipée pour raisons de santé.
Deux rivalités distinctes
Selon l’acte d’accusation du grand jury, le meurtre de Tupac a été le résultat de deux rivalités distinctes : celle opposant le label Death Row Records de Marion « Suge » Knight (un ami de Tupac, blessé lors de la fusillade) à Bad Boy Records, le label de Sean « Diddy » Combs (Puff Daddy à l'époque), proche de Davis. Et celle entre deux clans : le gang Mob Piru, qui assurait la sécurité de Death Row, et les South Side Compton Crips, liés à Bad Boy. Selon l'accusation, Duane Davis aurait orchestré l'attaque contre Tupac Shakur pour venger Orlando « Baby Lane » Anderson, agressé par le rappeur et son entourage peu auparavant. Version soutenu par Davis dans ses propres mémoires...
Le procès, qui doit durer un mois, devrait permettre d'y voir plus clair parmi toutes ces contradictions.