Esperanza, propriétaire de 78 ans dont le seul revenu provient d'un logement squatté : "Il me doit 20 000 euros et m'a dit qu'il ne partirait pas"
On parle beaucoup des personnes qui se font expulser de leur logement, mais très peu des propriétaires qui ne touchent plus leurs loyers.
En Espagne, la crise du logement est en train de bousculer toute la vie politique. Ce lundi 5 octobre, le chef du gouvernement a convoqué des élections anticipées, avec la question des loyers en ligne de mire. Mais pendant que les débats s’enflamment, certaines histoires passent complètement sous les radars.
Celle d’une Madrilène de 78 ans en fait partie. Son unique source de revenus est coupée par une locataire qui ne paie plus rien, et qui n’a aucune intention de s’en aller. ABC Sevilla revient sur ce bras de fer qui n’en finit pas. Un cas qui montre l’autre visage d’une crise dont tout le monde parle.
© ShutterstockEsperanza, propriétaire de 78 ans dont le seul revenu provient d'un logement squatté : "Il me doit 20 000 euros et m'a dit qu'il ne partirait pas"
Élections anticipées : le logement au cœur de la campagne espagnole
Pedro Sánchez a dissous le Parlement et fixé le scrutin au dimanche 29 novembre. Le Premier ministre compte faire de la politique du logement l’un de ses grands chevaux de bataille, dans l’espoir de décrocher un troisième mandat. C’est d’ailleurs la tension sur le marché locatif qui a poussé les socialistes à avancer ce rendez-vous, initialement prévu à l’été 2027. C’est notamment l’expulsion très médiatisée de Maricarmen, une locataire madrilène de 87 ans, qui a précipité les choses.
Désormais, médias et réseaux sociaux ne parlent plus que de l’avenir politique du pays, et les propriétaires comme les locataires passent au second plan. Esperanza, elle aussi, est une Madrilène âgée, seule et victime des soubresauts du marché locatif. La comparaison avec Maricarmen s’arrête là. Car Esperanza n’est pas menacée d’expulsion : c’est elle, la propriétaire, qui n’arrive pas à récupérer son bien. Cet appartement, hérité de ses parents, est son seul revenu. Femme au foyer dans sa jeunesse, elle ne touche aucune retraite. Pendant des années, les 900 euros de loyer mensuel lui ont permis de payer ses courses, ses factures et les imprévus.
© ShutterstockSans les loyers de son logement, elle n'a plus aucun revenu.
Un logement occupé et 20 000 euros d’impayés
Voilà près de deux ans que plus rien n’arrive sur son compte. Les retards ont commencé en 2024, et depuis février 2025, le loyer n’est plus versé du tout. D’après la famille d’Esperanza, l’occupante est une Dominicaine de 40 ans, installée dans l’appartement depuis 2021 avec sa famille. Elle ne paie plus et refuse de partir. À bout, Esperanza est passée à la télévision, dans l’émission « TardeAR » d’Ana Rosa Quintana, où elle a expliqué : « Elle me doit 20 000 euros et m’a dit qu’elle était protégée et qu’elle ne partirait pas ».
Et la facture ne s’arrête pas là. Charges de copropriété, assurance, impôts et eau continuent de tomber, soit environ 200 euros par mois. Un rythme qu’elle ne pourra pas tenir encore des années. Il a aussi fallu payer un avocat, alors que la locataire profite de l’aide juridictionnelle. Sandra, la fille d’Esperanza, a pourtant tenté une sortie à l’amiable. En vain : « Alors ma fille lui a dit : “Je vais te donner de l’argent pour trouver une maison, t’aider pour l’acompte et tout le reste”, et elle a répondu : “Ne cherche rien pour moi, car je ne partirai pas.” »
© ShutterstockSa fille a tenté de les aider pour qu'ils quittent le logement.
Une justice au ralenti pour récupérer son logement
Pour Esperanza, le quotidien est devenu pesant : « Cela m’aurait servi de rente, or je n’en ai pas. Je n’arrive pas à dormir, tellement c’est frustrant. » Aujourd’hui Sandra appelle à ne pas oublier l’autre côté du problème : « Quand on parle de vulnérabilité, il faut aussi penser aux petits propriétaires qui dépendent financièrement des revenus locatifs. » Selon elle, l’appartement aurait aussi servi, et servirait peut-être encore, à louer des chambres à d’autres personnes.
La famille a saisi la justice pour récupérer le bien et les sommes dues, mais aucune décision n’est encore tombée. Le procès devait se tenir le 15 juillet dernier. Fin juin, l’avocat commis d’office de la locataire s’est retiré du dossier, et tout est suspendu en attendant que le barreau de Madrid tranche. Sandra réclame plus de réactivité : « Nous sommes fin septembre et j’attends toujours une solution qui permettra la reprise de la procédure. » En attendant, Esperanza patiente, sans revenus, pendant que la campagne électorale bat son plein.
En bref
- 🏠 Le 5 octobre, Pedro Sánchez convoque des élections anticipées en Espagne, centrées sur la crise du logement et les loyers insoutenables.
- 💸 Esperanza, 78 ans, propriétaire à Madrid, ne perçoit plus de loyer depuis 2025, sa locataire refusant de quitter les lieux.
- ⚖️ La lenteur judiciaire complique la récupération du bien, laissant Esperanza sans revenus alors que la campagne électorale s'intensifie.