Avec Zidane, la promesse du jeu et Clairefontaine au centre de tout
Le style Zidane est déjà bien visible. Pas sur le terrain, ça ce sera pour la semaine prochaine, mais dans sa parole face à la presse, la rupture avec son prédécesseur est marquée. Là où Didier Deschamps pouvait partir sur un monologue de cinq minutes s’il trouvait une question intéressante, tout en ne cachant pas son agacement sur d’autres, ZZ les prend toutes avec le sourire… mais n’en dit jamais grand-chose. Pas parce qu’il est un homme de peu de mots. Même si son caractère est comme ça, il a déjà prouvé qu’il pouvait tout à fait répondre à des questions en longueur s’il avait envie. Non, c’est parce qu’il réserve la substantifique moelle de son projet à ses joueurs.
Le groupe, la base de tout
C’est comme ça qu’on le voit, en tout cas, après avoir assisté à l’annonce de première liste vendredi en fin de journée. Jamais de détail sur les joueurs qu’il a choisi – « je l’aime bien, j’ai envie de le voir de près », la porte fermée avec élégance pour les briscards Benzema ou Kanté, quelques réflexions spontanées – « purée heureusement qu’il en reste », en parlant des vrais 10 – et puis c’est tout. Ou presque. Quelques bouts de phrase valent tout de même qu’on s’y attarde un peu, pour ce qu’ils disent des fondations que compte fabriquer le nouveau patron.
La base de tout, ce sera le groupe. Lui qui utilise très souvent le mot « copains » quand il parle de sa carrière de joueur a une idée précise de ce qu’il veut mettre en place au Château. Première innovation, symbolique mais évocatrice, les médias ne pourront plus venir assister à l’arrivée des joueurs le lundi matin à Clairefontaine. Les images du traditionnel défilé de mode seront envoyées directement par la FFF. Pour plus de sobriété ? Pas exactement.
« Je ne leur ai donné aucun message de sobriété. Chacun arrivera comme il l’entend, on ne va pas changer ça. Par contre, ce qu’on va changer après, c’est que Clairefontaine, c’est Clairefontaine, nuance le sélectionneur. Une fois qu’on arrive là-bas, on n’a pas besoin d’en faire des caisses. Les joueurs arrivent comme ils veulent, mais après on sera entre nous, à l’intérieur. » Pas pour rien que Zizou a cité Aimé Jacquet et Roger Lemerre en référence parmi les sélectionneurs qu’il a connus. Ce sont ceux qui ont créé un collectif fort, et surtout ceux avec qui il a gagné. Sûrement pas un hasard à ses yeux.
Pas besoin de « siffler la fin de la récréation » sur le Ballon d’or
On sent d’ailleurs que l’ancien coach du Real Madrid a hâte d’être à lundi, et d’accueillir tout ce beau monde. Ces 23 noms sont le résultat d’un « travail minutieux » de deux mois avec son staff, comme il l’a précisé. « C’est la première fois qu’on va être ensemble, c’est important. Il faudra être cohérent », a-t-il ajouté. Il n’a pas peur, en tout cas, de gérer son premier dossier chaud : les tensions entre Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé au sujet du Ballon d’or. Pour lui, ce n’est même pas un dossier.
« Je ne vais pas entrer dans ces considérations, et je ne vais pas siffler la fin de la récréation, parce qu’elle existe tous les jours, ce sont des débats, et chacun a le droit de dire ce qu’il veut, a-t-il posé. Chaque joueur a l’ambition de vouloir devenir un jour Ballon d’or. Il faut respecter ça. Et de temps en temps, il y a de petites discussions. Mais ça, c’est à l’extérieur. Sincèrement, on ne va pas parler de ça quand on va se retrouver ensemble. A l’intérieur du groupe, il n’y aura pas de problème. Il y aura un seul objectif : les quatre matchs que l’on a à jouer. »
Limpide, et on peut le croire quand il fait comprendre qu’il ne prendra pas les deux joueurs à part pour leur faire la leçon. Il n’est pas là pour ça, et les intéressés sont amis depuis suffisamment pour régler ça entre eux, si tant est qu’il y en ai vraiment besoin. Pour Mbappé, qui sera son capitaine, Zidane a certainement d’autres projets de discussion : le jeu.
Si l’on devra attendre le premier match en Turquie pour observer le projet ZZ, les quelques mots lâchés sur ce sujet laissent imaginer une certaine pérennité avec le style attrayant vu pendant la Coupe du monde. « Je suis dans la continuité, mais avec mes idées, et les joueurs que j’ai choisis, a expliqué le sélectionneur. Moi je suis animé par le jeu. Il faut évidemment un équilibre d’équipe, c’est obligatoire. Mais j’ai envie de voir cette équipe jouer. Et on a les joueurs pour le faire. »
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C’est à cette aune qu’il faut lire l’arrivée de Lucas Da Cunha au milieu de terrain, par exemple. Le capitaine de Côme, inconnu en France, présente un profil à la fois récupérateur et créatif, qui manque derrière la ligne des offensifs. Il a également pris Esteban Lepaul pour sa capacité « à jouer dans les petits espaces », et n’a pas gravé dans le marbre la position de numéro 9 de Kylian Mbappé, qu’il « aime beaucoup à gauche ». Avec Michael Olise et Ryan Cherki, deux joueurs qui lui « parlent » forcément, mais aussi Bradley Barcola, Désiré Doué et Ousmane Dembélé, selon ce que le jeu exige, la France dispose toujours de talents hors normes. Avec un chef d’orchestre que l’on sent à la fois protecteur, éveillé et impatient.